Eolienne communale citoyenne à Villers-le-Bouillet: les coulisses du projet

Marianne Duquesne et Laetitia Vander Borght - Février 2010
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Les auteurs

Marianne Duquesne Marianne Duquesne

Conseiller expert à l'Union des Villes et Communes de Wallonie

Laetitia Vander Borght

Engagée dans un processus de gestion durable de l’énergie et de réduction des émissions de gaz à effet de serre depuis  plusieurs années, la Commune de Villers-le-Bouillet a initié un Partenariat public-privé Citoyen pour mener à bien son projet d’éolienne communale citoyenne.  Il s’agit d’une première en Belgique.

Contexte

Politique énergétique communale

Située entre Huy et Waremme sur le plateau hesbignon, Villers-le-Bouillet est une commune d’un peu plus de 6 000 habitants. Depuis  plusieurs années, elle fait de la maîtrise de l’énergie et de la réduction des gaz à effet de serre sur son territoire un véritable cheval de bataille.

Dès 2004, au travers du programme Palme (Programme d’actions locales pour la maîtrise de l’énergie), elle engage un responsable énergie et développe un plan d’actions. Devenue Commune énerg-éthique [1], elle poursuit ses projets en faveur d’une utilisation rationnelle de l’énergie et du recours aux énergies renouvelables.

La politique communale en matière d’énergie se concrétise notamment au travers des quelques exemples suivants:

  • l’attribution d’un marché public d’électricité 100 % verte en 2006 pour tous les bâtiments de l’administration et du CPAS, et, en 2007, pour l’éclairage public;
  • la mise en place d’un partenariat public-privé (PPP) et l’attribution du marché fin 2007 pour la construction d’un éco-quartier visant la mixité sociale et composé de 30 logements caractérisés par une faible consommation d’énergie et l’emploi de matériaux respectueux de l’environnement;
  • l’analyse des demandes de permis d’urbanisme en termes de performance énergétique;
  • le lancement d’un marché public pour la construction d’une maison communale passive;
  • le dimming de 208 luminaires d’éclairage public durant la nuit, dans le cadre d’une expérience-pilote financée par le Plan Air-Climat de la Région wallonne;
  • et enfin, le lancement en 2007 d’un projet d’éolienne communale citoyenne, érigée en 2009.

Parc éolien existant et nouveau développement

Depuis 2005, un parc de huit éoliennes d’1,5 MW chacune [2] est déjà exploité par la SPE sa sur le territoire des Communes de Villers-le-Bouillet et de Wanze.

En 2006, cette société lance un second projet de cinq éoliennes, de 2 MW chacune, dont trois sont localisées sur le territoire de Villers-le-Bouillet et deux à Verlaine. Le permis unique est délivré pour quatre d’entre elles par la Région wallonne en mai 2007.  La cinquième est refusée au motif que sa situation est trop proche d’un réseau hertzien.

En août 2007, le collège communal, à l’initiative de son échevin de l’énergie, saisit l’opportunité de ce nouveau développement éolien et contacte la SPE afin de collaborer sur un projet éolien citoyen. Celle-ci accepte que la cinquième éolienne, déplacée de 100 m, devienne propriété d’une future société coopérative communale, dont une partie du capital sera affectée, directement ou indirectement, à des coopérateurs citoyens.

Objectifs du projet

En lançant ce projet d’éolienne communale citoyenne, Villers-le-Bouillet vise trois objectifs:
- permettre de valoriser les ressources communales de manière durable en se dotant d’un outil de production énergétique;
- associer les citoyens à la lutte contre le réchauffement climatique en leur proposant de prendre une part active dans la production d’énergie à partir de source renouvelable;
- engendrer des retombées économiques locales via les dividendes de la société qui donneront une bouffée d’oxygène au budget communal.

Montage du projet

Aspect juridique

Le projet de partenariat public-privé citoyen conclu entre la Commune de Villers-le-Bouillet et la SPE consiste en la création d’une société coopérative à responsabilité limitée, "EnerCity", dont la mission première est d’exploiter une éolienne de 2 MW du nouveau parc éolien.

Rappelons que la participation d’une commune au capital d’une société commerciale ne peut avoir lieu que moyennant habilitation légale. En l’espèce, la société EnerCity a été créée sur base de l’article 180 de la loi du 21 décembre 1994 portant des mesures sociales, qui autorise les communes à prendre des participations directes ou indirectes dans des sociétés de production, de transport et de distribution d’énergie. 

Le capital de la société coopérative créée est constitué de cinq associés à savoir:
- la Commune de Villers-le-Bouillet (24,9 %);
- la scrl Energie 2030, (20 %);
le FESD (Fonds d’économie sociale durable), investisseur institutionnel fédéral (30 %);
le SLF (Société de Leasing, de Financement et d’Economie d’Energie), investisseur institutionnel régional (25,07 %);
- et enfin, l’administrateur délégué (0,03 %).

Cette structure permet à EnerCity de bénéficier des primes à l’investissement en utilisation durable de l’énergie de la Région wallonne à destination des PME [3]. En effet, pour être PME et prétendre à une telle aide, la commune ne peut posséder plus de 24,99 % du capital, et aucun autre associé ne peut posséder plus de 50 % de celui-ci au moment de la prise initiale en capital.

Tous les associés d’EnerCity sont cependant liés par des conventions d’actionnaires avec la commune pour qu’au fur et à mesure des rentrées financières liées au projet, celle-ci rachète les parts du FESD et de la SLF [4], de sorte qu’il ne reste finalement plus que trois associés: la Commune (79,97 %), Energie 2030 scrl (20 %) et l’administrateur délégué (0,03 %).

Par ailleurs, il a été convenu par le Collège communal que 20 % du capital d’EnerCity seraient détenus par les citoyens de Villers-le-Bouillet. Dans un but de simplification administrative, ces 20 % ont été confiés à la société Energie 2030 scrl qui existe depuis 1995 et dont la mission principale est d’être une coopérative de citoyens active dans la production d’énergie de source renouvelable et l’utilisation rationnelle de l’énergie. Les citoyens souscrivent donc des parts au capital d’Energie 2030, qui est elle-même actionnaire d’EnerCity à raison de
20 %.

Aspect financier

L’investissement initial pour l’éolienne citoyenne s’élève à quelque trois millions d’euros, soit l’équivalent de la moitié du budget communal. Cependant, la somme réellement apportée sur fonds propre par la commune est de 74 700 euros. Ce montant participe au capital de 300 000 euros de la société EnerCity scrl, qui représente donc 10 % de l’investissement (complétée de quelques subsides, cette quotité est généralement admise par les banques pour le développement d’un projet éolien). L’emprunt contracté est de 2 700 000 euros sur 10 ans.

Par ailleurs, EnerCity bénéficie d’une prime à l’investissement de la Région wallonne de 461 000 euros en utilisation durable de l’énergie qui devrait lui être versée dans les mois à venir, c’est-à-dire après réalisation du programme d’investissement.

Enfin, la Commune a donné une garantie bancaire de 3 200 000 euros à la société EnerCity scrl pour garantir ses emprunts. 

Les revenus procurés par le fonctionnement de l’éolienne proviennent essentiellement de la vente de l’électricité produite et des certificats verts [5].

Selon les hypothèses prudentes du plan financier, le temps de retour de l’investissement devrait être inférieur à quatre ans.

Sur la durée de vie de l’éolienne (20 ans), les retombées économiques sous forme de dividendes pour les actionnaires, dont la commune, sont estimées entre deux et trois millions d’euros. En outre, sur base d’une disposition insérée dans les statuts d’EnerCity, environ 65 000 euros seront versés à des ONG actives dans les "Objectifs du Millénaire" de l’ONU [6].

Toutefois, même si les perspectives de retour financier sont alléchantes, il n’en reste pas moins qu’EnerCity est une société et que dès lors, intrinsèquement, un tel projet comporte toujours un risque financier: non seulement car il repose fortement sur la politique des certificats verts mais également car il dépend de l’évolution du prix de l’énergie. Ces risques peuvent cependant être minimisés par une gouvernance publique stricte et efficace, le recours à des personnes-ressources disposant de l’expertise nécessaire, un encadrement des contrats de partenariat et un partenaire industriel solide.

Aspect technique et environnemental

L’éolienne citoyenne a une puissance nominale de 2 MW. La production électrique attendue est de 4 400 MW/an pour une durée de fonctionnement annuelle de 2 200 heures. Cette production correspond à la consommation annuelle d’environ 1 250 ménages [7]. La réduction des émissions de gaz à effet de serre se chiffre à plus de 2 000 tonnes [8] annuellement, soit plus de 40 000 tonnes sur la durée de vie de l’éolienne estimée à 20 ans.

À noter qu’un contrat de maintenance et de garantie de fonctionnement de 12 ans a été signé entre la société EnerCity scrl et le constructeur de l’éolienne, de même qu’un contrat de supervision technique de 12 ans avec la SPE.

Acceptation sociale et participation citoyenne

Le projet d’éolienne citoyenne a été accueilli plutôt favorablement par la population villersoise.  En effet, les habitants étaient déjà familiarisés à la présence d’éoliennes sur leur territoire puisqu’un parc y est exploité depuis 2005.  Par ailleurs, les cinq nouvelles éoliennes, dont l’éolienne citoyenne, s’implantent le long de l’autoroute E42, à bonne distance des habitations (plus de 600 mètres), de sorte que le projet ne suscite pas de réactions négatives.

Enfin, la commune a mené une importante campagne d’information auprès des différents publics concernés: publications dans le bulletin communal, articles de presse, toutes boîtes, présentations aux différents services communaux, au conseil des aînés, ainsi qu’à la CCATM [9], organisation de réunions ouvertes aux citoyens afin de les inciter à participer financièrement au projet, etc.

Une première vague d’appel à participation des citoyens plafonnée à 250 euros s’est clôturée en avril 2009. S’en est suivie une seconde vague plafonnée à 500 euros. Enfin, une troisième vague, cette fois non plafonnée, devrait se clôturer en mars 2010.

Démarches quant à la mise en œuvre du projet

Durant les années 2007 et 2008, un important travail de contact et de préparation a été mené par la commune: création d’un business plan par un réviseur d’entreprise, rédaction d’un projet de statuts de société communale citoyenne par un notaire, prise de contacts avec quelques partenaires coopérateurs pour finaliser le projet, négociation avec le propriétaire du terrain, etc.

Après avoir obtenu le permis unique et dès que les éléments du dossier furent prêts, le collège communal a convoqué en octobre 2008 un conseil communal extraordinaire afin:

  • d’approuver les fondements du partenariat public-privé (PPP) avec la SPE, l’opération étant de nature intuitu personae;
  • d’approuver les statuts de la société, des associés, du plan financier;
  • d’apporter une garantie financière de la commune à cette société;
  • de désigner l’échevin de l’énergie comme administrateur, pour la commune, de cette société;
  • d’acheter le terrain agricole sur lequel sera construite l’éolienne.

La décision de création de la société, le projet de statuts et la décision de prise de participation de la commune au capital de cette société ont été soumis à l’approbation de l’autorité de tutelle conformément au prescrit du Code de la démocratie locale et de la décentralisation. Une fois confirmation reçue de celle-ci que l’opération était acceptée par le Ministre en charge des Pouvoirs locaux, les associés ont constitué, devant notaire, la société coopérative à responsabilité limitée, EnerCity.

Dates clés du projet

  • Premier contact avec la SPE: août 2007.
  • Octroi du permis d’urbanisme: septembre 2008.
  • Approbation par le conseil communal de la création d’une société communale et d’un partenariat public privé dans l’éolien: octobre 2008.
  • Constitution de la société EnerCity scrl: décembre 2008.
  • Montage de l’éolienne communale citoyenne: mars 2009.
  • Début de production de l’éolienne: mai 2009.

En savoir plus

www.enercity.be
www.uvcw.be (Un vade-mecum « Eoliennes communales citoyennes » sera prochainement disponible sur notre site internet)

Contact

Jean-François Ravone
Echevin de l’Energie à Villers-le-Bouillet
Président d’EnerCity scrl
0495 28 43 84

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  1. [Remonter] Afin d’encourager les pouvoirs locaux à s’engager dans un programme volontariste de maîtrise énergétique à l’échelon local, le Gouvernement wallon a décidé de soutenir leurs actions en finançant des conseillers en énergie dans les communes. Sur base d’un appel à candidatures aux « Communes énerg-éthiques » lancé en mai 2007, 95 communes ont été sélectionnées et bénéficient de l’aide de 66 conseillers en énergie.
  2. [Remonter] 1 MW = 1 000 kW.
  3. [Remonter] Renseignements: http://formulaires.wallonie.be/p004411_044.jsp. Pour toute question concernant l'introduction des demandes: Cellule autorisation de débuter a.lothaire@mrw.wallonie.be - 081 33 37 63. Les demandes sont à adresser au Service public de Wallonie (SPW) - Direction générale de l’Economie et de l’Emploi (DGEE) - Département de l’Investissement - Direction des Programmes d’investissement - Place de la Wallonie 1, bâtiment II, 5100 Jambes (Namur).  
  4. [Remonter] Clause d’option.
  5. [Remonter] Les certificats verts constituent un mécanisme d’aide mis en place par la Région wallonne pour soutenir financièrement la production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelable. Le nombre de certificats octroyés pendant 15 ans à un producteur "vert" est fonction de la filière de production et de l’économie de C02 réalisée par rapport à la production de cette électricité par une centrale électrique de référence. Dans le cas de l’énergie éolienne, 1 MWh produit donne droit à un certificat vert. Ces certificats pourront être revendus aux fournisseurs d’électricité qui sont tenus de remettre annuellement à la CWaPE (Commission wallonne pour l’énergie) un quota de certificats verts proportionnel au volume d’électricité qu’ils ont vendu en Wallonie, sous peine d’amende (100 euros par certificat manquant).
  6. [Remonter] Les "Objectifs du Millénaire" de l’ONU sont: 1. Réduire l’extrême pauvreté et la faim. 2. Assurer l’éducation primaire pour tous.  3. Promouvoir l’égalité et l’autonomisation des femmes. 4. Réduire la mortalité infantile. 5. Améliorer la santé maternelle. 6. Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies. 7. Assurer un environnement durable. 8. Mettre en place un partenariat mondial pour le développement.
  7. [Remonter] Consommation d’un ménage moyen: 3.500 kWh/an.
  8. [Remonter] En comparaison à la production d’électricité par une centrale thermique à turbine gaz vapeur, qui émet 456 kg de CO2 par MW produit.
  9. [Remonter] Commission consultative communale d’aménagement du territoire et de mobilité.

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Ce document, imprimé le 26-05-2019, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be).
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