Développement régional - André Elleboudt (Prospect 15): "Faire ensemble ce que l’on ne peut faire seul"

Mai 2005
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L’Arrondissement de Dinant: quinze communes et 1592 km2 près de la moitié de la Province de Namur. C’est là qu’est né un projet mastodonte, "quinze communes au futur", qui vise à rassembler les quinze entitésde la région dans une série d’associations actives dans le développement régional. Rencontre avec le coordinateur du projet, André Elleboudt, qui n’est pas du tout étranger à sa naissance…

André Elleboudt est coordinateur de Prospect 15, l’Agence de Coopération et de Développement régional de l’Arrondissement de Dinant, une dénomination qui a l’intérêt de ne mettre en valeur aucune commune. Il n’y a pas de priorité, ni du rural sur l’urbain, ni inversement. Cette agence a deux défis: développer un travail prospectif, et ce pour l’ensemble des quinze communes. Le travail de Prospect 15 se nourrit de l’activité du Centre culturel régional de Dinant (CCRD) et a une implication sur le travail de ses divers secteurs. La décentralisation entamée il y a plus de 15 ans par le centre culturel a produit ses fruits que Prospect 15 peut aujourd’hui cueillir. Et ce, notamment, en termes de stratégies de travail ascendant, de maillage pertinent du territoire, de créativité avec le monde associatif et la société civile, de crédibilité dans de nombreux milieux. Si on peut considérer que le CCRD gère, anime, nourrit le quotidien, Prospect 15 joue un rôle plus réflexif. L’enjeu interne est bien de trouver sans cesse les harmonisations possibles entre ces deux orientations.

- M.C.: En quoi consiste exactement le projet "Quinze communes au futur"?

- André Elleboudt: "Cette initiative de la Communauté française permet, dans un premier temps, aux centres culturels régionaux de continuer tout le maillage d’arrondissement, qui est une obligation décrétale. Cela fait maintenant 15 ans qu’au niveau du centre culturel, nous travaillons sur toute la matière associative. Il y a pour le moment six centres culturels locaux, que nous avons aidé à mettre sur pied, et cinq conseils culturels. Ces derniers n’ont pas d’infrastructures propres. Globalement, le centre culturel co-produit avec l’associatif de l’arrondissement bon an, mal an 350 projets, ce qui n’est pas négligeable. Ceci permet de comprendre ce que nous faisons, toujours dans une démarche que l’on veut ascendante. Lorsqu’il y a deux ans et demi, nous avons été reconnus comme agence expérimentale, on a décidé de rencontrer les quinze bourgmestres. Si on met en route une réflexion prospective avec l’associatif, et qu’il n’y a pas d’intérêt de la part des politiques, nous aurions mobilisé des gens pour rien. Les quatre grandes familles politiques démocrates sont représentées. Nous les avons rassemblés dans l’optique d’un développement socio-économique de l’arrondissement".

- Vous n’avez pas eu trop de difficultés à les convaincre?

- "Comme on a, depuis 15 ans, un savoir-faire et une crédibilité plutôt affirmés, les politiques nous ont fait confiance. Ils ont donc accepté de se réunir, en compagnie d’experts en développement économique et en développement durable. La question posée fut: que peut-on faire ensemble que l’on ne sait plus faire seul? Avec, bien sûr, les 5 questions de la démarche prospective: qui sommes nous, c’est quoi l’arrondissement de Dinant, que puis-je faire, que veux-je faire, comment le faire? C’est fondamentalement la base de notre démarche. Nous avons travaillé en collaboration avec l’Institut Destrée, avec une société de Liège, avec une asbl de démographie proche de l’UCL et avec la Banque nationale, sur une réflexion multi-sectorielle quant à l’arrondissement. Nous avons donc fait un état des lieux qui débouche sur des constatations assez étonnantes. Par exemple, on découvre que sur 100.000 habitants, il y a 25 % de citoyens âgés de moins de 20 ans. Un beau potentiel jeune donc!".

- Aucune ville ne peut être considérée, plus que les autres, comme un pôle conducteur?

- "Il y a quatre petites villes: Dinant, Ciney, Rochefort et Beauraing, mais il n’y a pas vraiment de pôle politique ou économique. Pas comme à Charleroi ou Liège. Ici, nous nous situons dans une zone rurale, où il n’y a pas de ville qui a plus d’importance qu’une autre. Bien sûr, si on prend un pôle agro-alimentaire, c’est Ciney. Si on prend un pôle enseignement et administration, c’est Dinant. L’idée est, en mettant toute appartenance politique et tout intérêt propre de côté, de réfléchir tous ensemble. Le 8 novembre dernier, nous avons mis en place une conférence de lancement qui présentait la première année et demie de travail. Le Ministre Jean-Claude Van Cauwenberghe, qui a dans ses matières le développement, et Fadila Laanan, Ministre de la Culture et pouvoir subsidiant d’un centre culturel, ont également assisté à cette réunion. Celle-ci a permis l'écriture d’un Manifeste des quinze (ndlr: v. encart)".

- Cette initiative est une première?

- "Attention, nous n'avons pas le monopole de la réflexion transcommunale (nous préférons ce terme à intercommunale ou supracommunal). La volonté de travailler à quinze est donc manifeste, et nous avons aujourd’hui quatre pistes que nous souhaitons aborder: une réflexion socio-économique, une révision de plan de secteur, une mise au point avec les présidents des CPAS de l’arrondissement et un point mobilité, visant à établir un catalogue des bonnes pratiques des communes en la matière".

- Il n’y a donc pas un point qui dépend de la compétence de Dinant en particulier?

- "Disons qu’on décide de ne pas favoriser une ville par rapport à une autre. Maintenant, l’idée de la démarche est ascendante. Ce n’est pas "les communes doivent", mais "les communes veulent". C’est très différent. En tant que coordinateurs de Prospect 15, notre travail est de mettre les gens en condition pour réfléchir. Nous sommes vraiment une interface qui permet aux bourgmestres et aux acteurs de développement culturel, social ou économique, de s’associer au projet à un moment donné pour se l’approprier et pour, ensemble, réaliser quelque chose".

- Quelles sont les actions concrètes déjà mises en œuvre?

- "La première, même si cela n’a l’air de rien, c’est de réunir quinze bourgmestres. Il y a là véritablement quelque chose de pas banal. Nous avons mis ensemble les bourgmestres en évitant les clivages politiques et communaux. Cette nouveauté est, selon moi, fondamentale: leur permettre de devenir les tracteurs, ou les pousseurs, du développement de leur région. L’intérêt, c’est d’avoir toutes les familles politiques. Notre but est de se mettre à quinze autour d’un projet qui ne sera peut-être intéressant que pour un seul. Mais s’il y a du travail chez un, les quatorze autres peuvent amener leur expertise. C’est véritablement une vision autre, une autre manière de faire de la politique. Les bourgmestres, ils le disent eux-mêmes, n’ont pas le temps de réfléchir à ce qu’ils font; ils doivent tout le temps parer au plus pressé. On leur propose donc une chambre de réflexion. Exemple: quatre communes viennent d’acheter ensemble une traçeuse pour la voirie.

Il y a également d’autres problématiques: au niveau de la santé, notamment. Quelqu’un qui fait un infarctus à Gedinne n’a pas les mêmes chances que celui qui habite Ciney", car le centre hospitalier se situe du côté de Ciney.

Renseignements:
André Elleboudt
Coordinateur
Centre culturel régional de Dinant ASBL
Rue Grande, 37
5500 Dinant
Tél.: 082/ 21 39 39
Fax.: 082/ 22 72 43
E-mail:
Site: http://www.dinant.be

Manifeste des Quinze

Voici donc le Manifeste des Quinze, charte interne au projet Prospect 15.

Prospect 15 rassemble les quinze bourgmestres de l'arrondissement de Dinant dans le but de susciter une réflexion prospective globale et intersectorielle sur l'ensemble de ce territoire. Cette réflexion s'inscrit dans le cadre du développement territorial et se veut résolument ascendante et volontariste. Prospect 15, l'Agence de Coopération et de Développement régional de l'arrondissement de Dinant a été mise en place par le Centre culturel régional de Dinant (CCRD) qui joue le rôle de facilitateur de la démarche, d'interface, offrant aux quinze communes, un lieu de réflexion et de débat.

Depuis juin 2003, les bourgmestres ou leurs représentants se sont réunis tous les deux mois. Au cours des rencontres de travail, les débats ont porté sur la prospective, le sens du territoire, sa situation démographique et économique. Un état des lieux a été dressé, reprenant la situation des diverses communes notamment dans les domaines de la population, de l'emploi, du logement, de l'économie, des offres culturelle et touristique. Par ailleurs, les bourgmestres ont exprimé les enjeux dont il sera capital de tenir compte si on souhaite maîtriser le développement futur de l'arrondissement.

Ces deux démarches d'analyse de la situation et de vision d'avenir débouchèrent sur la détermination d'une série d'enjeux que les quinze communes devront relever pour se fixer les balises permettant de construire un futur souhaitable. Citons notamment:

  • territoires: réfléchir à l'aménagement du territoire, au SDER, …;
  • enjeux politico-administratifs: mieux maîtriser ce qui se décide ailleurs, inventer une supracommunalité librement consentie, défendre et unir les intérêts au plan politique;
  • mobilité: établir un cadastre des besoins, proposer ensemble des alternatives nouvelles;
  • valoriser les spécificités:développer les potentialités locales au bénéfice des quinze communes;
  • logement:en faciliter l'accès pour tous;
  • exodes: maîtriser les flux migratoires;
  • économie, Emploi, Education, Formation: mener des réflexions globales;
  • offre en services:conserver en zone rurale un accès optimal aux services (poste, soins de santé, Internet,…);
  • offre culturelle: multiplier les contacts, fédérer les efforts;
  • offre touristique: réfléchir à une vision territoriale, notamment en matière de promotion.

Ces enjeux s'inscrivent dans une réflexion générale sur l'aménagement du territoire. A titre d'exemple, la nécessaire réflexion sur la problématique du plan de secteur est un élément fédérateur incontestable.

Il apparaît prioritaire, pour l'ensemble des participant(e)s à la démarche Prospect 15, d'envisager une future transcommunalité. Celle-ci signifie penser l'organisation territoriale de manière globale dans le cadre du développement des potentialités intrinsèques de chacune des communes, dans le respect des complémentarités mais aussi de la recherche de synergies favorisant le mieux-être des habitants et les économies d'échelle; développer des stratégies donnant aux communes de l'arrondissement plus de poids et de visibilité lors de la prise de décision aux niveaux provincial, régional et fédéral.

Dans un monde marqué par les interdépendances de plus en plus nombreuses, les bourgmestres rassemblés au sein de Prospect 15 veulent faire entendre leurs choix, exprimer leur volonté de rester maître du développement territorial - dans le nécessaire respect de l'autonomie communale - et l'exigence de maintenir le lien entre le citoyen et son devenir.

 
Ce document, imprimé le 04-02-2012, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be) et est soumis au copyright.
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