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Eolien: quelle est la répartition des coûts entre les différents postes d’un projet?

Marianne Duquesne - Septembre 2010
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L'auteur

Marianne Duquesne Marianne Duquesne

Conseiller à l'Union des Villes et Communes de Wallonie

L’éolien a le vent en poupe et certaines communes souhaiteraient s’investir dans un projet éolien sur leur territoire. Mais quel en est vraiment le coût ? La présente contribution a pour objet de fournir des informations sur la structure du coût d’un projet éolien.

L’intérêt pour l’énergie éolienne va croissant tant de la part du secteur privé que des collectivités. Celles-ci sont d’ailleurs de plus en plus nombreuses à revendiquer leur participation effective aux parcs éoliens avec pour objectifs de valoriser les ressources énergétiques locales durables, d’associer plus étroitement les citoyens au développement des énergies renouvelables et de bénéficier également des retombées financières positives attendues de tels investissements. Cette volonté des communes de participer aux parcs éoliens peut se concrétiser par la création d’une société à laquelle prend part la commune, et éventuellement les citoyens, et dont la mission première est d’exploiter une ou plusieurs éoliennes et, complémentairement, de réinvestir dans les projets d’énergie durable en vue d’accroître l’autonomie énergétique du territoire. Dans ce contexte, des promoteurs peuvent être amenés à céder une part du permis octroyé pour un parc de plusieurs éoliennes à la commune. Lors de la négociation d’un tel contrat, il importe donc de comprendre comment se structure le coût d’un projet éolien et d’identifier les prestations comprises dans les différents postes afin d’évaluer correctement la rentabilité financière du projet.

Phases de développement d’un projet éolien

Le développement complet d’un projet éolien peut être décomposé en cinq phases consécutives :
1. la phase de développement durant laquelle est étudiée la faisabilité du projet,
2. la demande de permis,
3. le financement précis du projet,
4. la construction de l’éolienne,
5. l’exploitation de l’éolienne.

Structure des coûts d’un projet éolien [1]

Actuellement, sur base des données des projets réalisés en Région wallonne, le coût d’1 MW éolien installé s’élève, en moyenne, à 1,6 million d’euros. L’investissement pour une éolienne de 2 MW est donc d’environ 3,2 millions d’euros; ce prix peut cependant varier quelque peu en fonction de circonstances locales et des conditions de vent de l’éolienne.

La répartition des coûts entre les différents postes peut varier d’un projet à l’autre, notamment selon le nombre d’éoliennes qui sera implanté. En effet, pour les grands parcs, il est possible de réaliser certaines économies d’échelle.
Passons en revue ces différents coûts en détaillant particulièrement ceux constituant les première et deuxième phases du projet.

Pour un projet éolien de grande puissance, les coûts de développement et de la demande de permis unique sont, en moyenne, compris entre 100.000 et 200.000 euros, quel que soit le nombre d’éoliennes envisagé. Ces coûts comprennent les éléments suivants:

  • Les coûts du développeur. Ils couvrent les frais de personnel en charge de la supervision du projet et de la prise de contact avec les divers intervenants. Ils s’élèvent généralement à 60.000 ou 70.000 euros pour les petits développeurs (bureau de 2-3 personnes) et grimpent jusqu’à 100.000 voir 150.000 euros pour les grosses structures (dans ce cas, des frais de marketing, de secrétariat, de gestion, etc., viennent s’ajouter). Cela correspond plus ou moins à un équivalent temps plein réparti sur 2 ans.
  • L’étude de vent. Elle permet d’analyser le potentiel éolien. Le coût d’une étude de vent est généralement compris entre 10.000 et 20.000 euros. Les paramètres influençant ce prix sont le type d’études (sur mât in situ ou sur logiciel), la durée de l’étude, la superficie couverte, la hauteur du mât le cas échéant… Cette étude de préfaisabilité peut être subventionnée par la Région wallonne à hauteur de 50 % des frais justifiés avec un plafond de 5.000 euros par site [2]
  • L’étude de raccordement au réseau électrique. Cette étude vise à définir la capacité d’accueil d’un poste de transformation pour l’injection de l’électricité éolienne produite ainsi que les éventuelles adaptations nécessaires au réseau (extension, …). Son coût total s’élève à  quelque 12.000 euros et comprend une première estimation du potentiel d’accueil (étude d’orientation: environ 2.500 à 3.000 euros) et ensuite, un devis du gestionnaire de réseau détaillant les aspects techniques et financiers du raccordement et les délais (étude de détail: environ 9.000 euros).
  • L’étude d’incidences sur l’environnement. Elle est actuellement imposée par la réglementation pour tout projet à partir de 3 MW et doit être réalisée par un bureau d’études indépendant et agréé par la Région wallonne. Son coût moyen est de 25.000 à 35.000 euros. Elle peut durer entre un an et un an et demi.
  • La consultation publique. Le coût d’organisation des séances d’information peut s’élever à  5.000 euros (frais de publicité, location de salle, …).
  • Les frais de consultations juridiqueséventuels peuvent être estimés à quelques 5.000 euros.
  • Le coût d’un éventuel avis préalable peut se chiffrer à 1.000 - 1.500 euros. Dans certains cas, il est indiqué de demander un avis préalable aux organismes qui seraient appelés à remettre avis dans le cadre de la demande de permis (par exemple, Belgocontrol).
  • Les frais pour l’introduction du permis unique sont d’environ 500 euros.

Le coût de cette première phase du projet intervient donc pour moins de 5 % dans le montant total de l’investissement éolien.

Les coûts de construction de l’éolienne comprennent:

  • Les coûts d’ingénierie. Ils s’élèvent généralement à 5 % du montant total de l’investissement éolien et comprennent les études de sol, le calcul des structures, la coordination et la gestion de chantier, …
  • Les coûts de génie civil. Ils représentent environ 8 % du coût total d’un investissement éolien et recouvrent principalement:
    • la réalisation des fondations;
    • l’aménagement et réaménagement des chemins d’accès pour le chantier;
    • l’établissement de l’aire de montage.
  • Les coûts de levage et de transport. Ils constituent généralement 2 % du montant total du projet.
  • Les coûts de raccordement électrique. Ils s’élèvent en moyenne à 7 % du coût total du projet. Ils peuvent varier en fonction de la présence à proximité du site d’un poste de transformation d’électricité et de sa capacité d’accueil pour l’injection sur le réseau de l’électricité produite par le parc éolien. Ils incluent les coûts des différents raccordements inter-éoliennes et au poste de transformation, l’installation de cabine(s), … A titre d’exemple, le coût de raccordement électrique entre la cabine de tête [3] et la cabine de transformation du réseau  s’élève à 137 euros par mètre.
  • Le coût d’achat des éoliennes. Il peut varier sensiblement en fonction du type d’éoliennes, de la disponibilité en stock et du coût des matières premières (acier, …). La variation peut atteindre jusqu’à 25 à 30 % du prix. Cet écart est loin d’être négligeable car le coût total d’achat des éoliennes représente généralement 75 % du coût total du projet et peut grimper à plus de 80 % pour les grands parcs, lorsque des économies d’échelle peuvent être réalisées sur d’autres postes (les études notamment).

A noter que l’exploitant d’un parc éolien est tenu légalement de remettre le site dans son état initial à l’expiration de son permis unique (généralement 15 à 25 ans). Afin de garantir le respect de cette obligation, il doit constituer, avant l’implantation de l’éolienne, une caution sous forme de garantie bancaire, couvrant la totalité des frais de remise en état du site (démontage, raclage des fondations de béton, …). Le montant de cette caution s’élève actuellement à 80.000 euros par éolienne [4].

Les coûts divers englobent les coûts relatifs au raccordement téléphonique, au terrain, au balisage, … Ils constituent environ 1 % du coût global.
Graphique

Influence du coût des études sur le prix d’un permis

Sur base de la structure des coûts présentée ci-dessus, comment dès lors déterminer la valeur d’un permis pour une éolienne ? Prenons un exemple. Un développeur a obtenu un permis pour 5 éoliennes et il vend une part du permis, pour une des cinq éoliennes, à la commune. Les coûts de développement du projet (études de faisabilité et demande de permis unique) supportés par le développeur s’élèvent à un montant maximum de 200.000 euros (voir supra). Cependant, en prenant en charge les études et les procédures administratives, le développeur a pris un risque: celui de ne pas obtenir de permis.
Durant les années précédentes, le taux de réussite du marché pour l’obtention d’un permis éolien allait de 20 à 40 %, voire 50 %. Dans la situation la plus pessimiste, cela signifie que pour un projet éolien accepté, 5 avaient été déposés. En réalité, le coût de développement supporté par un développeur éolien était donc d’un million d’euros (cinq fois 200.000 euros). Une façon de fixer le prix du permis pour une éolienne faisant partie d’un projet de 5 est donc de racheter cette part du permis à un cinquième du coût total de développement, c’est-à-dire à 200.000 euros.
Une manière d’affiner l’estimation serait de demander aux développeurs leur taux de succès, en matière d’obtention de permis, pour les années précédentes. Par exemple, un petit développeur prendra vraisemblablement moins de risque que les grosses structures, et misera d’emblée sur de probables « chevaux » gagnants; son taux de réussite pourrait donc être plus élevé.

Cette méthode d’évaluation des coûts totaux de développement est bien sûr à relativiser: les taux de réussite des projets peuvent évoluer à l’avenir en fonction de la politique adoptée au niveau régional (cadre assoupli ou au contraire plus strict pour l’implantation d’éoliennes de puissance), des objectifs à réaliser par la Région wallonne en matière de production d’énergie à partir de sources renouvelables, …

Comme détaillé dans la première partie de cet article, les coûts de développement et demande de permis représentent, en moyenne, moins de 5 % des coûts totaux d’investissement du projet [5]. Le rachat d’un permis à un prix surfait [6] va donc grever le coût total d’investissement car les autres postes concernent essentiellement des fournitures et des travaux, dont les prix sont peu compressibles. Dans pareil cas, la rentabilité du projet est compromise; la société créée pour la construction et l’exploitation de l’éolienne risque de ne pas produire de bénéfice et ses actionnaires de ne percevoir aucun dividende. En effet, dans ce scénario, les rentrées financières générées par l’éolienne pendant une grande partie de sa durée de vie serviront totalement ou essentiellement à rembourser le prix surévalué de rachat des études et du permis.

Quelques données  pour calculer la rentabilité d’un projet éolien [7]

La rentabilité d’un projet éolien est fonction du rapport entre le prix de vente du kWh éolien et son prix de revient. Ce prix de revient se calcule sur base des données suivantes:

  • le coût d’investissement moyen est de 1,6 million d’euros / MW,
  • la durée de fonctionnement à puissance nominale d’une éolienne de 2 MW est en moyenne de 2.200 heures par an pour un site propice au développement éolien; la production généralement admise pour une éolienne de 2 MW est donc de 4.400 MWh par an [8],
  • le coût d’exploitation annuel moyen (maintenance, gestion, assurance, loyer, divers) se situe autour de 20 euros / MWh,
  • les charges financières annuelles s’élèvent en moyenne à 15 euros / MWh (pour un emprunt représentant 80 % de l’investissement et un taux de 6,5 %);
  • la durée de vie économique d’une éolienne est comprise entre 15 et 20 ans [9].

Les revenus procurés par l’éolienne proviennent de la vente de l’électricité produite et des certificats verts:

  • le prix de l’électricité vendue par le producteur éolien se situe actuellement entre 25 et 35 euros / MWh ; ce prix varie selon divers paramètres (évolution du prix de l’électricité, décote appliquée par le fournisseur, durée du contrat entre le producteur et le fournisseur);
  • pour l’électricité éolienne, un certificat vert [10] est octroyé par MWh produit durant 15 années. Actuellement, le prix de revente du certificat vert s’établit autour de 85 euros (mais il peut varier à l’avenir).

Sous ces conditions, on observe un taux de rentabilité de projet autour de 8 %.

Ces données constituent bien entendu des moyennes observées en Région wallonne. Tout projet de développement éolien doit faire l’objet d’une étude de faisabilité technique et économique sérieuse, sur base d’un plan financier prudent.

Confronté à un projet ? Comment en savoir plus…

La Région wallonne a mis en place un réseau de Facilitateurs énergie pour conseiller les institutions et entreprises qui développent une démarche d’amélioration des performances énergétiques de leurs installations ou souhaitent recourir aux énergies renouvelables. Le Facilitateur éolien fournit des informations et des conseils pour les projets d’implantation d’éoliennes de puissance (minimum 500 kW) en Wallonie. Il peut être contacté par e-mail () ou par téléphone (02.218.78.99). Plus d’information également à l’adresse web: http://www.eolien.be

Par ailleurs, nous rappelons que l’Union offre à ses membres des services orientés pouvoirs locaux en matière d’aménagement du territoire, de marchés publics, de patrimoine, de mode de gestion, d’énergie, … Notre staff vous est présenté sur notre site web: http://www.uvcw.be/union/141.cfm

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  1. [Remonter] Source: Facilitateur éolien en Région wallonne.
  2. [Remonter] L’octroi de cette prime, destinée aux entreprises et aux asbl ne pouvant bénéficier des aides UREBA, est conditionné au respect de certaines conditions: la demande de subvention doit être introduite avant le début de l’étude et le Service public de Wallonie doit approuver formellement le choix du bureau d’études. Pour plus d’informations: marie.schippers@spw.wallonie.be (SPW, Département de l’énergie et du Bâtiment durable).
  3. [Remonter] La cabine de tête est la cabine à laquelle se raccordent toutes les éoliennes.
  4. [Remonter] Ce montant est sécuritaire. Le coût réel de démontage est compris entre 30.000 et 60.000 euros par éolienne selon la technique utilisée. En outre, les éléments métalliques présentent une valeur marchande et peuvent être valorisés financièrement. (Source : Apere, Eolien: rumeurs et réalités, Service Public de Wallonie, 2008).
  5. [Remonter] Pour mémoire, les coûts totaux d’investissement  pour 1 MW éolien installé s’élèvent en moyenne en Région wallonne à 1,6 million d’euros. Pour une éolienne de 2 MW, cela correspond donc à un coût total d’investissement moyen de 3,2 millions d’euros.
  6. [Remonter] L’Union a été informée que certains promoteurs tentent de revendre les études de faisabilité qu’ils ont réalisées et le permis octroyé à un prix allant jusqu’à 25 ou 30 % du coût total d’investissement du projet éolien.
  7. [Remonter] Données en janvier 2010.Source: Facilitateur éolien en Région wallonne.
  8. [Remonter] 1 MWh = 1.000 kWh.
  9. [Remonter] Pour le calcul de rentabilité, la durée de référence sera de 15 ans. Sa durée de vie réelle varie entre 20 et 25 ans.
  10. [Remonter] Les certificats verts constituent un mécanisme d’aide mis en place par la Région wallonne pour soutenir financièrement la production d’électricité à partir de sources d’énergie renouvelable. Le nombre de certificats octroyés à un producteur "vert" est fonction de la filière de production et de l’économie de C02 réalisée par rapport à la production de cette électricité par une centrale électrique de référence. Dans le cas de l’énergie éolienne, 1 MWh produit donne droit à un certificat vert. Ces certificats pourront être revendus aux fournisseurs d’électricité qui sont tenus de remettre annuellement à la CWaPE (Commission wallonne pour l’énergie) un quota de certificats verts proportionnel au volume d’électricité qu’ils ont vendu en Wallonie, sous peine d’amende (100 euros par certificat manquant).
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Ce document, imprimé le 02-08-2014, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be) et est soumis au copyright.
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