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La parole aux animateurs de réseaux de développement local

Alain Depret - Octobre 2008
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L'auteur

Alain Depret Alain Depret

Conseiller expert - Secrétaire de rédaction du Mouvement communal

Le développement local reste au centre des préoccupations de bon nombre de communes. Chacune avec leurs spécificités, elles répondent aux besoins des citoyens en la matière en faisant appel à divers partenaires, dont le Réseau ADL de l’Union des Villes et Communes de Wallonie. Le Mouvement communal voulait cependant ici saluer trois acteurs essentiels du développement local en Wallonie: Olivier Dubois, Conseiller à l’Union, Pierre Francis, Directeur exécutif de l’AMCV et Xavier Delmon, Coordinateur de la Cellule d’Animation du Réseau wallon Leader+ et Tr@me Scrl. Autant de bonnes pratiques et de réflexions en quelques questions bien senties. Interview croisée…

M.C.: Présentez-nous l’objectif du dispositif dont vous assurez l’animation et son ampleur en Région wallonne.

Olivier Dubois: Les agences de développement local (ADL) sont une initiative de la Région wallonne. Au nombre d’une bonne cinquantaine, elles sont présentes sur des territoires de moins de 40.000 habitants, soit sous forme de structures mono-communales, soit en supracommunalité. Initiative pilote en voie de pérennisation, ces agences permettent de mettre en place une dynamique partenariale de développement entre les autorités publiques locales, la sphère privée et le monde associatif.
Préférentiellement tournées vers les acteurs économiques déjà présents sur le territoire (ce qui distingue cette initiative des maisons de l’emploi notamment), les ADL ont pour vocation de développer et soutenir des projets locaux présentant une plus-value en termes d’emploi et de développement économique. Pour ce faire, aucun levier n’est a priori exclu, pour autant que la finalité en termes de développement économique et d’emploi soit perceptible. Aussi, les domaines de prédilection des ADL sont donc très larges, alliant le culturel, le social, l’environnemental ou l’économique. Ces structures interviennent essentiellement au travers de trois types d’initiatives et de projets. Tout d’abord, elles suscitent l’émergence d’initiatives "dormantes" au travers de la mise en place de réseaux d’acteurs et d’outils de soutien. Ensuite, un certain nombre d’agences travaillent l’attractivité de leur territoire pour en faire un terreau fertile de développement. Enfin, dans un certain nombre de cas, elles agissent comme un véritable relais vis-à-vis d’initiatives d’autorités supérieures porteuses de développement mais en souffrance de relais locaux. Vous trouverez une sélection de bonnes pratiques de ces projets dans l’espace ADL du site de notre association.

Pierre Francis: En 1997, une expérience de gestion de centre-ville en partenariat public-privé a été initiée par la Région wallonne au départ de 16 villes et communes. Aujourd’hui 19 partenariats de gestion de centre-ville sont reconnus par la Région wallonne. Le projet de gestion de centre-ville est basé sur un partenariat public-privé représentatif des acteurs publics et privés du centre-ville. Ces partenariats sont constitués sous la forme d’asbl dont la parité 50/50 entre secteurs public et privé doit être respectée au niveau du conseil d’administration. Ces partenariats public-privé sont inscrits dans la durée. Ils doivent disposer d’une totale indépendance par rapport au pouvoir communal. Leur zone d’intervention est limitée à un espace restreint bien souvent commercial.
La gestion de centre-ville, une expérience pilote fondée sur quatre piliers: le partenariat et la synergie entre les acteurs publics et privés, l’approche globale (commerce, mobilité, urbanisme, logement, marketing urbain,…) et le développement de la multiplicité des fonctions au centre-ville, l’objectif commun et le développement d’une vision commune aux partenaires impliqués et la gestion professionnelle du centre-ville.
La gestion de centre-ville est devenue une interface entre les secteurs privés, publics et les utilisateurs du centre-ville, faisant à la fois office de catalyseur, de coordinateur et d’incitant. Concrètement, la gestion de centre-ville est dirigée par un gestionnaire de centre-ville qui va amener les acteurs à atteindre les objectifs qu’ils se sont fixés. Il sera souvent accompagné par l’acteur le plus visible pour le grand public sur le terrain: "le steward urbain", métier créé en 1998 et dont l’objectif est d’accueillir, renseigner les visiteurs, constater les dégradations et de s’assurer que chaque visiteur, client retournera avec une expérience positive du centre-ville. Certaines gestions de centre-ville ont également une équipe d’ouvriers urbains pour assurer une qualité totale de l’environnement par une réponse rapide, immédiate et complémentaire aux équipes techniques des villes et communes (plus d’infos sur www.amcv.be).

Xavier Delmon: La mission qui est confiée à Tr@me par la Région wallonne concerne la mise en réseau des Groupes d’Action locale (GAL) Leader+ et des territoires ruraux. L’objectif de la Cellule d’Animation du Réseau (CAR) est de stimuler les coopérations entre territoires ruraux en favorisant l’échange d’expériences et de bonnes pratiques, l’échange d’information et les enseignements à tirer en matière de développement rural territorial.

Dites-en-nous un peu plus sur le rôle que vous jouez en tant qu’animateur du réseau et sur les activités que vous organisez dans ce cadre.

Olivier Dubois: L’Union des Villes et Communes de Wallonie assure, avec le soutien du Ministre Marcourt, depuis le 1er avril 2004, une mission d’accompagnement des ADL qui s’articule principalement autour de quatre missions. Tout d’abord, les agents ont accès à l’ensemble des services de conseil de notre association. Tous les matins, ceux-ci disposent ainsi d’un point de chute pour toute question relative aux procédures financières, à la gestion du personnel, au mode de fonctionnement des instances communales, à la législation en matière d’aménagement du territoire, etc.
Ensuite, nous proposons, chaque année, trois formations pointues qui, bien qu’ouvertes à toutes et à tous, sont spécifiquement dédicacées aux agents ADL. Ont ainsi déjà été abordés, entre autres, les aides européennes, le Plan Marshall, les stratégies de développement commercial, la réalisation d’un diagnostic du territoire ou les règles comptables et financières. Les agents sont par ailleurs invités à participer à l’ensemble de nos autres formations.
Troisièmement, nous assurons une information ciblée, destinée aux agents par le biais de notre site internet, du Mouvement communal, ou directement par e-mail. L’espace de notre site internet dispose ainsi d’un onglet "ressources" où toute une série de documents utiles à la vie des ADL est proposée.
Enfin, en phase avec l’un des métiers essentiels de notre association, l’Union des Villes et Communes de Wallonie agit également comme un organe de représentation des intérêts des agences de développement local auprès des autorités supérieures. Nous avons ainsi eu plusieurs fois l’occasion d’interpeller le Gouvernement wallon pour souligner un certain nombre de difficultés ou afin de relayer certains messages provenant directement des agences.  Nous pouvons notamment bénéficier, pour ce faire, de la Plate-forme ADL, commission interne à l’Union regroupant des mandataires locaux, des agents ADL et les membres de l’administration en charge de ce dossier, qui se réunit 3 à 4 fois par an.

Pierre Francis: L’AMCV assure depuis 1998 la coordination, la mise en réseau et la professionnalisation des structures de gestion de centre-ville en Région wallonne. Elle a depuis développé une expérience reconnue en Belgique et à l’étranger en matière de partenariat public-privé, de gestion urbaine, de développement commercial et de revitalisation urbaine.
La mission confiée à l’AMCV par la Région wallonne vise à la promotion du concept auprès des acteurs tant publics que privés, à coordonner des actions communes comme la participation à des foires internationales comme le MAPIC, marché professionnel de l’implantation commerciale, à organiser des formations et des journées de coordination à destination des gestionnaires de centre-ville  ainsi que des événements comme des colloques ou des journées thématiques de réflexion. L’AMCV met également à disposition des gestions de centre-ville son réseau européen et international puisque des liens sont tissés tant en Europe, en Amérique du Nord qu’en Asie. La gestion de centre-ville est effectivement un concept mondial qui ne peut vivre que s’il s’intègre en réseau au niveau local, régional, national, européen et international. L’AMCV met également à la disposition des structures locales de gestion de centre-ville un outil d’analyse micro-économique des centres-villes, intégré à un observatoire urbain, qui permet un monitoring des principales zones commerciales de la Région, de disposer de données pour rechercher des investisseurs ou accompagner des porteurs de projet et d’évaluer la stratégie mise en place au niveau local.
L’AMCV assure également un soutien technique individualisé auprès de chaque structure locale: par exemple, une aide au recrutement, de l’information sur les politiques de gestion du parking, un conseil en terme de développement commercial, les contacts avec une enseigne internationale, un soutien méthodologique pour la récupération des étages vides au dessus des commerces, etc. L’AMCV concentre, au niveau régional, des compétences qui sont partagées au niveau de l’AMCV par l’ensemble des structures de gestion de centre-ville.  Notre mission consiste à s’assurer que les résultats sont au rendez-vous et que les structures se professionnalisent en s’adaptant un maximum aux besoins du terrain.

Xavier Delmon: Animer le réseau Leader+ consiste avant tout à répondre aux besoins et attentes des GAL (animateurs, porteurs de projets, associations, élus) en mettant à leur disposition, les informations, les services, les outils, les dispositifs dont ils ont besoin pour mener à bien leurs activités, leurs projets. Pour relever ce challenge, nous avons développé trois axes de travail complémentaires: l’animation du réseau sensu-stricto: la CAR organise régulièrement différents types de rencontres (séminaires thématiques, réunions techniques, rencontre de réseau autour d’expériences de terrain). Ces rencontres servent à faire circuler au sein du réseau compétences et savoir-faire et alimentent le contenu des publications de la CAR. Le contenu des rencontres est défini sur base d’un recensement et d’une évaluation régulière des besoins du réseau.
Afin d’assurer la communication et l’information interne et externe du réseau, différents outils sont mis en œuvre: site web www.leaderwallonie.be associé à des bases de données et doté d’un intranet, lettre d’information mensuelle (Reseau GAL), magazine semestriel, outils de promotion.
Enfin, la capitalisation des bonnes pratiques et actions transférables: à travers un Comité scientifique constitué d’entités académiques, la CAR élabore, sur base des réalisations des territoires Leader+, des outils méthodologiques  à destination des GAL et des acteurs du développement local et alimente le contenu des outils de communication et d’animation produits par la CAR.

Quels sont, selon vous, les points forts et les points faibles des structures de développement local dans notre région?

Olivier Dubois: Le principal point fort de ces structures est, sans conteste, la qualité, le professionnalisme et l’innovation dont font preuve les agents de développement. Le métier d’agent de développement local est très exigent en termes d’investissement, de connaissances à mobiliser, mais aussi de personnalité à avoir. Il s’agit, de mon point de vue, d’une véritable vocation. Aussi, nous retrouvons souvent chez les agents ce mélange de créativité, d’anticonformisme et d’enthousiasme permettant de franchir bon nombre d’obstacles.
Engager au niveau local, des agents dont l’objectif principal est d’être innovant et créatif est également très stimulant pour le développement territorial des communes concernées et de l’ensemble de la Wallonie. Il existe, à mon avis, une série de projets singuliers et remarquables développés dans certaines agences qui pourraient inspirer d’autres territoires.
Les faiblesses sont certainement à chercher du côté de la reconnaissance et du soutien dont bénéficient toutes ces nouvelles structures. Le grand public, et même certains politiques, méconnaissent leur existence, les objectifs qu’elles poursuivent et l’intérêt qu’il y a, pour notre région, à soutenir leur action.
Le cloisonnement administratif est également un frein important à un plus grand déploiement des initiatives de développement local. Mener de tels projets nécessite très souvent d’obtenir le concours de nombreuses administrations à différents niveaux de pouvoir. Articuler tout cela est un défi souvent consommateur de beaucoup d’énergie.

Pierre Francis: Les principaux points forts sont: les hommes et les femmes qui constituent les partenariats avant les institutions qu’ils ou elles représentent et les gestionnaires de centre-ville qui effectuent un travail dans l’ombre. La gestion de centre-ville est avant tout une histoire de personnalités.
Le premier point faible est probablement le manque, parfois rencontré, de vision et de stratégie des acteurs locaux, lesquels ne mesurent pas toujours l’importance de prendre le temps de se fixer des objectifs et un plan de vol. L’urgence, la volonté de gérer les opportunités, le besoin de résultats immédiats mettent parfois à mal la viabilité du partenariat. Le deuxième point faible est paradoxalement son efficacité. En effet, l’outil étant efficace, certains acteurs peuvent être tentés de le récupérer à leur profit et d’en prendre le contrôle. C’est alors bien souvent sa mort. En effet, une gestion de centre-ville est un subtil équilibre entre acteurs publics et privés, qui pour être efficace ne doit pas être perçu comme l’outil d’un homme ou d’un acteur mais comme un élément neutre en dehors de tout clivage politique, idéologique ou économique. La gestion de centre-ville existe pour le centre-ville et ne défend pas un acteur en particulier. Elle doit faire la synthèse et donner une réponse la plus équilibrée possible pour assurer la vitalité et la viabilité du centre-ville.

Xavier Delmon: Différents dispositifs ou structures de développement local/territorial existent en Région wallonne: opération de développement rural, agenda 21, contrat d’avenir local, ADL, parcs naturels, GAL, etc. La grande variété de ces derniers constitue aujourd’hui un réel éparpillement des domaines d’interventions, des compétences et de moyens qu’une absence de coordination renforce. De surcroît, ces dispositifs et structures sont peu ou mal connus du grand public, ce qui ne favorise pas une participation citoyenne.
Il y a un besoin urgent de rationalisation de ces dispositifs et outils afin d’assurer animation de territoire, proximité, relais locaux des politiques régionales et développement d’une véritable ingénierie de projet de territoire à une échelle notamment transcommunale aujourd’hui pertinente, et identifiée comme telle par les élus et acteurs locaux.

Quels seraient, selon-vous, les avantages que l’on pourrait retirer d’une collaboration entre les réseaux d’animation des différentes structures de développement local?

Olivier Dubois: Une partie du travail d’animation des réseaux des différentes initiatives de développement est identique, quelle que soit l’initiative visée. Je pense ici notamment à la formation ou à une réflexion commune autour des thèmes de l’évaluation ou de la manière d’élaborer un plan stratégique. Il est, à mon avis, tout à fait possible de développer des synergies sur ces thèmes afin d’offrir, à l’ensemble des agents, un panel plus large de services de soutien à leur action.
Par ailleurs, il serait également très utile de fédérer nos actions de représentation du secteur afin de porter une revendication commune chaque fois que les éléments soulignés sont communs aux différentes initiatives de développement local.

Pierre Francis: La gestion de centre-ville se concentre sur des espaces très petits dans les centres-urbains et traite des problématiques que d’autres dispositifs, travaillant sur un territoire d’intervention plus important et des champs d’actions plus variés, sont parfois amenés à traiter. Des échanges sont dès lors possibles et existent déjà puisque de nombreuses ADL sont membres de l’AMCV et participent régulièrement à certaines de nos activités. Une collaboration plus formalisée et plus soutenue pourrait exister en termes de formation et de mise à disposition de certaines compétences comme le développement commercial. L’avantage principal est l’économie d’échelle et la forte complémentarité entre  les opérateurs de mise en réseau des trois dispositifs.

Xavier Delmon: Sans nul doute, les avantages que l’on pourrait retirer d’une collaboration entre les réseaux d’animation des différentes structures de développement local seraient: une liaison/intégration accrue des outils de développements, le renforcement des compétences en matière d’animation des territoires, le développement d’une véritable ingénierie au service de projets de territoire transversaux intégrant la dimension européenne à travers coopération et échanges de bonnes pratiques.
Systématiser l’utilisation des outils d’animation et de développement stratégique et transversal des territoires tels que ceux développés par les différents réseaux devrait permettre d’assurer une participation effective et démocratique des habitants au devenir de leur territoire sur le court, moyen et long terme.

Question subsidiaire à Xavier Delmon - Quels sont, pour vous, les principaux apports de Leader+ au débat sur développement local en Wallonie aujourd’hui?

L’approche Leader+ expérimente non seulement la transcommunalité, mais également de nouveaux partenariats de mise en œuvre (partenariat public/privé). L’expérience Leader+ se révèle pertinente pour alimenter une politique de développement rurale rénovée dont les enjeux sont aujourd’hui l’organisation de la cohérence et la complémentarité des politiques et actions dans des domaines nécessitant une approche territoriale plus large que la commune, la mise en œuvre d’outils de vérification, de compatibilité entre les stratégies des différents schémas et programmes de développement conçus à des échelles supérieures (logique de cohérence), l’organisation de la coordination des outils existants (PCDR, PCDN, PCM, contrat de rivière, etc. ) à l’échelle transcommunale, le soutien aux formes juridiques et/ou adaptation de la législation permettant ce type de coopération (partenariat public/privé, procédures courtes, etc.), la transversalité des financements (formule de fonds unique) et l’application des principes de développement endogène et ascendant, c’est-à-dire la globalité, la transversalité et la participation citoyenne.


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Ce document, imprimé le 23-01-2019, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be).
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