L'auteur
Chef du Service Information, presse et publications à l'Union des Villes et Communes de Wallonie
La 6e journée des insertions avait lieu le 17 mai dernier à la Foire internationale de Liège. L’occasion, pour les acteurs de l’insertion, au sens le plus large, de se rencontrer pour la sixième fois. Selon Claude Emonts, Président du CPAS de Liège et de la Fédération des CPAS, l’enjeu était de faire comprendre que l’insertion ne relève pas d’un domaine exclusif des CPAS ou du Forem. Les organisateurs voulaient ainsi montrer l’étendue des potentialités d’action, autant que les manques et les résistances psychologiques dans certains domaines.
Cette journée comportait trois thèmes principaux, abordant quatre enjeux. Un sujet particulier a pourtant attiré l'attention de notre rédaction, puisque celui-ci est fort à propos dans le présent numéro du Mouvement communal. Il s'agissait d'une réflexion sur la coopération Nord-Sud.
La coopération au développement serait-elle en échec dans la lutte contre la pauvreté? La question fut lancée d'emblée par le président de la discussion, le Sénateur Pierre Galand. Les invités présents, issus tant des pouvoirs publics fédéraux et régionaux que du secteur associatif, ont émis à tour de rôle leur opinion sur ce constat rappelé en séance par Martine Van Dooren, Directrice générale du SPF Coopération au Développement: 1,2 milliard de personnes
vivent encore actuellement avec moins d’un dollar par jour.
"En quarante ans de coopération au développement belge, force est de constater que le Sud reste une fois de plus négligé", constatait ainsi Roger Dehaybe, Administrateur général de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie. L’absence de prise en considération de l’altérité explique notamment, selon lui, les récents événements survenus dans les banlieues françaises et, plus près de nous, les meurtres commis à Anvers par un proche des thèses de l’extrême-droite. "Au Sommet de la Terre 2002 à Johannesburg, la culture est reconnue comme l’un des vecteurs du développement et la réaction s’organise contre la mondialisation non maîtrisée", a rappelé l’administrateur de l’AIF. Trop longtemps, pourtant, la coopération fut considérée comme nécessaire car déculpabilisante pour les pays occidentaux. Cette réalité laisse cependant graduellement place, aujourd'hui, à un véritable partenariat entre les expériences menées de part et d’autre, non seulement à l’échelon national, mais aussi au niveau local.
Pour Benoît Van der Meerschen (Centre national de Coopération au Développement), ces objectifs sont louables mais les moyens mis en oeuvre pour atteindre une réelle efficacité sont insuffisants: la Belgique peine à atteindre les 0,7 % du PNB d’aide publique au développement, que les états industrialisés s’étaient fixés au Sommet de Rio en 1992. Actuellement, l’Europe plafonne à 0,39 %. En termes quantitatifs, la Belgique octroyait neuf cents millions d’euros à la coopération - multilatérale ou bilatérale avec nos 18 pays cibles - en 2005, qui passeront au milliard en 2007. À côté des moyens financiers octroyés par les pouvoirs publics fédéraux – pour rappel bientôt un milliard d’euros – existe une coopération communautaire et régionale bénéficiant d’un fonds récurrent de 20-22 millions d’euros.
Claude Gonfroid, Attaché au Cabinet de la Ministre régionale en charge des Relations extérieures, Marie-Dominique Simonet, a rappelé les objectifs de la coopération régionale: l’accompagnement des projets des ONG, mais aussi des communes ou des autres acteurs de solidarité, la synergie avec la politique de la DGCD, la recherche de nouvelles formes de financement ou encore l’accompagnement des migrants désireux de porter un projet dans leur pays d’origine. "Pour certains pays", a souligné l'attaché, "la contribution des migrants au PIB national va jusqu’à 30 %. D’où l’importance de seconder les migrants dans des projets autres que les transferts de fonds vers le pays d’origine". Certains acteurs de la scène politique, parmi lesquels Pierre Galand, sont très clairement en faveur d’une défédéralisation de la coopération au développement afin de renforcer les réseaux de proximité.
Trop souvent également, la tendance serait de penser que la coopération ne se passe qu’au niveau fédéral qui détient, jusqu’à ce jour, cette compétence. Séjours diplomatiques des Ministres de la Coopération au Développement ou des Affaires étrangères, missions humanitaires des grandes ONG… Qu’en est-il dès lors des actions menées à l'échelon local? Quelques exemples d’initiatives prises ont donc été présentés lors de cette 6ème journée des insertions. Ce fut, notamment, le cas de la Ville de Liège.
"Les problèmes rencontrés dans la lutte contre la pauvreté sont similaires au Nord et au Sud", a ainsi commenté Carmen Fernandez, Chef du Service Relations extérieures à la Cité ardente. C’est pourquoi la Ville de Liège, elle-même densément peuplée par des publics fragilisés, s’est engagée, voici cinq ans, dans un partenariat avec la Ville de Lubumbashi. Aujourd’hui, l’une des sept communes africaines est informatisée, ce qui permettra graduellement d’enregistrer des actes administratifs, mais aussi d’envisager l’organisation d’une couverture sociale inexistante jusqu’à présent. Forte de ces résultats encourageants, la ville planche déjà sur un second projet environnemental destiné à doter Lubumbashi d’un réel service de gestion des déchets via l’achat d’un camion, mais aussi l’apprentissage du compostage. Ou quand le local partage son expertise avec les pays du Sud…