L'auteur
Secrétaire générale de l Union des Villes et Communes de Wallonie
Dans le Mouvement communal de mai 1996, nous avons publié la synthèse des travaux d'une Commission "Pensions", constituée au sein de l'Union des Villes et Communes belges, en vue de rechercher des solutions au problème de l'avenir du financement des pensions communales.
Ce groupe du travail était composé de mandataires et de fonctionnaires communaux. Des experts de l'ONSSAPL, de la SMAP et du Crédit Communal ont également apporté leur concours.
Après avoir examiné les données du problème et analysé ses causes, notre Commission "Pensions" a formulé diverses propositions pour rencontrer la problématique du financement des pensions du personnel définitif des pouvoirs locaux [1].
Aujourd'hui, le Conseil d'administration de l'Union des Villes et Communes belges a décidé d'actualiser les données, en vue de réactiver les travaux de sa Commission "Pensions". L'Union estime en effet que le financement des pensions publiques constitue un des enjeux de la prochaine législature.
I. LES DIFFERENTS REGIMES DE PENSIONS
550 [2] des 589 communes belges sont affiliées pour la pension de leurs agents définitifs à l'Office nationale de sécurité sociale des Administrations provinciales et locales (ONSSAPL). En d'autres mots, 39 communes ne le sont pas.
Des différences significatives existent entre les Régions.
A noter qu'en règle générale, les CPAS ont le même régime de pension que les communes dont ils relèvent.
Il faut souligner que, bien que 93 % des communes belges soient affiliées (pour la pension) à l'ONSSAPL, cela représente environ 46 % du personnel statutaire des communes.
Cette situation tient au fait que ce sont surtout les grandes villes, qui ont le plus de personnel, qui ne sont pas affiliées.
II. LE PROBLEME DU FINANCEMENT
A. LE REGIME DES PENSIONS DE L'ONSSAPL
1. Un régime de répartition
Le régime des pensions de l'ONSSAPL est un système basé sur le principe de la répartition, et non de la capitalisation.
Le régime de répartition est fondé sur la solidarité des pouvoirs locaux y affiliés, puisque le coût financier de la charge des pensions - le taux de cotisation - est fixé annuellement sur la base de la masse salariale globale de tous les agents nommés à titre définitif, affiliés au régime.
Le taux de cotisation pour 1999 de 27,5 % sur la charge salariale des agents statuaires se répartit comme suit: 7,5 % de cotisation personnelle de l'agent et 20 % de cotisation patronale à charge de l'administration-employeur.
A titre de comparaison, la cotisation-pension d'un agent contractuel s'élève actuellement à 7,5 % de cotisation personnelle de l'agent et 8,86 % de cotisation patronale, soit au total 16,36 %.
2. Evolution
Taux de cotisation
1988 20 % 1989 20 % 1990 21,5 % 1991 21,5 % 1992 22,5 % 1993 25,5 % 1994 25,5 % 1995 28,5 % 1996 28,5 % 1997 27,5 % 1998 27,5 % 1999 27,5 %
| REGIME COMMUN | NOUVEAUX AFFILIES | |||
| Nombre
de pensions |
Charge-pension nette (millions) |
Nombre
de pensions |
Charge-pension nette (millions) |
|
| 1988 | 19.495 | 7.161 | ||
| 1989 | 20.092 | 7.591 | ||
| 1990 | 20.730 | 8.121 | ||
| 1991 | 21.625 | 8.798 | ||
| 1992 | 22.527 | 9.694 | ||
| 1993 | 23.375 | 10.579 | ||
| 1994 | 24.298 | 11.342 | ||
| 1995 | 25.291 | 12.257 | 42 | 32 |
| 1996 | 26.190 | 13.005 | 70 | 44 |
| 1997 | 27.090 | 13.674 | 3.693 | 1.346 |
| 1998 (est.) |
27.991 | 14.659 | 4.102 | 2.629 |
Des simulations nous montrent que le taux de cotisation évoluera au delà de 30 %, et même atteindrait 35 % et plus dans les années à venir. Une telle augmentation deviendra financièrement intenable pour les administrations locales affiliées à l'ONSSAPL.
B. LES AUTRES ADMINISTRATIONS LOCALES
La situation des communes non affiliées à l'ONSSAPL (SMAP ou propre caisse de pension) n'est pas plus brillante.
Il existe encore quelques communes qui ont réussi, jusqu'à présent, à éviter les problèmes de financement mais, ici aussi, les prévisions pour les 10 à 15 années à venir ne sont guère rassurantes.
La plupart des 39 communes non affiliées à l'ONSSAPL ont déjà actuellement de gros problèmes de financement, ou prévoient à bref délai un important besoin de financement.
III. LA LOI WILLOCKX DU 6 AOUT 1993
La loi du 6 août 1993 n'a pas résolu le problème.
A. PRINCIPE
1. Le régime commun des pensions des pouvoirs locaux auprès de l'ONSSAPL a été doublé d'un second, tout à fait distinct: le régime des nouveaux affiliés auprès de l'Office.
Un assouplissement des conditions d'affiliation à l'ONSSAPL a été organisé afin d'inciter les administrations locales à s'affilier. C'est ainsi qu'une partie de l'actuelle charge de pensions des nouveaux membres est immédiatement reprise par l'ONSSAPL. L'affiliation est toutefois irrévocable afin d'assurer la solidarité.
Les administrations déjà affiliées ne sont toutefois aucunement lésées, grâce à une gestion distincte des deux régimes (régime commun et régime des nouveaux affiliés) au sein de l'ONSSAPL.
En fait, les administrations locales ont le choix entre quatre régimes pour la pension de leur personnel définitif:
2. Afin de freiner quelque peu l'augmentation de la charge des pensions, la loi Willockx affecte au financement des pensions l'accroissement du Fonds de réserve des allocations familiales des administrations locales - soit le boni annuel et les intérêts du Fonds.
Cette affectation ne s'applique pas aux administrations qui gèrent leur propre caisse de pensions. Toutefois, leur part de contribution aux réserves des allocations familiales et leur participation au produit de ces dernières restent inscrites au Fonds de réserve de l'Office proportionnellement à leur masse salariale [3].
3. La loi Willockx a également créé un Fonds d'égalisation afin de rapprocher les pourcentages de cotisation des deux groupes d'administrations locales affiliées à l'ONSSAPL: régime commun et régime des nouveaux affiliés. Ce Fonds est alimenté par le produit de la retenue spéciale de 13,07 % sur le pécule de vacances du personnel des administrations locales.
Les administrations locales, affiliées à une institution de prévoyance ou gérant leur propre caisse de pensions, sont donc exclues du bénéfice de ce Fonds d'égalisation.
B. EFFETS
Le principal effet positif de la loi Willockx a certainement été de faire bénéficier le secteur local de moyens financiers qui, sinon, risquaient d'être transférés vers d'autres secteurs.
Si la loi du 6 août 1993 trouve utilement sa place dans une approche phasée du problème du financement des pensions locales, elle n'en constitue toutefois qu'une première étape.
La création d'un régime de nouveaux affiliés à l'ONSSAPL, dont le but était de permettre une plus grande solidarité entre les administrations locales, a commencé à intéresser quelques administrations. Douze administrations, dont des communes et CPAS importants s'y sont affiliés.
Par contre, plusieurs administrations qui géraient toujours leur propre caisse de pensions, se sont affiliées à la SMAP.
IV. LES CAUSES DU PROBLEME DU FINANCEMENT
A. LE REGIME DES PENSIONS PUBLIQUES
1. Le système est un régime de pure répartition - sans la moindre capitalisation. Au cours des bonnes années, on n'a pas constitué de réserves en prévision des années difficiles.
2. En secteur public, la pension est considérée comme un salaire différé. A la base de cette notion, on trouvait le fait que le salaire des agents publics est traditionnellement inférieur à celui de leurs collègues du secteur privé. Entre-temps, les conditions économiques ont réduit cet écart. En outre, les barèmes communaux sont restés d'environ 10 % supérieurs aux barèmes des agents de la fonction publique, alors que les possibilités de faire carrière dans une commune se sont sérieusement développées.
La pension "salaire différé" crée une lourde charge de pension. Ainsi, celle-ci est basée le plus souvent sur la moyenne du traitement des 5 dernières années de la carrière. En outre, le principe de la péréquation des pensions publiques entraîne, pour chaque augmentation de traitement du personnel actif, une augmentation de la charge de pension des agents pensionnés. Chaque fois que le pouvoir local-employeur accorde une augmentation de traitement à son personnel actif, il doit aussi tenir compte, du fait de la péréquation, de la facture de cette augmentation pour ses agents pensionnés.
3. Certaines administrations locales se sont, dans le passé, montrées très généreuses quant à l'octroi d'avantages-pensions: tantièmes plus avantageux par année de service, pension calculée sur la base du dernier traitement, prise en compte d'allocations et indemnités, etc.
4. Les autorités supérieures permettent de valider pour la pension divers régimes de congés: périodes d'absence non rémunérée ou de disponibilité, interruption de carrière, semaine de 4 jours, départ anticipé à mi-temps, etc. La validation de périodes non rémunérées est toutefois plafonnée.
5. Un nombre assez élevé d'agents prennent leur retraite à 60 ans, au lieu de 65 ans. Ce phénomène a une double conséquence sur le financement des pensions: la pension est due cinq ans plus tôt que prévu (même si le montant en est moins élevé), et le régime perd cinq ans de cotisations.
6. Les primes, allocations, indemnités et autres suppléments de traitement sur lesquels aucune cotisation n'est due en matière de pension, s'élèvent à plusieurs milliards, ce qui entraîne une perte de cotisation qui serait due si tous les éléments de la rémunération étaient cotisables en matière de pension. De nombreux éléments de la rémunération sont en effet exonérés de cotisation, soit parce qu'ils n'interviennent pas dans le calcul de la pension, soit encore que, faute de cotisabilité au régime de sécurité sociale, ils ne sont pas assujettis aux cotisations de pension.
B. LE REGIME DE L'ONSSAPL
Un certain pourcentage de la charge globale des pensions prise en charge par l'ONSSAPL est relatif à des pensionnés de communes fusionnées qui ne sont pas affiliées à l'ONSSAPL [4]. Il s'agit de la charge de pensions d'agents d'entités d'avant les fusions qui étaient affiliées, alors que la commune fusionnée ne l'est pas. Par conséquent, des agents d'anciennes entités sont actuellement pensionnés, sans qu'il y ait une masse salariale correspondante sur laquelle des cotisations peuvent être prélevées.
Il faudrait isoler ce groupe de pensionnés au sein de l'ONSSAPL pour que ces communes fusionnées, non affiliées auprès de l'ONSSAPL, supportent elles-mêmes cette charge de pensions de leurs agents.
C. LA DIMINUTION DU NOMBRE D'AGENTS DEFINITIFS
1. Evolution
L'évolution du nombre d'agents définitifs, (hors enseignants), se présente comme suit.
1988 137.805
1989 137.346
1990 135.571
1991 133.844
1992 131.169
1993 130.632
1994 129.308
1995 130.597
1996 130.735
1997 130.679 (+ 1.757 enseignants)
2. Causes
Puisque la diminution du nombre d'agents définitifs est une des causes des difficultés de financement des pensions, examinons plus en détail les raisons de cette réduction.
Communes - chiffres 1996
| Wallonie | Bruxelles | Flandre | |
| Définitifs | 22.000 | 11.600 | 42.100 |
| Non définitifs | 31.600 | 10.300 | 44.800 |
Les causes de la diminution des agents définitifs - et surtout de l'augmentation des agents contractuels - est à trouver dans la conjugaison des mécanismes suivants.
CPAS - chiffres 1996
| Wallonie | Bruxelles | Flandre | |
| Définitifs | 8.900 | 4.400 | 24.600 |
| Non définitifs | 18.100 | 7.100 | 34.000 |
D. LE REGIME DES AGENTS CONTRACTUELS SUBVENTIONNES
En 1996, le nombre d'ACS dans les administrations provinciales et locales s'élevait à:
Wallonie 18.200 Bruxelles 2.100 Flandre 31.400
Soit un total de 51.700 agents, soit près de 20 % des effectifs.
Ce régime des ACS est source de situations anormales.
V. PROPOSITION DE SOLUTION
A. POINT DE DEPART
Il s'agit de prévoir tant des mesures à court qu'à moyen/long terme. Il faudra intervenir, et dans la réglementation des pensions elle-même, et dans la politique en matière de personnel des administrations locales (problématique des agents statutaires/contractuels).
Il faut tenir compte du champ de tension entre l'autonomie communale et les besoins en matière de solidarité et d'égalité sociale.
Le mécanisme de la solidarité constitue en effet l'essence de la sécurité sociale. On ne peut partir du point de vue que chaque administration doit recevoir du régime exactement ce qu'elle y a apporté. Ce qui est caractéristique de la solidarité de la sécurité sociale, c'est justement que sur une longue période, on en bénéficie plus que d'autres peut-être pendant un certain laps de temps alors qu'au cours d'une autre période, on aura à payer des cotisations supplémentaires. C'est aussi l'essence du régime de répartition. Le risque qu'on courrait en remettant le principe de la solidarité en question, c'est que seules les administrations riches seraient en état d'assurer, sans moyens supplémentaires, le paiement des pensions.
Ensuite, il s'agit de respecter l'égalité sociale. Ainsi, tout le monde est censé bénéficier des mêmes droits à la pension, tandis que les éléments pris en considération pour le calcul de cette pension sont réputés être les mêmes. L'administration qui, se basant, sur le principe de l'autonomie communale, opte pour des pensions plus élevées (ou pour un mode de calcul plus onéreux), ne peut être autorisée à recourir au régime de la solidarité.
Il faut tenir compte du champ de tension entre la solidarité et la responsabilité propre. Adhérer à un régime de solidarité peut amener une administration locale à oublier sa propre responsabilité dans la gestion financière du régime. Lorsqu'on est soi-même responsable, on est forcément tenu de vivre selon ses moyens. Aussi les solutions tiendront compte de cet aspect: le système sera donc fort transparent pour les administrations locales; en plus, il comportera des stimulants pour aiguiser la responsabilité propre.
B. PISTES DE TRAVAIL
Si l'on veut sauver le régime des pensions des agents définitifs, des mesures s'imposent dans plus d'un domaine. Le financement des pensions ne demeurera possible à l'avenir qu'à condition que tous les intéressés fassent un réel effort: personnel actif, personnel retraité, administrations locales, Gouvernement fédéral et Régions.
L'Union des Villes et Communes belges demande que l'on pense dès à présent à des mesures permettant de préserver à terme le financement des charges de pensions des agents nommés à titre définitif.
Pour entamer la discussion, l'Union formule diverses suggestions. Elles sont bien entendu à moduler en ce qui concerne leur entrée en vigueur, notamment au regard des situations en cours.
1. Adaptation de la réglementation des pensions
2. Pensionnés d'administrations locales non affiliées
Au sein de l'ONSSAPL, il y lieu de créer un régime distinct pour les pensionnés des communes fusionnées non affiliées.
Près de 10 % des charges actuelles se rapportent à ce groupe qui, en réalité ne dispose pas de financement. Le problème de ces pensions n'a jamais été résolu depuis les fusions; les administrations non affiliées se sont déchargées de ces frais au détriment des communes affiliées à l'ONSSAPL.
3. Vers un régime mixte répartition-capitalisation
L'actuel régime de répartition de l'ONSSAPL évoluerait vers un régime mixte de répartition et de capitalisation.
En utilisant les réserves actuellement disponibles dans d'autres branches de la sécurité sociale des administrations locales, et grâce à un financement - par exemple du Crédit Communal, de la SMAP, des pouvoirs supérieurs et des administrations locales - , un régime de capitalisation serait constitué en complément à l'actuel régime de répartition.
4. Vers une allocation de bien-être complémentaire à l'indexation
Outre le problème de son financement en tant que tel, l'actuel régime de péréquation automatique des pensions constitue - en raison de l'impact des majorations salariales sur les pensions - un certain obstacle à une politique plus dynamique en matière de salaires des agents en service (RGB, programmation sociale, etc.)
On peut dès lors se demander si, complémentairement à l'indexation des pensions, il ne serait pas indiqué de faire évoluer le système de péréquation des pensions vers un système d'adaptation des pensions au coût de la vie (par exemple d'1 % ).
Sur le thème de la péréquation, d'autres formules pourraient également servir de pistes de réflexion: ne pourrait-on pas envisager d'instaurer une pension de base à péréquater, assortie d'une pension complémentaire non péréquatée.
Certes, il s'agit d'un débat qui touche l'ensemble du secteur public, mais ce ne nous a pas semblé une raison suffisante pour ne pas l'évoquer dans le cortège des pistes de travail.
5. La situation statuaire des agents
Le coût progressivement plus élevé d'un agent statuaire que celui d'un agent contractuel a conduit à l'érosion continue des nominations définitives dans les administrations locales. Quels incitants pourrait-on trouver pour renverser la vapeur?
Comment, par ailleurs, rendre l'emploi statuaire moins rigide, puisque l'on observe que la flexibilité plus grande de la position contractuelle est également une cause de la faible propension à nommer?
Ne pourrait-on envisager que le financement actuellement prévu pour les agents contractuels (principalement les ACS) puisse servir à pourvoir aux emplois du cadre ou à créer des emplois supplémentaires, si l'on rend la politique du personnel plus souple.
Seule une opération globale de remodelage aussi bien du régime des agents statutaires que contractuels - en ce compris bien entendu les ACS - permettrait de réaliser simultanément ces objectifs.
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