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Liège - Lubumbashi: six années de chemin parcouru, le bilan

Alain Depret - Janvier 2008
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L'auteur

Alain Depret Alain Depret

Chef du Service Information, presse et publications à l'Union des Villes et Communes de Wallonie

Entre les Villes de Liège et Lubumbashi (République démocratique du Congo), il y a une longue histoire d'amour. Un jumelage déjà ancien, mais qui, depuis ces dernières années, s'est concrétisé en un vaste projet de coopération dans le domaine de l'état civil. En novembre dernier, une délégation lushoise était en visite en Cité ardente. Une bonne occasion d'aller prendre le pouls d'un projet qui a, aujourd'hui, déjà largement fait ses preuves.

Rapide Feedback en novembre 2001. Liège, en rapport avec Lubumbashi depuis 1961, venait de réactiver son jumelage par un projet de coopération dans le domaine de l'état civil. L'extrême pauvreté du pays, aggravée par la guerre, se traduisant, au niveau des institutions publiques, par une complète déliquescence en République démocratique du Congo, la création d'un registre de la population semblait en effet essentielle à Lubumbashi, à la fois comme source d'information et pour assurer la reconnaissance des droits des habitants. Le Mouvement communal rencontrait alors Carmen Fernandez, Coordinatrice des projets internationaux à Liège, qui, déjà, commentait la création d'un registre de la population à Lubumbashi, rendue possible par un récent recensement effectué dans la ville africaine.

"Dans la deuxième étape du projet", nous disait Carmen Fernandez en 2001, "nous voulons mettre en valeur les résultats du recensement et créer un registre de population pour que les autorités lushoises le tiennent à jour. Pour une petite partie de la ville, il serait également question de travailler l'état civil sur support informatique. Et cela, afin d'imprimer des fiches individuelles pour former des carnets de famille". A l'époque, la création d'un bureau central de population était envisagée. Bureau qui, doté des moyens appropriés, pourrait exploiter à bon escient les données qui venaient d'être récoltées.

Décembre 2007: Liège, qui n'en est donc pas à son coup d'essai en matière de coopération internationale, loin s'en faut, accueille une délégation de Lubumbashi. Sont invités: Nelly Nzeba Mwa Musadi, Responsable du Bureau central d'état civil et de population de la Lubumbashi, Kikange Kalunga et Pierre Musalula Shi-Nsoni, respectivement Adjoint et Informaticien au même bureau. L'occasion était trop belle, pour nous, de tirer le bilan de six années de collaboration et de savoir comment les deux villes jumelées évaluent aujourd'hui le chemin parcouru.

"Il est impossible de lancer des projets communaux dignes de ce nom sans connaître la population qui vit dans notre ville", nous explique Nelly Nzeba Mwa Musadi. "Le recensement de la République démocratique du Congo était beaucoup trop obsolète. Il y avait eu, chez nous, un recensement scientifique en 1984, puis, plus rien. Rien ne nous permettait donc d'avoir une vue correcte des mouvements de population". "Dès 2001", continue-t-elle, "on s'est lancé dans un recensement général avec l'aide de Liège. On y associé certains partenaires tels que l'observatoire urbain de l'Université de Lubumbashi. Nous avons eu ainsi affaire à des techniciens et à des professeurs d'université qui nous ont aidés à trouver nos techniques de recensement. Nous sommes donc passés,dans notre ville, maison après maison, afin de recenser tout le monde. Inutile de vous dire que cela a été un travail de très longue haleine".

Le Service International de l'Union

Construction de l'Europe, élargissement, coopération au développement, ... autant de réalités qui représentent de nouvelles missions pour les autorités locales. Pour soutenir les villes et communes de Wallonie qui désirent s'inscrire dans cette dynamique européenne et internationale, le Service International de l'Union des Villes et Communes de Wallonie poursuit trois objectifs majeurs:
- proposer une information structurée et adaptée sur l'ensemble des programmes/financements qui leur sont proposés;
- développer les outils qui devraient leur en faciliter l'accès (site internet, mise en réseau, formation, …);
- leur assurer une assistance ponctuelle en matière de présentation de projets.

Le précédent recensement comptait 800.000 habitants pour la Ville de Lubumbashi. Nous en sommes aujourd'hui à 1.200.000. Enorme pour une seule ville quand on sait que ce chiffre correspond à un dixième de la population belge. "Il a fallu mettre notre recensement existant à jour", continue la responsable de bureau lushoise. "Nous sommes passés à des fiches individuelles et nous sommes parvenus à recenser tous les ménages, 140.000 en tout. Tout cela à la main, car nous venons seulement de démarrer notre processus d'informatisation". L’indigence des moyens matériels spécifiques mis à disposition du service d’état civil et population, et plus largement de la commune, constitue en effet un handicap fondamental à la mise en œuvre d’un service de qualité.

"En matière d'informatique", surenchérit Pierre Musalula Shi-Nsoni, Informaticien de la Ville, "on est limité par le temps et le matériel. Nous nous sommes associés aux sept communes qui constituent notre ville pour mutualiser nos forces. Nous sommes maintenant dans une phase où nous essayons de rassembler des communes voisines. Il faut donc remodeler le travail de manière informatique tout en continuant à tenir à jour le registre de la population manuellement. Vous savez, chez nous, nous nous demandons parfois comment obtenir de l'électricité pour faire fonctionner les ordinateurs".

"A Liège, on n'imaginait pas posséder une telle expertise"

En 2001, le projet prévoyait des formations destinées au personnel de l'état civil lushois. C'est désormais chose acquise, comme nous l'explique Nelly Nzeba Mwa Musadi: "Un recyclage a été prévu pour le personnel de l'état civil. Il fallait sauver les anciens registres et bien les protéger. Il a aussi fallu beaucoup communiquer pour rappeler à la population qu'il s'agit d'une obligation légale; il fallait amener ces gens à rencontrer notre service". Il faut dire que la très grande majorité de la population installée dans une logique quotidienne de survie ne perçoit pas l’intérêt de l’état civil. Les actions de sensibilisation ciblées permettent une meilleure compréhension de ces enjeux liés à l’identité des individus, à l’exercice de la citoyenneté et à ses droits et devoirs.

"Il faut une raison sociale à la population pour déclarer une naissance ou un décès", continue la responsable du bureau lushois. "Le Congo a connu pas mal de remous politiques ces dernières années. Aujourd'hui, il y a une recrudescence de professions libérales. Pour ces personnes, il est assez difficile de comprendre la nécessité de l'état civil. Il faut faire comprendre qu'il y a des intérêts basés sur des textes légaux, et donc, réveiller leur conscience". "Le meilleur exemple reste le mariage, chez nous", continue-t-elle. "Nous n'avons pas de cohabitation légale, comme en Belgique. A Lubumbashi, nous en sommes plutôt au stade où nous incitons la population à légaliser leur mariage, qui est resté coutumier. Cela rend le travail de la justice plus facile en cas de désaccord entre conjoints".

"Le relais qui marche le mieux, c'est l'autorité locale, finalement", termine-t-elle, évoquant la grande tradition orale africaine. "Car le pouvoir local entre en communication quotidienne avec la population et les gestionnaires des toutes les communes qui forment la Ville de Lubumbashi. Ainsi le maire de la ville est en relation directe avec les sept bourgmestres, qui eux-mêmes, peuvent conscientiser les chefs de rue. C'est encore le bouche à oreille qui fonctionne le mieux. Les églises, la justice et les centres de santé font également partie de nos partenaires en matière de communication".

Anecdote incroyable: les invités liégeois ont participé à deux émissions nationales, l'une radiophonique, l'autre télévisuelle, pour informer quant au travail en matière d'état civil. Le retour fut exceptionnel, les téléspectateurs et auditeurs téléphonant et envoyant des SMS à tout va afin de répondre à l'appel. Une communication idéale, qui ferait rêver plus d'un municipaliste en Wallonie, tant il est parfois difficile, chez nous, de conscientiser la population par la voie des médias. "Nous n'avons pas pu répondre à toutes les demandes", explique la responsable du bureau. "C'est là qu'on a compris que la population s'intéressait vraiment à notre projet. Cela nous a fortement encouragés".

L'heure est donc aujourd'hui venue, pour Liège et Lubumbashi, de tenir une évaluation. La question reste posée: comment atteindre les résultats fixés, et pérenniser le recensement? "C'est pour cela que nous sommes ici, à Liège", nous explique Nelly Nzeba Mwa Musadi. "L'expertise liégeoise est, pour nous, très importante car il s'agit d'un modèle de référence. Notre but est d'arriver à une certaine uniformité administrative, d'abord dans notre ville, puis, pourquoi pas, au niveau national. L'informatisation sera, en ce sens, déterminante".

Mais Carmen Fernandez, Coordinatrice des projets internationaux à Liège, a également son mot à dire à ce propos: "Nous-mêmes, nous retirons beaucoup de cette coopération". Pour elle, les contacts furent, et c'est sans doute le plus important, profitables également aux services communaux liégeois. "A Liège, au départ", nous déclarait-elle en 2001, "on n'imaginait pas posséder une telle expertise. Le programme nous a permis de nous révéler. Une plus-value est donc apportée à la commune qui entre en coopération".Une raison de plus d'affirmer que ce jumelage n'est pas vain et qu'il s'agit, ici, d'un projet qui a fait ses preuves. A bon entendeur…

 
Ce document, imprimé le 09-02-2012, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be) et est soumis au copyright.
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