L'auteur
Chef du Service Information, presse et publications à l'Union des Villes et Communes de Wallonie
Pour Bertrix, Herbeumont, Libin et Saint-Hubert, cela ne fait plus aucun doute: le GAL qu’ils ont constitué, avec neuf autres partenaires privés et grâce à Leader +, a permis de valoriser au mieux leurs ressources humaines, naturelles et financières. « Au fil de la pierre », tel est le nom du projet qui vient de se clôturer après six ans d’existence, aura ainsi eu le mérite de rassembler quatre municipalités voisines autour d’un projet de développement économique commun. Une vraie aubaine pour ces petites communes rurales qui, elles l’avouent, se connaissaient si peu auparavant. Rencontre avec Françoise Godenir, coordinatrice du GAL et Jean Guillaume, Premier Echevin à Herbeumont.
Petit rappel du contexte dans lequel ce GAL s’est constitué : Leader + (Liaison entre Actions de Développement de l’Economie Rurale) est l’une des quatre initiatives communautaires initiées par la Commission européenne. Entièrement dévouée au développement rural, elle a pour objectif d’inciter et d’aider les habitants des zones rurales à réfléchir et agir sur le potentiel de leur territoire. Organisées autour d’un thème fédérateur, les stratégies sont mises en œuvre par des Groupes d’Action Locale (GAL) dont le fonctionnement est organisé autour de la participation aux décisions d’une majorité de partenaires privés (représentants d’organismes socioprofessionnels, d’associations, d’entreprises).
L’initiative vise à encourager la mise en oeuvre de stratégies originales de développement durable intégrées, de grande qualité, ayant pour objet l’expérimentation de nouvelles formes de valorisation du patrimoine naturel et culturel, de renforcement de l’environnement économique, afin de contribuer à la création d’emplois et d'amélioration de la capacité organisationnelle des communautés.
L’avis de Jean Guillaume, Premier Echevin d’Herbeumont
« Le point le plus positif du programme, c’est le contact humain avec les autres communes. Auparavant, nous n’avions pas beaucoup de relations avec nos voisins, à part peut-être avec Bertrix. Nous avons donc appris à rencontrer et à connaître les autres mandataires et le personnel administratif des autres communes. Nous avons redécouvert les gens; cela a créé des liens d’amitié »...
« En associant les quatre communes, nous avons réussi à faire des choses formidables. Sans ce genre de programme, la commune n’a évidemment pas les moyens, seule, d’arriver à de tels résultats. A Herbeumont, par exemple, il reste une carrière de schiste en exploitation. Le programme a été, pour eux, un nouveau tremplin. Ils se sont développés et se sont fait connaître dans toute l’Europe»…
« Nous avons également, grâce à Leader +, rencontré les personnes de l’administration régionale. On a appris à connaître les différents départements ministériels et à apprécier les gens qui y travaillent. Les relations ont été excellentes pendant ces six années. Et pourtant, et c’est le point le plus négatif, nous y sommes parfois confrontés à une lourdeur administrative bien inutile»…
«Au départ, nous étions pourtant très frileux. Je crois que le projet avait été mal présenté. Nous avons été jetés dans la piscine sans savoir nager. Mais aujourd’hui, la commune ne regrette absolument rien. Il faut donc bien expliquer aux communes, dès le départ, ce qu’est un programme Leader + afin que chacun sache à quelles contraintes il sera confronté. C’est l’engagement financier demandé qui fait le plus peur. Les projets sont également très immatériel, peu concrets, très prospectifs. Les petites communes comme la nôtre ne sont malheureusement pas préparées à cela. Nous avons donc besoin d’être soutenus, d’où l’importance d’avoir un coordinateur pour un tel projet ».
Les quatre communes rurales de Bertrix, Herbeumont, Libin et Saint Hubert (448 km² et 19545 habitants en tout), ont donc formé, pendant six longues années, le territoire du GAL «Au fil de la Pierre». Ensemble, elles possèdent un patrimoine naturel et bâti exceptionnel, très boisé, propice à la découverte et à la promenade, notamment dans les vallées de la Semois, de la Lesse et de la Lhomme. Comme nous l’explique Françoise Godenir, coordinatrice du GAL: «dans notre région, la pierre est une véritable ressource naturelle. Saint-Hubert fut d’ailleurs construit par ses habitants grâce à la pierre que l’on trouvait à même le sol».
Que ce soit par le passé ou de nos jours, les ressources minérales ont toujours été utilisées de manière très diverse sur l’ensemble du territoire des quatre communes. En ce qui concerne les communes de Bertrix et Herbeumont, c’est l’industrie ardoisière qui se doit d’être mise en valeur, aussi bien pour son aspect historique qu’actuel. En effet, tout un patrimoine existe, que ce soit en pierre de schiste ou en ardoise. Il témoigne de l’importance socio-économique régionale de l’activité extractive passée.
Concernant la commune de Libin, une activité extractive très spécifique et unique en Belgique existe sur ce territoire. Il s’agit de l’extraction du kaolin, matériau argileux particulier résultant d’une histoire géologique complexe et dont la présence en quantité exploitable sur le territoire de la commune est tout à fait remarquable. Le site d’extraction en lui-même constitue une curiosité géologique unique et méconnue. La commune de Saint Hubert, quant à elle, ne possède actuellement plus de sites d’extraction actifs sur son territoire. Ceux-ci furent pourtant nombreux et ont fourni la pierre nécessaire à la construction de nombreuses localités ainsi qu’à des joyaux de l’architecture religieuse, tels que le palais abbatial et la basilique.
Pour le GAL « Au fil de la pierre », le défi fut donc multiple: faire connaître et promouvoir ce matériau d’exception et d’excellence qu’est la pierre, aider les entreprises du secteur à se faire connaître et à faire connaître leurs produits, améliorer l’environnement et la qualité de vie en valorisant l’image du territoire et entretenir la mémoire collective du territoire.
« Notre projet le plus fédérateur fut celui que l’on a baptisé « Les chemins de la pierre », nous explique Françoise Godenir. «Il s’agit d’un circuit de boucles thématiques à construire et à parcourir selon vos envies et vos besoins. Une fois votre parcours constitué, vous pouvez avoir accès à d’autres actions, comme la voie des pierres qui parlent, par exemple. C’est une ancienne voie de chemin de fer qui a été transformée en Ravel. Tout le long du parcours, on peut rencontrer des pierres qui racontent leur histoire».
« Nous avons également mis en place un concours d’intégration de la pierre », continue la coordinatrice. «Nous avions décidé de faire appel à des architectes et des sculpteurs, de mélanger les deux professions dans un appel à projet. L’idée était d’aménager un espace public sur le territoire avec un projet architectural en pierre. Une quarantaine d’avant-projets sont rentrés. A Bertrix, le résultat est visible, au Rond-Point des Corettes. Mais, les projets qui n’ont pas été retenus sont tout de même des projets susceptibles, un jour, d’être pris en charge par les communes car des études de faisabilité ont été menées».
Coopération, un maître mot de Leader +. Ainsi, le GAL des quatre communes a coopéré avec d’autres GAL (Botte du Hainaut, Source et vallées pour la Belgique, Initialités en France…). «Nous avons créé ensemble un site internet », continue Françoise Godenir, «un carrefour d’échange entre les professionnels des deux pays. Mais, plus proche de nous, nous avons également élaboré un plan d’actions et de prospectives avec les communes de Tintigny, Etalle et Meix devant Virton (le GAL Cuestas). Le travail consistait essentiellement à réaliser une analyse critique du potentiel de développement de ces différentes filières et à définir ensemble un scénario à succès adapté et plausible ». Chantier colossal, s’il en est.
Mais pour la coordinatrice, c’est le développement socio-économique qui fut la pierre angulaire de l’édifice : « L’idée était principalement de faire prendre conscience aux élus de toute la potentialité de leur patrimoine. Ils le connaissent, bien évidemment, mais ils ne le mettent pas toujours en évidence. Nous avons commencé par commanditer un sondage d’opinion sur la pierre auprès des Wallons. Nous avons donc constaté que les Wallons aiment la pierre, mais que le coût est un frein à son utilisation. Nous avons ensuite insufflé de nombreuses bonnes pratiques : le portail de la pierre sur internet (www.portailpierre.org), et un ouvrage intitulé Maisons de pierres ».
A souligner, enfin, que le GAL fut également à l’initiative de la restauration de plusieurs lieux patrimoniaux afin que ceux-ci deviennent de véritables vitrines du matériau et du savoir-faire lié aux métiers de la pierre. «La filière de la pierre est finalement assez fermée », continue la coordinatrice. «Leur vue n’est pas encore très prospective et plutôt protectionniste. Ils ont pourtant tous souligné le manque de formations. Nous sommes donc fortement intervenus dans ce domaine : nous avons initié des formations et mis en place de nombreuses actions de sensibilisation et de promotion ».
« Ce qui est important dans ce genre de projet, c’est qu’il y ait quelqu’un qui soit, comme je l’étais, attachée à sa coordination. J’étais surtout là en appui technique, je n’ai pas mené, moi-même, d’action particulière, mais j’avais une vue d’ensemble de tout ce qui s’est fait. Ce qui est bien c’est que les opérateurs de terrain s’approprient ensuite les projets car quand le programme est terminé, le GAL ne peut plus s’en charger ».
Et Pourtant, le Gal « Au fil de la pierre » fut unique en son genre puisque, communément, l’initiative doit venir des élus locaux eux-mêmes. «Ce ne fut pas le cas ici », nous explique Françoise Godenir, «c’est Valbois, une asbl qui a pour mission de valoriser les ressources naturelles et d’aider les entreprises de la région, qui a été à la base du projet à la demande d’une entreprise privée. Valbois a l’habitude de mener des projets européens. A partir de là, ils ont cherché à rassembler des partenaires. Cela a marché car la thématique était assez originale. En tout, une dizaine d’actions ont finalement été mises en route ».
Rassembler des communes autour d’un projet commun, une gageure ? « Ce n’est pas très facile d’associer les communes, en effet », commente la coordinatrice. « Les élus locaux s’intéressent, et c’est normal, d’abord aux intérêts de leur commune. Leader + est un programme où il n’y a pas beaucoup de visuel, où tout est prospectif… C’est donc assez difficile de défendre ce genre de dossier. 10% d’investissement doit être pris en charge par les partenaires locaux. Au départ, les quatre communes partenaires avaient été mal informées. C’était juste avant que mon poste de coordinatrice ne soit créé. Mais au final, les communes ont été enchantées de mener à bien des projets commun et de trouver un appui de coordination via le GAL. Les communes ont vraiment appris à se connaître ».
Et ce n’est pas fini, puisque le GAL compte aujourd’hui présenter un nouveau plan stratégique de développement et se rebaptiser « Racines et ressources en pays de Semois, Lesse et Lhomme » en y intégrant une nouvelle commune. « Tellin vient en effet de nous rejoindre », explique Françoise Godenir, « le nouveau label, s’il est retenu, exprimera vraiment l’identité du territoire que nous voulions marquer : développer les ressources locales en étant attaché au patrimoine. Le programme est cette fois beaucoup plus élargi. Nous espérons bien que celui-ci aboutira ». C’est tout le mal qu’on leur souhaite.
Pour toute information complémentaire :
Françoise Godenir – GAL « Au fil de la pierre »
44 rue de la Converserie – 6870 Saint-Hubert
061 29 30 81
www.valbois.org