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Tournai, quand production énergétique rime avec gestion de l’environnement

Marianne Duquesne - Septembre 2008
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L'auteur

Marianne Duquesne Marianne Duquesne

Conseiller à l'Union des Villes et Communes de Wallonie

Contexte

La Ville de Tournai possède un immense territoire (avec 21.500 hectares, c’est la deuxième commune de Belgique en superficie) et comporte de nombreux parcs et espaces verts. La gestion et l’entretien de cet important patrimoine végétal occasionnent annuellement de grandes quantités de déchets verts.  La ville dépense d’ailleurs plus de 100.000 euros par an pour la seule évacuation des parties ligneuses (branchages).
D’autre part, certains bâtiments communaux ont des factures énergétiques très élevées.
Naît alors l’idée de valoriser ce qui était jusque là considéré comme un déchet dont il faut se débarrasser à grand prix.

Installation d’une cogénération au bois

Le choix technologique se porte sur l’installation d’une cogénération par gazéification de bois. Celle-ci alimentera, via des lignes électriques et un réseau de chaleur souterrains, la piscine [1] située à environ 200 mètres de l’installation ainsi que l’espace autour de celle-ci, amené à se développer. L’excédent de production électrique peut être revendu sur le réseau,  et le surplus thermique peut être utilisé en partie pour sécher le bois. Il est également envisagé de déplacer certains services communaux, par exemple les serres, très à l’étroit au centre-ville et qui pourraient avantageusement être chauffées au moyen de la cogénération.
Pratiquement, deux personnes seront engagées à temps plein pour récolter les résidus de la taille des arbres, arbustes et haies. Ces déchets de bois seront déchiquetés et acheminés jusqu’au hangar abritant la cogénération qui comporte également une aire de stockage et un espace de séchage du bois. Dans ce hangar, toutes les opérations de manutention du broyat de bois sont automatisées à l’aide d’un pont roulant muni d’un grappin qui déplace les copeaux d’un espace à l’autre (stockage, séchage, gazogène). Ce système a été choisi pour réduire les nuisances sonores qu’auraient pu occasionner les mouvements de gros engins de manutention, alors que le site se trouve à proximité immédiate d’une zone d’habitat.

La cogénération en chiffres

La cogénération installée à Tournai a une puissance électrique de 300 kW pour un rendement électrique de 25 % et une puissance thermique de 550 kW pour un rendement thermique de 50 %, soit un rendement total de 75 %.
L’intérêt de cette technologie, par rapport à une bonne chaudière au bois, réside dans la production simultanée d’électricité et de chaleur. Le gazogène transforme le bois en gaz combustible par divers procédés. Ce gaz est ensuite envoyé dans le moteur de la cogénération. Celui-ci fait tourner un alternateur produisant l’électricité tandis que la chaleur est récupérée au niveau du circuit de refroidissement du moteur ainsi que sur les gaz d’échappement.

La production électrique annuelle s’élèvera 1.650.000 kWh et la production de chaleur à 3.100.000 kWh.
La consommation électrique annuelle de la piscine est de 1.000.000 kWh et sa consommation annuelle de chaleur est de 1.700.000 kWh. En 2005, sa facture d’électricité était de 100.000 euros et celle de chauffage de 50.000 euros.

La consommation annuelle de bois de la cogénération correspond à 1.350 tonnes de matière sèche (ce qui équivaut à 9.000 m³).

L’approvisionnement en combustible

Les copaux de bois ont différentes origines et plusieurs réflexions sont en cours au niveau de la commune pour diversifier les sources d’approvisionnement, tout en améliorant la gestion environnementale.
À l’heure actuelle, les déchets d’élagage et d’abattage fournissent environ un tiers des besoins de la centrale. De plus, dans un premier temps, la ville pourra  compter sur un stock important résultant du renouvellement progressif du patrimoine arboré fortement vieillissant.

Afin de compléter l’approvisionnement, la ville examine la possibilité d’exploiter les bois communaux et de pratiquer une gestion extensive des taillis communaux et des talus et bords de routes arborés.
Elle a également établi une convention avec des agriculteurs pour la plantation de taillis de saule à très courte rotation. Il s’agit d’une culture énergétique dont la récolte s’effectue tous les 3-4 ans ; 25 hectares ont été plantés dans la région au printemps 2006 et 2007.
La Ville envisage aussi, dans le cadre d’un plan paysage, de procéder à de nouvelles plantations dans l’espace rural, s’inscrivant notamment dans un plan d’action global de lutte contre le ruissellement des eaux et les inondations dans les zones de grandes cultures. D’autres pistes consistent à établir des partenariats avec le CPAS qui possède 107 hectares de bois, avec le MET concernant la gestion des talus d’autoroutes, avec des entrepreneurs de jardins, avec les communes voisines dont les caractéristiques sont essentiellement rurales, avec les deux parcs naturels voisins de l’entité: les Parc naturels des Plaines de l’Escaut et des Collines.

Aspect financier

Une étude a été réalisée en 2004 et a montré que le projet était rentable grâce:
- aux économies faites sur les factures de chauffage et d’électricité de la piscine;
- aux économies faites sur la facture d’évacuation des déchets verts;
- à la revente du surplus d’électricité sur le réseau;
- à la vente des 2.000 certificats verts escomptés annuellement.

L’investissement total s’élève à quelque 3.300.000 euros.
Le projet bénéficie de Fonds FEDER (cofinancement de la Région Wallonne et de l’Union européenne) d’un montant de 2.000.000 d’euros dans le cadre du  programme Phasing Out de l’Objectif 1. Il reçoit également un subside de 250.000 euros d’Infrasports.
L’intervention communale est donc de l’ordre d’1.000.000 d’euros.

Avec ce projet, la Ville de Tournai s’est également inscrite dans le réseau transnational Sus-Cit visant à favoriser la coopération entre des villes belges, françaises et allemandes, dans la mise en œuvre d’approches intégrées de développement urbain durable.

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  1. Les piscines se prêtent bien à la cogénération car leur demande en chauffage varie peu tout au long de l’année.

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Ce document, imprimé le 25-10-2014, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be) et est soumis au copyright.
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