5 septembre 2001
Réforme de la loi minimex: les CPAS
refusent de jeter le bébé avec l'eau du bain
Ces derniers temps, la presse s'est faite l'écho à
maintes reprises de différentes réactions concernant
le projet de réforme de la loi minimex du Ministre
de l'Intégration sociale, Johan Vande Lanotte.
Suite à ces réactions, les CPAS tiennent à
rappeler que cette réforme s'inscrit dans une volonté
d'intégration des personnes les plus fragilisées.
Elle renforce les objectifs d'intégration socio-professionnelle
(poursuivis depuis de nombreuses années par les CPAS,
renforcés par la loi Onkelinx du 2 janvier 1993 et
soutenus par le Programme Printemps adopté par le Gouvernement
le 27 mars 2000) qui cherchent à éviter la logique
de l'assistanat où le minimum de moyens d'existence
se transforme insidieusement en salaire de l'exclusion.
Lutter contre l'exclusion sociale, c'est rendre à
tous les citoyens leur dignité, leur autonomie par
le travail dès que et chaque fois que possible parce
qu'il est et reste un facteur d'intégration sociale
d'une part et par des actions de socialisation ou de formation
pour ceux et celles qui en ont besoin dans le respect des
choix et capacités de la personne d'autre part.
A contrario de ce qu'on a pu lire dans la presse, les personnes
engagées par les CPAS (articles 60 §7,
)
bénéficient de véritables contrats de
travail respectueux des législations en cette matière
et les personnes qui bénéficient de ce type
de mesures les vivent comme une valorisation, une reconnaissance
citoyenne: ce droit assure l'intégration de ces personnes
qui le savent et peuvent en témoigner.
La réforme proposée contient de nombreux aspects
positifs dont bon nombre d'ailleurs demandés par les
CPAS dans le cadre de la concertation organisée avec
le cabinet du Ministre Vande Lanotte, notamment:
- Ouverture du droit aux étrangers inscrits au registre
de population;
- Individualisation du droit pour les conjoints;
- Suppression de certaines iniquités pour les membres
d'un même ménage;
- Ouverture de droit pour les personnes redevables d'une
pension alimentaire (égalité de traitement
avec les chômeurs);
- Majoration des subsides pour les mises au travail des
moins de 25 ans (+ 25%);
- Prise en compte de la garde alternée pour les
familles monoparentales;
- Renforcement des règles protectrices en faveur
des usagers dans la lignée de la charte de l'assuré
social (droit d'information et d'audition, motivation des
décisions,
);
- Intervention dans les frais de personnel à concurrence
de 250 euros par dossier par an.
Donc "il ne faut pas jeter le bébé avec
l'eau du bain", même si ce projet de réforme
demande certes à être amendé dans certaines
de ces dispositions.
Lesquelles?
- L'exigence de la mise en uvre du droit au travail
dans les 3 mois doit être précisée.
Si l'on souhaite aboutir à un résultat crédible,
il faut clairement indiquer les différentes étapes
du processus de remise au travail qui permettent, à
terme, une véritable intégration socio-professionnelle
(remise à niveau, (re)qualification, socialisation,
) et le délai de 3 mois doit pouvoir, au besoin,
être prolongé en fonction, notamment, de l'état
physique ou psychique de la personne concernée.
- Le taux de remboursement de l'Etat doit être augmenté
de minimum 10 % afin de donner aux CPAS les moyens indispensables
de cette politique.
Rappelons qu'en Belgique, l'Etat intervient à concurrence
de seulement 50, 60 ou 65% du minimex payé par les
CPAS. Chez nos voisins européens, les taux de remboursement
sont nettement supérieurs (France, Luxembourg, Royaume-Uni:
100%, Pays-Bas: 90%);
- Si les jeunes (18-25 ans) doivent effectivement faire
l'objet d'une attention particulière car ils sont
nombreux à bénéficier du minimex (+
de 25 % des bénéficiaires sont âgés
de moins de 25 ans, 50 % sont âgés de moins
de 35 ans), le fait de reconnaître un droit subjectif
à la mise au travail en faveur des 18-25 ans uniquement,
les personnes de plus de 25 ans se voyant exclues de ce
droit, nous paraît discriminatoire;
- L'augmentation des montants est indispensable pour tenter
d'assurer à nos concitoyens une dignité humaine
mais celle-ci doit être prise en charge par l'Etat.
Exemple: une augmentation de 4% pour une famille monoparentale
isolé représente 1.184 francs/mois (29,35
euros).
A un taux de remboursement de 50 %, il en coûtera
un montant de 592 francs/ mois (14,68 euros) soit 7.104
francs/an (176,10 euros) aux collectivités locales.
A défaut d'intervention majorée de l'Etat,
la mesure très positive d'un subside pour les frais
de personnel (250 euros) s'annulerait vu l'augmentation
des montants et les élargissements des catégories.
- Le subside majoré de 25 % dans le cadre des contrats
de travail doit être accordé pour les plus
de 25 ans également.
Si elle est adoptée, cette réforme s'inscrira
dans la dynamique suivant laquelle le CPAS intervient comme
un véritable tremplin, tout en garantissant à
tous un revenu décent.
Claude EMONTS
Président de la Fédération des CPAS de
l'Union des Villes et Communes de Wallonie
Monica DE CONINCK
Voorzitter van de Afdeling "Maatschappelijk Welzijn"
van de Vereniging van Vlaamse Steden en Gemeenten
Michel COLSON
Président de la Section CPAS de l'Association de la
Ville et des Communes de la Région de Bruxelles-Capitale