Février 2002
Revenu d'intégration: audition de
la Fédération des CPAS à la chambre
Le projet de loi concernant le droit à l'intégration
sociale a été déposé au Parlement
en date du 23 janvier 2002.
Le 26 février 2002, une délégation des
trois Sections CPAS de l'Union des Villes et Communes belges
a été auditionnée par la Commission de
la Santé publique, de l'Environnement et du Renouveau
de la société de la Chambre des Représentants.
Au cours de cette audition, nous avons fait part aux parlementaires
de l'appréciation globalement positive que portaient
les CPAS du pays vis à vis de ce projet de loi.
Ainsi, nous avons mis en avant le fait que:
- La concertation avec le Ministre de l'Intégration
sociale a été considérable et fructueuse
dans la mesure où un nombre important de nos revendications
ont été entendues.
- Les CPAS des trois Régions sont d'accord avec
la philosophie générale du projet de loi.
- Le projet de loi ne représente pas une transformation
radicale du rôle des CPAS mais bien une amélioration
du volet relatif à l'insertion socioprofessionnelle
des personnes.
- Les CPAS sont perçus trop souvent de l'extérieur
comme des organismes de contrôle; c'est oublier le
rôle essentiel d'accompagnateur social qu'ils jouent.
- Les CPAS se réjouissent des nombreuses avancées
que contient le projet de loi: l'augmentation du montant
de l'allocation financière, l'ouverture des étrangers
inscrits au registre de la population, la modification des
catégories dans le sens d'une individualisation des
droits, la prise en compte des personnes redevables d'une
pension alimentaire et de la garde alternée des enfants,
les moyens financiers supplémentaires pour les CPAS
etc
Nous avons également eu l'occasion de faire valoir
le fait que le citoyen occupait une place importante dans
le cadre des débats qui ont été menés
au sein des Sections CPAS bruxelloise, flamande et wallonne
et que nos revendications dans le cadre de la réforme
de la loi minimex portaient sur des avancées importantes
pour les usagers (augmentation du minimex, ouverture aux étrangers
inscrits au registre de population, individualisation des
droits, accent sur le parcours d'insertion et sur l'octroi
d'une aide sur mesure etc
).
A côté de ces nombreux aspects positifs, nous
avons également attiré l'attention des parlementaires
sur un certain nombre de sujets d'inquiétude, de déception
et d'interrogations. Ainsi, nous avons notamment fait état
du fait que:
- Le projet de loi ne modifie pas fondamentalement les
catégories, ce qui a pour conséquence qu'une
série de problèmes et d'iniquités liés
à l'application des catégories telles qu'elles
sont définies actuellement ne sont pas résolus;
- La différence de traitement qui est réservée
aux personnes âgées de plus de 25 ans pose
question;
- Nous avons rappelé que la mise au travail n'a
jamais été un objectif en soi pour les CPAS
et que ceux-ci sont attachés à l'octroi d'une
aide sur mesure en fonction de chaque individu propre.
- Le droit subjectif à l'emploi qui est reconnu
en faveur des jeunes de 18-25 ans ne peut en aucun cas être
considéré comme créant une obligation
de résultat dans le chef des CPAS. Il doit être
explicitement stipulé dans la loi que les CPAS ne
sont tenus que par une obligation de moyens.
- La notion d'emploi adapté est un nouveau concept
qui pose question. Les CPAS s'inquiètent du fait
que cette notion peu précise donne lieu à
des interprétations divergentes et que ce soit la
jurisprudence qui finalement définira ce qu'il faut
entendre par "emploi adapté".
- Même si les CPAS se réjouissent des moyens
financiers nouveaux qui sont dégagés dans
le cadre du projet de loi, nous avons fait remarquer qu'il
était l'impossible à l'heure actuelle de chiffrer
avec précision l'impact financier de la loi pour
les CPAS. Nous avons insisté sur le fait qu'une évaluation
devrait être effectuée afin de déterminer
si les moyens financiers mis à la disposition des
CPAS pour appliquer la nouvelle loi étaient suffisants.
- Nous avons relevé le pouvoir important qui est
laissé à l'exécutif et l'ampleur des
question qui doivent être réglées par
arrêté royal (règles relatives à
la prise en compte des ressources, modalités d'application
concernant le projet individualisé d'intégration
sociale, les frais du personnel etc
). Nous avons demandé
à être associés à la rédaction
des arrêtés d'application et le Ministre de
l'Intégration sociale s'y est engagé.
- Dans le cadre de l'intervention dans les frais du personnel,
nous avons insisté sur le fait les subsides devaient
pouvoir être affectés à l'engagement
de personnel "au sens large" et sans restriction
au niveau des qualifications (juriste, personnel administratif,
travailleurs sociaux), ainsi qu'aux frais logistiques liés
à l'engagement de ce nouveau personnel (locaux, matériel
informatique,..).
- Nous avons fait état du fait que les CPAS privilégient
une loi bien élaborée car ils craignent que
les cours et tribunaux ne soient tentés de réécrire
la loi si celle-ci est trop imprécise.
- Nous avons également relevé qu'il fallait
être attentif aux particularités sous-régionales
relatives au marché de l'emploi, au tissu industriel,
soit à tout ce qui peut favoriser une mise à
l'emploi et ce afin de veiller à ce que la mission
d'insertion soit effectivement réalisable partout.
- Nous avons attiré l'attention sur les bénéficiaires
des allocations d'attente de 18 à 25 ans ainsi que
sur les jeunes en stage d'attente, vis à vis desquels
le rôle des CPAS doit rester marginal.
- Nous avons fait part d'une inquiétude par rapport
au délai de mise en uvre de la nouvelle loi
et du fait qu'un délai de 6 mois entre la promulgation
de la loi et son entrée en vigueur est nécessaire
afin de permettre les changements qui devront s'opérer
dans les CPAS (organisation du personnel, programme informatique,
)
Dans le cadre du débat qui a suivi notre présentation,
nous avons également eu l'occasion d'expliquer que
la mission d'insertion socioprofessionnelle qui est confiée
aux CPAS ne fait pas double emploi avec les fonctions assumées
par les services de l'Orbem, du Forem ou de la VDAB. Nous
avons insisté que le fait que les CPAS ont une spécificité
d'action par le volet insertion sociale qu'ils peuvent développer
(accompagnement social, resocialisation,
).
Une
note juridico-technique [fichier PDF] contenant une analyse
et une réflexion du projet de loi article par article
a été remise aux parlementaires.
Les syndicats (F.G.T.B., C.S.C., C.G.S.L.B.) et le Service
de Lutte contre la Pauvreté, la Précarité
et l'Exclusion participaient également à cette
audition.
L'intervention des syndicats a révélé
que ceux-ci étaient attentifs aux avancées contenues
dans le projet de loi. Ils ont relevé plusieurs motifs
de satisfaction, parmi lesquels l'augmentation du minimex,
l'individualisation des droits, l'application des principes
de la Charte de l'assuré social, les incitants financiers
aux CPAS en matière d'insertion etc
Si les syndicats se sont déclarés d'accord
avec la philosophie générale du projet qui veut
privilégier dans la mesure du possible une insertion
sociale permettant l'acquisition de revenus propres, ils ont
aussi attirer l'attention sur le fait qu'une telle démarche
devait réaliser un équilibre entre plusieurs
valeurs et qu'il fallait veiller à ne pas verser dans
l'excès qui consisterait à "culpabiliser
systématiquement les personnes qui n'ont pas d'emploi
ou à faire apparaître une société
de "travailleurs pauvres"".
Ils ont également insisté sur l'importance
d'établir des règles et des procédures
claires qui garantissent la sécurité juridique.
Nous suivons de près l'évolution des travaux
parlementaires de ce projet de loi et ne manquerons pas de
vous tenir informés.
Christophe Ernotte et Marie Wastchenko.