La plate-forme commune, réunissant plus de 100 organisations
différentes, et qui a appelé au rassemblement
du 24 novembre 2001 disait non au projet de loi, c'est avec
force et conviction que je dis oui à ce même
projet car il s'agit à mes yeux d'une amélioration
certaine de la loi sur le minimex, en restant cependant extrêmement
attentif quant aux mesures d'exécution qui s'en suivront.
Créés en 1976, les CPAS font aujourd'hui partie intégrante du paysage social de la Belgique; en 25 ans d'existence leur travail s'est accru : leur missions ont augmenté et se sont amplifiées, les réglementations de droit social sont de plus en plus précises et rigoureuses, les cours et tribunaux deviennent de plus en plus exigeants et sévères à leur égard,...
Si les tâches attribuées aux CPAS ont pris un
essor considérablement important, les normes concernant
le personnel n'ont pas évolué en conséquence.
Est-il imaginable qu'un CPAS fonctionne avec un secrétaire,
un receveur et un travailleur social? C'est pourtant le minimum
exigé par la loi organique des CPAS, qui sur ce point
particulier n'a jamais, ou que si peu, été modifiée
... à l'exception peut-être, en cherchant bien,
d'un directeur par ci et d'un hypothétique agent de
recette par là ....
Actuellement le personnel d'un CPAS est plus étendu
que ce groupe de trois travailleurs...
Cependant, quelque soit l'importance numérique de l'équipe
celle-ci doit travailler efficacement et le fait, du reste,
le plus souvent, de mon point de vue.
Pour avoir une saine gestion d'un CPAS, je pense que celle-ci doit reposer sur quatre postulats de base:
Un CPAS c'est comme un bateau, il faut lui donner un cap, celui-ci doit être communiqué à chacun des manuvrant afin qu'ils agissent de concert et; même si leur tâches sont différentes, elles doivent rester coordonnées; faute de quoi le bateau fait du "sur place" ou tourne en rond.
Si l'un de ces piliers manque, des dysfonctionnements apparaissent entraînant une perte de vitesse et un mauvais traitement des dossiers par manque de motivation des agents ou de non collaboration entre les services.
Malgré cela il semble qu'il y ait maintien d'une série
d'aberrations dans le système:
il existe des CPAS où le Secrétaire n'est pas
un agent temps plein, ou pire le Secrétaire cumule
plusieurs activités et ce parfois au détriment
du bon fonctionnement même du CPAS.
Vous l'aurez compris, je plaide pour un professionnalisme
de la fonction de Secrétaire de CPAS.
En 1955 l'ensemble des gardes champêtres du Royaume étaient désignés à des postes temps plein quelque soit le nombre d'habitants résidant dans la commune, pourquoi ne pas prendre une mesure similaire pour les Secrétaires de CPAS?
Et quand bien même il serait à temps plein, il ne faudrait pas qu'il soit le seul administratif de l'institution. Ne riez pas, cela se présente parfois sur le terrain...
Ce constat est également valable pour les travailleurs sociaux : certains services sociaux ne fonctionnent pas à temps plein et ce par absence de personnel. Cependant les dossiers existent...
Comment dans ce contexte la mise à l'emploi rapide, exigée par le projet de loi sur le revenu d'intégration, pourra être réalisée si, par hypothèse, il est impossible de dégager du temps à consacrer à cette mission?
Force est de constater que ce projet de loi renforce une mission du CPAS, mais que dans le même temps il prend en compte une norme de personnel.
Cette inquiétude avait déjà existé lors de la mise en place d'autres mesures: un subventionnement particulier a été prévu pour les CPAS organisant un service de médiation de dettes, un subventionnement particulier est également envisagé dans l'actuelle rédaction du projet de loi visant à confier aux CPAS la mission de guidance et d'aide sociale financière dans le cadre de la fourniture d'énergie aux personnes les plus démunies.
Contrairement à ces mesures qui sont appliquées par les CPAS sur base volontaire, la nouvelle législation est impérative pour les CPAS.
Le législateur comprenant que la mesure de type social qu'il propose nécessite un personnel qualifié pour sa mise en uvre, il décide également de doter les CPAS de moyens financiers afin de prendre en charge le coût salarial de ces travailleurs.
Un personnel en nombre suffisant et disposant d'un peu de temps complémentaire afin de laisser place à la réflexion et permettre ainsi de sortir de la gestion du quotidien est une richesse immense pour un CPAS, car cela permet l'éclosion et le suivi de nouveaux projets porteurs, apportant des solutions concrètes aux problèmes sociaux et augmentant la motivation des travailleurs.
Est-il nécessaire de créer une cellule de réinsertion?
Assurément, oui, dans un premier temps: le temps de l'exploration, des tâtonnements, des déconvenues voire des découvertes.
Je tiens ici à vous livrer l'expérience du CPAS de Braine-l'Alleud...
La mobilité interne des agents fait partie de la culture d'entreprise de notre institution: la cellule de gestion des ressources humaines y joue un rôle prépondérant.
Pendant 7 ans, une cellule autonome de réinsertion professionnelle, appelée Multiservices, a travaillé en partenariat avec les services de l'Agence Locale pour l'Emploi.
Force est de constater que ce partenariat était parfois en porte à faux: les deux institutions s'adressant au même public et visant les mêmes objectifs.
Cette cellule de réinsertion est en restructuration et les agents la composant ont été réinjectés dans le service social général: l'expérience acquise par les agents de réinsertion venant renforcer les connaissances de l'équipe sociale.
Parallèlement une réattribution des tâches
dans un esprit de décloisonnement a été
effectuée.
L'expérience nous a montré qu'il n'est pas toujours
efficace qu'un assistant social s'occupe des demandes d'aide
et qu'un autre assistant social s'occupe des démarches
de réinsertion et ce pour la même personne: un
dossier doit être traité, dans la mesure du possible,
dans sa globalité. A défaut, une solide coordination
interne doit être mise en uvre.
Le travail de réinsertion effectué aux cours des années précédentes ouvre ainsi la porte aux actions de (re)socialisation.
En effet, nous avons constaté que 33 % des bénéficiaires du minimex ne peuvent être insérés professionnellement à court ou moyen terme, un encadrement particulier et plus long leur est nécessaire: c'est ce que nous appelons un travail de (re)socialisation qui est l'étape précédant l'insertion ou la réinsertion professionnelle.
Une personne ne peut être propulsée sans préparation dans le monde du travail; la tâche des travailleurs sociaux est d'analyser la situation précise de l'intéressé en ce compris des difficultés familiales, des problèmes de santé ou d'ordre psychologique,...
Ce n'est qu'en tenant compte de tous ces paramètres qu'une personne peut être correctement réinsérée, oublier un élément c'est prendre le risque d'un échec.
Nous avons également remarqué qu'un saucissonnage excessif des tâches transforme parfois le travail social en routine et débouche sur une démotivation certaine des agents.
A ce titre il me faut également souligner que si la nouvelle loi débouchera dans certains CPAS par des engagements complémentaires, les anciens travailleurs sociaux ont également leur rôle à jouer, ce serait un très mauvais calcul que de ne pas les associer dans ces changements: acteurs de terrain, ils ont une connaissance accrue du public et des réalités socio-économiques de la région où se situe le CPAS.
Si les CPAS ont un rôle à jouer en ce qui concerne la réinsertion socio-professionnelle, ils ne jouent pas seuls... des partenariats riches et constructifs peuvent être envisagés avec des institutions ayant notamment dans leurs attributions la recherche d'emploi : je pense entre autre au Forem (ancienne ou nouvelle mouture) ou à Carrefour Formation.
La réinsertion socio-professionnelle est l'affaire de chacun, elle est un problème de société et à ce titre elle constitue le combat commun des différentes institutions sociales.
Tout cela prend du temps, mais l'efficience du travail est au bout, j'en veux pour preuve l'évolution positive du nombre de minimexés par rapport au nombre de réinsertions effectuées.
CONCLUSIONS
Un projet aussi beau soit-il, risque de ne pas donner les fruits escomptés faute de travailleurs pour le mettre en uvre. Il n'y a rien de plus triste qu'une loi qui dort dans un tiroir surtout lorsque celle-ci touche au domaine du social. Cela me paraît insoutenable aux yeux de la dignité humaine.
Le législateur dans le cadre de la réforme de la "loi minimex" a, pour la première fois dans une norme obligatoire, tenu compte de la donnée " travailleur " pour la réalisation de sa politique sociale : dans les commentaires du projet de loi, on précise bien que c'est l'amélioration qualitative du travail social qui est recherchée. Cependant, il serait erroné de ne penser qu'aux seuls travailleurs sociaux et pas ou peu aux agents administratifs: or ces derniers sont tout aussi nécessaires au bon fonctionnement du CPAS.
Gardons perpétuellement à l'esprit que ce sont les hommes et, surtout dans les CPAS, les femmes qui font les institutions ... et pour que les projets politiques votés par les élus deviennent réalité cela passe nécessairement par des moyens humains.
En termes plus concrets, mon point de vue revendicatif se traduirait à ce stade, en cinq questions pointées:
Il va de soi, j'en suis conscient, que toutes ces questions ne s'adressent pas au seul Ministre fédéral, mais la coopération constructive existe...