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Qu’est-ce que la biodiversité? Pourquoi s'y intéresser?

La diversité biologique ou biodiversité est simplement la variabilité de tous les organismes vivants.
Elle inclut:        
- La variabilité génétique, à l’intérieur des espèces (les variétés ou les populations = la diversité intra spécifique),
- la variabilité spécifique entre les espèces (les espèces différentes, qui en principe ne se reproduisent pas entre elles = la diversité interspécifique),
- la variabilité des interactions entre espèces et des assemblages d’espèces (les différents écosystèmes = la diversité écosystémique).

L’unité fondamentale pour la sélection naturelle est le gène (et donc la diversité intra spécifique) mais très souvent seule la diversité spécifique, ou nombre d’espèces, est utilisée sur le terrain comme mesure de la biodiversité. En réalité, ce sont les trois niveaux imbriqués de la définition, ou plutôt ce continuum qui va de l’unité génomique élémentaire vers des systèmes d’interactions très complexes entre espèces, qu’il faut prendre en compte, le nombre d’espèces n’étant pas synonyme automatique de biodiversité.

L’importance de la variabilité dans le cadre du changement climatique

Les forêts naturelles de chênes ou d’autres espèces indigènes montrent en principe une relative variabilité du débourrement des bourgeons et de la croissance de feuilles au début du printemps. Si un événement comme un coup de gel tardif ou une pullulation de chenilles défoliatrices se produit, il ne concernera qu’une partie des arbres, principalement ceux qui viennent de débourrer et dont les feuilles sont tendres. Les autres arbres seront peu touchés et se reproduiront normalement. Plus le peuplement sera variable pour ce critère, plus il sera à même de résister à des variations climatiques imprévisibles. Par contre, une plantation artificielle de plants de même source génétique risquera bien d’être touchée significativement par ce type de problèmes imprévisibles, avec un risque accru de mortalité.

Pourquoi s’intéresser à la biodiversité?

Parce que c’est une ressource essentielle de l’humanité!

L’une des premières raisons de s’intéresser à la biodiversité est donc une raison utilitaire directe et orientée pour l’usage par l’homme comme ressource primaire: on mange de la biodiversité, on s’habille avec de la biodiversité, on se protège, on se soigne, on construit avec la biodiversité et l’avenir de notre environnement immédiat dépend de l’état de la biodiversité. 

Il y a aussi des raisons utilitaires indirectes. La diversité biologique est une composante importante du patrimoine naturel comme le sol ou l’eau. Elle est essentielle dans de nombreux systèmes de production primaire comme l’agriculture ou la sylviculture en tant qu’élément facilitant ou même autorisant tout simplement la production.

Par exemple, de nombreuses productions de fruits ou de graines dépendent en effet des populations de pollinisateurs qui n’utilisent la ressource qui nous intéresse qu’un bref moment de leur cycle mais qui assurent de ce fait le développement complet des fruits et des graines. Il est donc nécessaire que des ressources alimentaires alternatives existent pour ces pollinisateurs et que des milieux d’accueil adéquats pour la reproduction, l’hivernage, la croissance soient disponibles pour assurer la totalité de leur cycle de reproduction. C’est donc l’étape la plus contraignante du cycle de vie des pollinisateurs qui déterminera le niveau de populations pour garantir la pérennité de la ressource biologique (les fruits ou les graines) qui nous intéresse. Et si la pollinisation de cette ressource ne dépend plus que d’une espèce particulière de pollinisateur, notre espace de liberté est d’autant plus fragile. Plus la ressource sera dépendante d’une large diversité d’espèces, moins son avenir sera menacé par des problèmes biologiques (maladies, prédateurs, parasites, ..) ou climatiques (tempêtes, gel, sécheresse, …) puisque d’autres espèces prendront le relais de celles qui y ont été sensibles.

De très nombreux systèmes de production axés sur une seule espèce ou variété dépendent en fait de l’équilibre des interactions de l’espèce cible avec de nombreuses autres espèces. Ne pas tenir compte de ces espèces annexes dans la logique de la production est l’assurance de mettre en péril à court ou moyen terme la ressource attendue.

L’importance de la diversité biologique des sols en sylviculture

Les plantations intensives de résineux exotiques ont permis de développer l’économie de nombreuses communes en Ardenne. Toutefois, leur impact sur le cycle de l’eau et l’équilibre des sols (éléments minéraux, pH, carbone, …) est loin d’être négligeable, même dans les conditions d’adéquation écologique. Leur caractère exotique limite les interactions avec des cortèges d’espèces indigènes qui se chargent de la dégradation de la matière organique. Les plantations très serrées empêchent la lumière d’arriver au sol pendant la grande majorité de la rotation. Ces espèces exotiques ne permettent pas de développer un humus similaire à celui des forêts de feuillus indigènes et de conserver ou restaurer les propriétés biologiques des sols, au contraire. Or, un sol bien structuré, enrichi en matière organique dégradable, biologiquement actif, est une garantie de protection contre le phénomène de sécheresse qui est un facteur de stress important pour les espèces de production. Maintenir un minimum d’essences feuillues indigènes dans un peuplement résineux ou favoriser des peuplements mélangés permet de garder un maximum d’options de développement futur sur les mêmes sols. Les sols ont malheureusement une mémoire très longue des perturbations qu’ils ont subies; on différencie par exemple assez facilement les sols forestiers qui n’ont jamais été cultivés de ceux qui l’ont été, parfois même au temps des romains. Une raison de plus d’être prudent avant toute transformation de forêts feuillues par des plantations résineuses !

Les services rendus par la biodiversité sont multiples. Lorsqu’une espèce ou même une variété disparaît, c’est la capacité d’un écosystème de produire de l’oxygène, d’absorber une pollution, de restaurer la fertilité des sols, de maintenir des microclimats, d’assainir l’eau, … qui est plus ou moins largement perturbée. A priori, on estime généralement que la diversification biologique d’un écosystème est une garantie d’une meilleur capacité de résister à des perturbations (= une meilleure résilience) si de nombreuses interactions similaires existent et qu’elles peuvent se remplacer l’une l’autre.

Le rôle des haies et des interfaces en agriculture

Les haies ou les interfaces qui bordent ou séparent les cultures et les prairies sont un élément fondamental du patrimoine paysager rural. Si leur rôle envers le maintien d’une biodiversité relativement intéressante est indéniable, leur justification dépasse largement un objectif de biodiversité. Leur importance est d’abord cruciale pour limiter l’érosion des couches productives, qu’elle soit d’origine éolienne ou provoquée par des pluies importantes. Elle l’est aussi pour enrichir les sols en matière organique, facteur très important pour maintenir une certaine humidité ou pour servir d’abri ou de zone de reproduction de toute une série d’espèces auxiliaires des cultures, assurant un contrôle biologique potentiel des pullulations de pucerons par exemple. S’il est vrai qu’elles demandent de l’entretien, qu’elles peuvent compliquer la gestion du parcellaire agricole, les avantages indirects et de longue durée sont indéniables. Elles peuvent en outre produire du bois ou augmenter la valeur cynégétique des terrains.

La sélection naturelle a aussi permis de développer toute une série d’adaptations ou de mécanismes physiques ou physiologiques qui inspirent les chercheurs et ingénieurs dans le développement de nouveaux produits (biomimétisme). C’est par exemple le cas des bandes autoagrippantes Velcro inspirées des mécanismes de crochet des graines de la bardane ou celui de la peau de requin pour dessiner des coques de bateau générant moins de turbulences.

Les autres raisons de s’intéresser à la biodiversité peuvent être sociales, culturelles ou esthétiques. La biodiversité est une référence essentielle pour l’humanité. Combien de souvenirs familiaux, d’histoires, d’aventures ne sont pas associés à des milieux particuliers, des rencontres inattendues avec une partie de la biodiversité? De nombreux usages artisanaux, de traditions, d’instruments de musique, d’art culinaire, d’histoires, de contes, de représentations artistiques (des "natures mortes" aux paysages romantiques), … sont aussi strictement associés à différentes composantes de la biodiversité. La notion de patrimoine culturel est donc très souvent intimement associée à celle de patrimoine naturel, au moins dans le monde rural. Le développement des activités de tourisme vert fait partie des valorisations récentes de la biodiversité dans ce cadre.

Enfin, il y a les raisons éthiques ou morales, celles qui estiment que, vu l’importance des populations humaines et vu l’intensité des modifications des équilibres naturels qui sont entraînées par les activités humaines, l’humanité est devenue responsable et redevable de garantir un fonctionnement suffisant des interactions biologiques et de permettre la réalisation de processus naturels comme l’évolution ou la sélection naturelle. Cette responsabilité peut ne concerner que la nécessité de léguer aux générations futures des potentialités d’usage futur de la biodiversité ou est étendue par certains à la nécessité d’éviter de contribuer à la disparition de l’ensemble des différentes formes de vie.

Ces différentes justifications sont autant de valeurs potentielles de la biodiversité dont certaines peuvent être quantifiées, en termes économiques, plus ou moins facilement, et d’autres non. Le fait qu’il soit difficile d’évaluer les revenus indirects ou à plus long terme de la biodiversité n’est pas une raison pour ne pas en tenir compte. Le principe de précaution impose .que l’on conserve un maximum de potentialités d’actions pour le futur.

Par le Département de l’Etude du Milieu Naturel et Agricole (DEMNA)

 
Ce document, imprimé le 17-12-2018, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be).
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