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Equilibre entre la biodiversité et les activités économiques?

Est-il possible de trouver un équilibre minimal entre le développement ou le maintien d’activités économiques et la biodiversité? Est-ce irréaliste ? Est-ce nécessairement coûteux? Non, car tout l'espace wallon n'est pas mobilisable pour des activités de développement économique lourdes, à cause de la présence de grandes surfaces de zones de forte pente, de zones inondables, de zones de sources, ... Si dans ces zones où la production nécessite des investissements importants sans pour autant garantir des revenus, on laisse plus de droits à la nature, le bénéfice sera maximal pour de nombreux écosystèmes et produira des retombées indirectes non négligeables pour les activités humaines comme la régulation des inondations, l’amélioration de la qualité de l’eau, l’augmentation du bois mort, des sources de nourriture et d’abris pour le gibier, …

L’intensification des activités de production a des limites

graphSi on analyse les effets de l'intensification des activités de l'espace sur l'intérêt économique des activités, on peut supposer qu'il s'agit d'une courbe croissante (courbe verte), qui part de zéro et dont l'accélération diminue au fur et à mesure que l'espace est occupé et mis en valeur puisqu’on met d'abord en valeur les zones les plus accessibles et les plus rentables avant de se reporter vers des zones de plus en plus contraignantes. Si on simule l'évolution d'une courbe similaire mesurant l'intérêt écologique (courbe rouge), on aura sans doute une courbe qui tend à partir du maximum (ou presque puisque la diversification des paysages suite à l'activité humaine peut être favorable lorsqu'elle est raisonnable) et qui descend de plus en plus vite au fur et à mesure que les mécanismes de résistance et de résilience des écosystèmes et des populations n'arrivent plus à contrecarrer les effets de l'isolement et de la fragmentation. Il en résulte que lorsque les activités humaines sont déjà fort denses (> 90%), une petite augmentation d'intensité produit un petit intérêt économique mais a un grand impact négatif sur l'intérêt écologique. Et comme il est très probable qu'en fait les courbes d'intérêt économique ont aussi un profil en cloche (courbe brune), car les tentatives de mettre en valeur ce qui reste comme territoire entraînent en fait des pertes vu les conditions de marginalité écologique, il est évident qu'à partir de certains seuils, il vaut mieux éviter de se relancer dans des systèmes de production lourds en investissements et il est préférable de profiter des avantages (généralement indirects) générés par les écosystèmes naturels.

Ces courbes montrent bien qu’une légère diminution de l’intensité de l’activité économique peut provoquer rapidement une rapide augmentation des équilibres naturels qui sont les meilleurs garants dont on dispose pour affronter l’imprévisibilité future des conditions climatiques ou des changements globaux.

L’analyse de la fréquence des sols marginaux, où la mise en œuvre d’activités de productions agricole et sylvicole intensives nécessite des investissements lourds et peu d’espérance de revenus, indique qu’en moyenne, 12 % du territoire wallon est occupé par des sols marginaux (6 % de sols très humides, 4 % de sols alluviaux, 2 % de sols secs sur des très fortes pentes).
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Carte de la densité des sols marginaux en Wallonie. Cette carte est dérivée de la carte des sols et prend en compte les sols très humides (tourbeux, paratourbeux, à hydromorphie permanente ou temporaire), les sols alluviaux, les sols superficiels secs et les très fortes pentes.
(NDLR: cette carte pourrait être réalisée par commune)

Cette figure ci-dessus montre que pratiquement tout le territoire wallon est concerné au moins par 5 % de sols marginaux, avec dans certaines zones de l’Est de la région une proportion atteignant plus de 50 %. Ces zones marginales sont des zones prioritaires pour développer une structure écologique principale. En sylviculture par exemple, l’Agro Biotech de Gembloux estime que 27 % des plantations résineuses d'épicéas (soit 50.000 ha, plus de 5 fois la surface des zones réservées actuellement à la nature) sont effectuées dans des conditions de production dites "incompatibles" avec les exigences écologiques mentionnées pour l’épicéa dans le fichier écologique des essences.

On a donc intérêt à développer dans une partie de ces zones de production difficile des espaces plus ou moins réservés à la nature qui permettent, d'une part, de restaurer des conditions propices au développement de la biodiversité et, d'autre part, d'améliorer le fonctionnement de nombreux écosystèmes qui jouent par exemple un rôle sur la qualité de l'eau et les inondations. Ces activités de restauration peuvent aussi améliorer la capacité d'accueil du gibier et limitent les problèmes dans les zones de production effective. Cela est d’autant plus fondamental qu’à la veille de changements climatiques majeurs qui vont avoir des impacts significatifs sur les activités de production, il est important de se préserver une large diversité d’opportunités d’activités sur un territoire donné, plutôt que de la limiter en continuant par exemple à épuiser le potentiel des sols par une intensification de la production. Cela concerne par exemple les forêts feuillues anciennes, qui existent depuis toujours, et dont les sols ont gardé, malgré une longue histoire d’interventions humaines, un potentiel biologique important qui est annihilé lors de leur remplacement par des espèces exotiques.

Par le Département de l’Etude du Milieu Naturel et Agricole (DEMNA)

 

 
Ce document, imprimé le 12-12-2019, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be).
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