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Les CPAS wallons plaident avec nuance l’obligation vaccinale à l’automne pour l’accompagnement des aînés en résidentiel et à domicile

Mis en ligne le 23 Août 2021

« La Fédération estime crucial qu’une bonne information soit diffusée de façon pédagogique pour rechercher une adhésion la plus large possible. (…) Dans l’hypothèse où la vaccination en maison de repos sur base volontaire n’aboutit pas au résultat escompté, sous réserve d’éléments neufs et significatifs concernant les effets secondaires des vaccins contre la COVID, la vaccination devrait y être imposée. ». Tel était la position de la Fédération des CPAS wallons en décembre 2020 (voir notre actualité : Maison de repos - Une vaccination volontaire suffit-elle ?)

La Task Force fédérale a fixé à 70 % de la population l’objectif à atteindre pour la vaccination. L’Europe a quant à elle défini à 80 % le taux des professionnels de la santé à vacciner avant fin mars … 2021.

Sciensano a publié des chiffres sur les taux de vaccination chez ces professionnels. Avec 73,3 %, la Wallonie dépasse la barre fédérale des 70 % mais n’atteint pas le minimum de 80 % prôné par l’Europe. Pour les aides soignants, elle est seulement à 63,3 %. C’est nettement en deçà des 70 % et a fortiori des 80 %. Or, plus de la moitié du personnel de soins des maisons de repos est composé d’aides soignants.

Pourtant, depuis des mois, d’intenses et multiples efforts de communication ont été menés par les pouvoirs compétents et les employeurs. Il est difficile d’identifier ce qui pourrait être fait en plus et qui serait efficace. Le sentiment d’avoir atteint un plafond prévaut. Selon les derniers retours de terrain des maisons de repos publiques, l’évolution de la vaccination au sein du personnel est marginale et de l’ordre de 1 %. Pourtant, une hausse conséquente était attendue avec les vacances et le sésame du certificat sanitaire.

Un recul de plus d’un semestre existe dorénavant sur les effets secondaires liés à la vaccination. Ils sont rares et le plus souvent temporaires. A contrario, une récente étude statistique française menée du 31 mai au 11 juillet 2021 constate que les non-vaccinés représentent près de 85 % des entrées hospitalières. La balance avantage-risque pèse clairement en faveur de la vaccination.

Selon l’Institut Pasteur, les personnes non vaccinées contribuent à la transmission de façon disproportionnée : une personne non vaccinée a 12 fois plus de risque de transmettre le SARS-CoV-2 qu’une personne vaccinée.

Le variant delta est particulièrement contagieux et monte en puissance. La crainte d’une quatrième vague à l’automne est réelle et tenaille déjà des acteurs de terrain.

Ne pas se vacciner, ce n’est pas seulement ne pas se protéger soi-même, c’est aussi prendre des risques avec autrui, particulièrement quand cet autrui est vulnérable. Par définition, un soignant est quelqu’un qui prend soin. Prendre soin en exposant à un péril est un contresens. Le libre choix en matière de vaccination est incompatible avec la prestation de soins de santé de qualité.

La majorité des aînés vivent à domicile. Bon nombre d’entre eux y bénéficient de soins et d’accompagnement, notamment de services infirmiers mais aussi de services d’aide aux familles. Par rapport au risque de contamination et à la vaccination contre la Covid, ces personnes doivent être traitées à pied d’égalité avec les résidants des maisons de repos. C’est une question d’équité mais aussi de cohérence en termes de santé publique.

Dans ce contexte, la Fédération des CPAS plaide pour une vaccination obligatoire de toutes personnes qui travaillent en maison de repos et qui sont en contact avec les résidants. Cela vise donc tant le personnel de soins que le personnel non-soins, tant le personnel contractuel ou statutaire que les prestaires externes (coiffeurs, pédicures, kinésithérapeutes…).

Par équité, une mesure équivalente doit valoir pour les professionnels de la santé et de l’action sociale qui accompagnent ou soignent des personnes à domicile.

Dans cette optique, il conviendra d’être attentif au principe de proportionnalité en ce compris dans la définition des sanctions et de veiller à un juste équilibre entre une nécessaire précaution vaccinale et une indispensable continuité de services ainsi que la poursuite de la prise en compte des éventuelles contre-indications sur base d’une évaluation au cas par cas dans le cadre d’un dialogue médical préalable.

Une obligation qui n’est pas assortie de sanction perd de son sens et serait difficile à faire respecter. En même temps, le personnel a vécu des moments très durs lors de la crise. Il est souhaitable d’aboutir à un mécanisme de sanctions graduelles.

La Fédération des CPAS demande que toutes démarches utiles soient entamées de sorte que cette obligation vaccinale puisse être effective avant le début de l’automne, soit avant le risque d’une quatrième vague.

Dans un contexte où tout le personnel serait vacciné, il conviendrait alors de questionner avec circonspection et sérénité l’opportunité du maintien du port du masque par le personnel. La levée du port du masque serait assurément une source d’amélioration du relationnel avec les résidants, particulièrement ceux avec des troubles cognitifs majeurs. Ce pourrait être aussi une forme de « contrepartie » de l’obligation vaccinale des soignants. Toutefois, aux Etats-Unis, le CDC, l'Agence nationale de protection de la santé, estime que « des preuves préliminaires suggèrent que les personnes entièrement vaccinées qui sont infectées par le variant Delta peuvent transmettre le virus à d'autres ».

Ce plaidoyer a été communiqué par missive numérique du 4 août 2021 à Monsieur Pierre-Yves Dermagne, Vice-Premier Ministre et Ministre de l’Economie et du Travail ainsi qu’à Monsieur Frank Vandenbroucke, Vice-Premier Ministre et Ministre des Affaires sociales et de la Santé publique.

Voir l'article "Vaccination obligatoire contre le coronavirus : le personnel soignant et de santé s’interroge sur les modalités à venir" du site rtbf.be

L'auteur

Jean-Marc Rombeaux

Conseiller expert à la Fédération des CPAS - Union des Villes et Communes de Wallonie

Licencié et Maître en Sciences économiques, il a commencé comme chercheur à L'UCL dans les domaines de l'économie du travail et des pensions. Depuis 1993, il conseille les maisons de repos ainsi que les services d'aide aux familles et aux aînés du secteur public wallon. Il exerce également une fonction similaire au bénéfice des CPAS bruxellois. Il siège dans différents organes tant de l'Aviq que d'Iriscare.

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