Ce document, imprimé le 15-04-2021, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be).
Les textes, illustrations, données, bases de données, logiciels, noms, appellations commerciales et noms de domaines, marques et logos sont protégés par des droits de propriété intellectuelles.
Plus d'informations à l'adresse www.uvcw.be/info/politique-confidentialite

Audit énergétique de bâtiment: Pourquoi? Comment?

Mis en ligne le 7 Octobre 2010

Quelles sont  les interventions à effectuer prioritairement sur un bâtiment pour en améliorer l’efficacité énergétique? Quels sont les économies réalisables et le coût des investissements? Autant de questions auxquelles apportera réponses l’audit énergétique.

Le gestionnaire d’un parc de bâtiments dispose de divers outils pour suivre et analyser leurs performances énergétiques. Dans de précédentes contributions, nous avons présenté le cadastre énergétique [1] et la comptabilité énergétique [2]. Pour mémoire, le cadastre énergétique établit un classement faisant émerger le(s) bâtiment(s) présentant le plus gros potentiel d’économies d’énergie. La comptabilité énergétique, quant à elle, permet de suivre et comparer l’évolution des consommations énergétiques des bâtiments sur différentes périodes afin de détecter des dérives, des dysfonctionnements des installations mais également de mesurer l’effet de travaux d’amélioration réalisés.

Diverses interventions sur l’enveloppe du bâtiment, sur ses installations techniques et sur son occupation permettent de réaliser des économies d’énergie non négligeables. Un panel de mesures et les économies qui en découlent ont été présentés dans un précédent numéro [3].  

Face à un bâtiment problématique sur le plan énergétique ou à rénover prochainement, les questions suivantes se posent aux gestionnaires et décideurs:

  • Quelles interventions réaliser sur mon bâtiment pour en améliorer significativement la performance énergétique?
  • Certains travaux (par exemple d’isolation) ne risquent-ils pas de modifier le comportement thermo-physique du bâtiment et de créer des problèmes qui n’existaient pas avant (apparition de condensation …)?
  • Quels sont les travaux prioritaires et à combien en estime-t-on le coût?
  • Comment étaler ces interventions dans le temps (notamment pour des raisons budgétaires)?

Si la réponse à ces questions peut paraître triviale dans certains cas, elle est bien souvent complexe dans des bâtiments à occupation multiple, dans des bâtiments anciens ou construits ou modifiés et/ou rénovés à différentes époques.

L’audit énergétique: un outil d’analyse

L’audit énergétique consiste en l’analyse des conditions de fonctionnement d’un bâtiment afin d’établir un diagnostic de sa situation énergétique. Il permet d’identifier les postes les plus gros consommateurs et d’en déduire les améliorations les plus rentables.

L’audit énergétique vise donc à:

  • connaître l’efficacité énergétique d’un bâtiment, en établissant un état des consommations énergétiques tenant compte des caractéristiques du bâtiment et de ses usages;
  • identifier les défauts énergétiques et expliquer d’éventuels dysfonctionnements;
  • proposer des mesures correctrices tenant compte des diverses caractéristiques liées au bâtiment et à son utilisation (structure du bâtiment, composition des parois, type d’utilisation, type d’occupants, …);
  • évaluer les investissements et les économies réalisables, et établir une grille d’aide à la décision permettant d’établir un plan d’investissement justifié, à la fois aux niveaux énergétique, technique et financier.

Les étapes de l’audit

Les principales étapes d’un audit sont:

  • l’analyse des facturesénergétiques;
  • l’évaluation sur le terrain des performances réelles (visite du site avec le gestionnaire des installations, pose éventuelle d’appareils d’enregistrement du comportement d’un équipement, …);
  • l’analyse technique(calculs de l’impact des défauts énergétiques, définition des améliorations, évaluation des investissements et gains, …);
  • la rédaction des conclusions de l’audit.

Sur quels bâtiments effectuer un audit?

Bien que tout bâtiment puisse faire l’objet d’un audit afin d’en améliorer la connaissance énergétique, l’audit énergétique sera d’abord réalisé sur:

  • le ou les bâtiment(s) identifié(s) comme prioritaire(s) par le cadastre énergétique;
  • le ou les bâtiment(s) dont les consommations sont élevées comparées à celles d’autres bâtiments semblables ou à des références;
  • les bâtiments devant faire l’objet de travaux de rénovation.

Contenu de l’audit énergétique

Afin de garantir une certaine qualité de l’audit qui sera réalisé et de s’assurer du caractère exploitable des  rapports et conclusions qui lui seront remis, le commanditaire a tout intérêt à définir clairement et à détailler dans le cahier des charges le contenu de l’audit. A titre indicatif, les éléments suivants devraient faire partie du contenu minimum d’un audit :

  • L’objectif de l’audit: les vecteurs énergétiques examinés, les limitations éventuelles de l’étude, …;
  • Les hypothèses de travail et les paramètres utilisés tels que les facteurs de conversion des combustibles (PCI, PCS), les coefficients d’émission de CO2, les coûts des vecteurs énergétiques;
  • Une présentation générale des caractéristiques du bâtiment en termes d’utilisation, d’occupation, …;
  • Une analyse des consommations sur 3 ans minimum, réalisée sur base des consommations brutes ainsi que des consommations normalisées (pour le chauffage) [4],  et qui comprend l’établissement de comparaisons (entre années, avec des consommations de référence pour des bâtiments semblables…), la mise en évidence de dérives, …;
  • Une description détaillée du bâtiment:
    • de son enveloppe (nature, épaisseur et caractéristiques thermiques des matériaux; résistance thermique et/ou coefficient de transmission thermique des parois, …);
    • de ses équipements (incluant pour le chauffage les éléments relatifs à la production, distribution, régulation, émission de chaleur; pour l’éclairage: les données concernant la puissance et les types de sources, les luminaires, les auxiliaires…; pour la ventilation: les informations sur le type de système, les débits…)
    • de son bilan énergétique (calcul des déperditions, calcul des rendements, adéquation des puissances installées, etc.) [5];
  • Des propositions détaillées d’améliorations comportant des indications sur la mise en œuvre (matériaux, épaisseur préconisée, type d’équipement, technique utilisée, …), en tenant compte de leur impact réciproque;
  • Une estimation chiffrée des investissements pour chaque amélioration;
  • Une estimation des économies d’énergie et de la réduction des émissions de CO2 engendrées pour chaque amélioration, en tenant compte de leur impact réciproque;
  • Un classement par ordre de priorité des propositions d’amélioration (enveloppe, équipement, gestion) et une évaluation de leur rentabilité respective;
  • Le recours éventuel à des technologies particulières (cogénération, capteurs solaires, …);
  • Les conclusions.

En outre, il peut être utile de spécifier que:

  • l’audit doit être interprétable par un non technicien et que les conclusions doivent être claires et explicites;
  • les améliorations proposées doivent être en rapport avec les besoins du bâtiment;
  • les solutions proposées doivent tenir compte des caractéristiques du bâtiment (par exemple, un audit qui conseillerait d’équiper le bâtiment de capteurs solaires alors que la structure du bâtiment ne peut supporter une telle charge ne présente aucun intérêt).

Des réunions hebdomadaires de l’état d’avancement de l’audit peuvent être prévues, comme critères condition d’exécution.

Il peut également être intéressant d’exiger, dans le cahier des charges, que soient transmis les fichiers informatiques des calculs (tableaux excel, …) et des rapports (sous format "traitement de texte"). La commune disposera ainsi de l’ensemble des données et pourra facilement les mettre à jour au fur et à mesure de la mise en œuvre des diverses améliorations.

Enfin, lorsqu’il analysera les différentes offres, le commanditaire prêtera attention à qui incombe la charge de récolter les données de consommations. Une prise en charge par le personnel communal peut contribuer à baisser le coût de l’audit mais cette tâche est souvent longue et fastidieuse et le temps nécessaire à sa réalisation ne doit pas être négligé. Généralement, il est prévu une coopération des services communaux pour la collecte de ces données mais il semble prudent de circonscrire plus précisément jusqu’où va cette collaboration.

A noter qu’un cahier des charges-type peut être obtenu auprès du Facilitateur tertiaire [6].
                                                                                             
Quel auditeur?

Si, l’audit d’un bâtiment peut être réalisé par un agent communal possédant les connaissances techniques nécessaires (Responsable énergie, …), la commune devra cependant recourir à un auditeur externe et agréé par la Région wallonne si elle veut prétendre à des subsides octroyés par la Région wallonne pour ce type d’investissement, en particulier les subsides UREBA [7].

En outre, la vision extérieure d’un auditeur externe peut faire émerger des dysfonctionnements devenus difficilement perceptibles par une personne trop familière du bâtiment.

Subvention

L’audit énergétique d’un bâtiment dont une commune ou un CPAS est propriétaire peut bénéficier d’une subvention régionale UREBA s’élevant à 50 % des coûts TVAC de l’audit (coût des prestations de la personne chargée de l’étude et ceux nécessaires à la réalisation des comptages énergétiques éventuels). En, cas de cumul avec d’autres subsides, l’intervention financière de la Région wallonne dans le cadre d’UREBA est ramenée de 50 à 25 %.
Le texte de l’arrêté du Gouvernement wallon du 10 avril 2003 et le mode d’emploi UREBA, disponibles sur http://energie.wallonie.be (rubrique "aides et primes") détaillent précisément les conditions, les critères techniques et la procédure à respecter pour pouvoir prétendre aux subsides.

----------

  1. [Remonter] V. M. Duquesne, Pourquoi réaliser et tenir à jour un cadastre énergétique? Comment l’établir?, Mouv. comm., 8-9/2008.
  2. [Remonter] V. M. Duquesne, Pourquoi tenir à jour une comptabilité énergétique? Comment l’établir?, Mouv. comm., 11/2008.
  3. [Remonter] V. M. Duquesne, Utilisation rationnelle de l’énergie: pourquoi, comment?, Mouv. comm., 10/2008.
  4. [Remonter] Normaliser la consommation consiste à ramener la consommation de chauffage (ou de refroidissement) à ce qu’elle aurait été durant une année climatique moyenne. On vise ainsi à la rendre insensible aux conditions climatiques afin de pouvoir établir des comparaisons des consommations entre années, indépendamment des rigueurs climatiques. Pour ce faire, on utilise la technique des degrés-jours; elle est expliquée sur le cd-rom Energie+ disponible en ligne sur le Portail énergie de la Région wallonne (http://energie.wallonie.be).
  5. [Remonter] A noter que lorsque le bâtiment est alimenté par plusieurs circuits de chauffage, il peut être intéressant de demander de scinder le calcul du niveau d’isolation thermique global K par circuit de chauffage.
  6. [Remonter] L’ICEDD assure les services de Facilitateur tertiaire (tél.: 081.250.480 – e-mail : facilitateur.tertiaire@icedd.be).
  7. [Remonter] Dans le cadre des subsides UREBA, en plus d’être agréé par la Région wallonne, l’auditeur qui réalise l’audit:
    • doit être indépendant de l'entreprise et des sociétés chargées d'effectuer les travaux ou investissements à analyser par l'auditeur;
    • ne doit pas être fournisseur d'énergie ou d'équipement visé dans l'audit;
    • doit fournir des références qui attestent de son expérience dans l'analyse des performances énergétiques des installations, équipements ou activités examinés.
      La liste des auditeurs agréés est consultable sur le http://energie.wallonie.be (rubrique "aides et primes").

L'auteur

Marianne Duquesne

Conseiller expert à l'Union des Villes et Communes de Wallonie

Ingénieur civil architecte, titulaire d’un master complémentaire en urbanisme et aménagement du territoire au cours duquel elle a réalisé une étude sur l’éclairage public communal, Marianne Duquesne est conseiller au sein de la cellule énergie de l’UVCW depuis 2008, après avoir officié durant plusieurs années dans la formation continuée pour le secteur de la construction. Elle est l’auteur de plusieurs guides pratiques relatifs à construction durable, à la maîtrise énergétique et à la performance énergétique des bâtiments.

Lire aussi

Date de mise en ligne

7 Octobre 2010

Type de contenu

Q/R

Matière(s)

Mots-clefs

>