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Comptabilité énergétique

Mis en ligne le 13 Mars 2009

Pourquoi tenir à jour une comptabilité énergétique? Comment l’établir?

La mise en place d’une politique d’utilisation rationnelle de l’énergie dans les bâtiments implique de connaître, suivre et comparer leurs consommations énergétiques. Le suivi régulier des consommations énergétiques est indispensable pour connaître l’état de fonctionnement de ses installations, détecter l’apparition de dérives et pouvoir y remédier le plus rapidement possible. Une intervention tardive, lorsque le problème est devenu flagrant, coûte cher aux finances communales. Trop souvent encore, ce sont des factures anormalement élevées (voire, pire, la facture annuelle de régularisation) qui tirent le signal d’alarme; dans d’autres cas, les consommations glissent progressivement et insidieusement à la hausse sans que personne ne s’en aperçoive.

Un outil de gestion

La comptabilité énergétique est un outil de gestion qui permet d’enregistrer, de traiter et d’analyser les données de consommations des bâtiments afin de suivre leur évolution. Ce suivi permet:
- de détecter des dérives de consommation;
- d’identifier des anomalies de fonctionnement des installations;
- de situer les consommations d’un bâtiment par rapport à celles d’autres bâtiments;
- de mesurer l’effet d’améliorations énergétiques apportées au bâtiment, au(x) système(s), aux conditions d’occupation;
- d’établir un budget énergie;
- de répartir les consommations d’énergie entre divers occupants;
- d’informer et de sensibiliser les usagers;
- de communiquer les résultats d’actions de maîtrise de l’énergie.

En comparaison à une comptabilité classique, ce sont les données de consommations (en litres de mazout, en kWh, …), et non pas le montant des factures (en euros), qui constituent le cœur de la comptabilité énergétique. Cependant, l’enregistrement des montants des factures et des consommations facturées, parallèlement aux chiffres de consommations relevés sur le terrain, permet de vérifier l’exactitude des factures et éventuellement d’identifier des compteurs non utilisés pour lesquels la commune paie malgré tout une redevance. Cela permet également de suivre l’évolution du coût de l’énergie et éventuellement d’évaluer la pertinence de changer de fournisseur. Dans ce cas, le fait de disposer de données de consommations exactes constitue sans conteste un atout important pour négocier les tarifs de l’énergie.

La collecte des données

Pratiquement, la tenue d’une comptabilité énergétique nécessite de collecter les données de consommations de manière régulière et rigoureuse. Ceci implique:
- de désigner une personne responsable d’effectuer les relevés d’index [1] et d’intégrer cette tâche dans sa charge de travail;
- de fixer une date de relevé mensuel, par exemple le premier jour de chaque mois et de la respecter;
- d’élaborer une grille-type à compléter lors de chaque relevé [2];
- de disposer d’un compteur par source d’énergie et par usager afin d’objectiver les consommations de chacun.

Certaines données sont transmises mensuellement par les fournisseurs d’énergie. Par exemple, les factures intermédiaires mentionnent les consommations pour l’alimentation électrique en haute tension. La consommation de gaz de ville peut également faire l’objet d’un relevé mensuel d’Indexis et, dans ce cas, être mentionnée sur la facture mensuelle de gaz. Lors de la passation de marché de fourniture d’énergie, il peut être intéressant d’insérer, dans le cahier des charges, une clause imposant l’envoi automatique des relevés mensuels de consommation.

L’enregistrement et le traitement des données

Les données collectées doivent ensuite être encodées dans la comptabilité énergétique. Plusieurs logiciels d’aide à la comptabilité énergétique existent mais la commune peut également créer sa propre feuille de calcul dans un tableur [3]. Comme pour la collecte des données, une personne doit être chargée de la mise en place et du suivi de la comptabilité énergétique, et il convient de dégager du temps dans sa charge de travail pour qu’elle puisse effectuer cette tâche.

Les consommations relatives au chauffage des bâtiments doivent être ramenées à une année climatique standard [4], afin d’annuler l’effet des variations climatiques d’une année à l’autre.  

Pour permettre les comparaisons, les consommations d’énergie seront ensuite standardisées, c’est-à-dire converties en une seule et même unité (par ex. les litres de mazout et les m³ de gaz sont convertis en kWh). Cela permet de globaliser l’ensemble des consommations d’un bâtiment ou de comparer des bâtiments alimentés par des sources d’énergie différentes.

Les comparaisons entre bâtiments d’affectation semblable peuvent être réalisées en calculant des ratios tels que:
- consommation / m² chauffé,
- consommation / m³ chauffé,
- consommation / occupant,
- consommation / élève.

Pour faciliter le travail de comparaison et permettre de suivre l’évolution des consommations suite à des travaux de rénovation énergétique, il est judicieux d’associer à la comptabilité énergétique une fiche signalétique par bâtiment. Cette fiche détaille les dimensions et caractéristiques de l’enveloppe du bâtiment (surfaces, volume, isolation, …) et de ses installations techniques (chauffage, éclairage, ventilation, …), les caractéristiques d’occupation (nombre d’occupants, plage d’occupation, …), les caractéristiques des compteurs et cuves (numéro, emplacement, contenance éventuelle, …), les travaux de rénovation et la date à laquelle ils ont été réalisés, … Ces fiches doivent bien entendu être tenues à jour, au même titre que la comptabilité énergétique.

Un outil de communication

Les informations présentées sous forme visuelle sont généralement plus faciles à interpréter. Un des avantages de l’utilisation d’un tableur ou d’un logiciel d’aide à la comptabilité énergétique réside dans leur capacité à générer des graphiques à partir des consommations énergétiques enregistrées.  L’exemple ci-dessous, relatif aux consommations d’électricité nuit d’une école primaire, illustre deux types de figures qui peuvent être produites, pour un même bâtiment, à partir de données encodées dans la comptabilité énergétique.

graphique

graphique

Le graphique de gauche montre une tendance à la baisse des consommations annuelles depuis 2001. L’importante consommation d’électricité nuit s’explique par la présence d’un système de chauffage électrique à accumulation.
Les courbes de consommations mensuelles cumulées [5] (graphique de droite) sont très parlantes. Logiquement, les courbes s’aplatissent durant les mois d’été lorsque l’école n’est pas chauffée. Le chauffage électrique a été remplacé par une installation au gaz lors de la rénovation de l’école en 2005. En conséquence, la consommation d’électricité nuit disparaît.

Quels bâtiments suivre?

En principe, tous les bâtiments dans lesquels sont consommées régulièrement des énergies sont à reprendre à la comptabilité énergétique. Dans la pratique, lorsque la commune possède de nombreux bâtiments ou lors de la mise en place progressive de la comptabilité énergétique, la priorité sera mise sur les bâtiments les plus gros consommateurs d’énergie, sur les bâtiments pointés comme problématiques par le cadastre énergétique, sur les bâtiments pour lesquels des travaux d’amélioration énergétique sont programmés. Dans un premier temps, les efforts peuvent également se concentrer sur les consommations principales (par ex. sur la consommation de gaz lorsque l’utilisation de mazout est marginale).

En conclusion

La tenue d’une comptabilité énergétique permet d’identifier des anomalies de consommations afin d’y remédier rapidement. La présentation des données sous forme graphique constitue un outil de communication important (présentation des bilans annuels, des résultats de travaux et/ou d’une campagne de sensibilisation des usagers, …). Par ailleurs, la comptabilité énergétique s’avère être une base de données très utile lorsqu’il s’agit de négocier les tarifs de l’énergie auprès des fournisseurs, ainsi que pour la certification énergétique des bâtiments qui devrait être mise en œuvre en 2009 dans le cadre du décret sur la performance énergétique des bâtiments.

Pour aller plus loin

Des publications et outils sont disponibles pour approfondir les aspects techniques:

  1. Comptabilité énergétique – Pourquoi? Comment? Envoi sur demande à energie@uvcw.be
  2. Cd-rom Energie+ consultable sur http://energie.wallonie.be
  3. Pour une gestion efficiente de l’énergie au niveau communal - Guide pratique téléchargeable sur https://energie.wallonie.be/fr/guide-pratique-pour-une-gestion-efficiente-de-l-energie-au-niveau-communal.html?IDC=9482&IDD=12070

À noter enfin que l’installation d’une comptabilité énergétique dans un bâtiment peut bénéficier d’une subvention UREBA octroyée par la Région wallonne, s’élevant à 50 % de l’investissement [6].

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  1. [Remonter] Pour les compteurs tournant de manière continue:
    consommation sur la période = index du relevé - index précédent.
    Dans le cas du mazout, il y a lieu de tenir compte des quantités livrées pendant la période considérée:
    consommation sur la période = index précédent + approvisionnement - index relevé.
  2. [Remonter] V. à ce sujet les fiches outils proposées dans Pour une gestion efficiente de l’énergie au niveau communal - Guide pratique téléchargeable sur https://energie.wallonie.be/fr/guide-pratique-pour-une-gestion-efficiente-de-l-energie-au-niveau-communal.html?IDC=9482&IDD=12070.
  3. [Remonter] Les données encodées dans les tableurs les plus courants du marché seront récupérables dans la nouvelle version du logiciel gratuit Comebat que la Région prévoit de développer.  La version actuelle de ce logiciel, bien que quelque peu dépassée au niveau de l’interface, est téléchargeable gratuitement à la page http://energie.wallonie.be/xml/doc-IDD-7003-.html. Elle peut être source d’idées pour la création de sa propre feuille de calcul. D’autres exemples sont donnés sur le cd-rom Energie+ consultable à l’adresse http://energie.wallonie.be.
  4. [Remonter] Pour ce faire, on utilise la technique des degrés-jours. Cette technique est expliquée sur le cd-rom Energie+ consultable sur http://energie.wallonie.be. Les degrés-jours mensuels et normaux nécessaires au calcul, sont donnés respectivement sur le site http://energie.wallonie.be et sur le cd-rom Energie+.
  5. [Remonter] La courbe de consommation mensuelle cumulée indique:
    - en janvier, la consommation de janvier;
    - en février, la consommation de janvier plus celle de février;
    - en mars, la consommation de janvier plus celle de février plus celle de mars;
    - etc.
  6. [Remonter] Ce subside est calculé TVA comprise. En cas de cumul avec d’autres subsides, l’intervention financière de la Région dans le cadre d’UREBA est ramenée de 50 à 25 %.
    Le texte de l’A.G.W. 10.4.2003 et le mode d’emploi UREBA, disponibles sur http://energie.wallonie.be (rubrique "aides et primes"), détaillent précisément les conditions, les critères techniques et la procédure à respecter pour pouvoir prétendre aux subsides.

L'auteur

Marianne Duquesne

Conseiller expert à l'Union des Villes et Communes de Wallonie

Ingénieur civil architecte, titulaire d’un master complémentaire en urbanisme et aménagement du territoire au cours duquel elle a réalisé une étude sur l’éclairage public communal, Marianne Duquesne est conseiller au sein de la cellule énergie de l’UVCW depuis 2008, après avoir officié durant plusieurs années dans la formation continuée pour le secteur de la construction. Elle est l’auteur de plusieurs guides pratiques relatifs à construction durable, à la maîtrise énergétique et à la performance énergétique des bâtiments.

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Date de mise en ligne

13 Mars 2009

Type de contenu

Q/R

Matière(s)

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