Ce document, imprimé le 03-08-2021, provient du site de l'Union des Villes et Communes de Wallonie (www.uvcw.be).
Les textes, illustrations, données, bases de données, logiciels, noms, appellations commerciales et noms de domaines, marques et logos sont protégés par des droits de propriété intellectuelles.
Plus d'informations à l'adresse www.uvcw.be/info/politique-confidentialite

La gestion du réseau écologique à Seneffe

Mis en ligne le 7 Mars 2005

Confrontée au milieu des années 1970 à la création d’un important zoning pétrochimique sur son territoire, par ailleurs rural, la commune de Seneffe a développé, dès cette époque, une politique active en matière d’environnement et d’aménagement du territoire.
Une Commission communale de l’Environnement, une Commission consultative de l’Aménagement du territoire (CCAT), une Commission Sécurité-environnement du zoning industriel de Feluy, un service environnement structuré, un éco-conseiller indépendant, des éco-cantonniers, … existent à Seneffe depuis près d’une décennie et sont autant de preuves du dynamisme de la commune dans ces domaines.
La nature, en tant que telle, n’a pas été oubliée au cours de toutes ces années: plantations importantes d’arbres de voirie et classement de nombreux bois et d’ouvrages d’art le long de l’ancien canal pour les préserver. Il est néanmoins clair que ces actions étaient ponctuelles et que personne, ou à peu près, n’était conscient de la richesse du patrimoine naturel de l’entité… jusqu’en 1995, année au cours de laquelle la Région wallonne de Belgique lance les premiers plans communaux de développement de la nature (PCDN)

Le plan communal de développement de la nature

Avec des subsides régionaux, un inventaire du patrimoine naturel et paysager a été réalisé par un bureau d’études spécialisé. Cette étude de terrain a permis d’identifier les éléments intéressants du paysage et du réseau écologique, tout en mettant en évidence ses points forts et ses faiblesses. Ces différentes données ont permis la réalisation d’une carte du réseau écologique de la commune. Parallèlement à cette étude, des acteurs représentatifs des milieux présents sur la commune se sont réunis sous forme d’un partenariat ouvert et diversifié, puis se sont répartis en groupes de travail chargés de réfléchir aux thèmes mis en évidence lors des réunions plénières.

A Seneffe, quatre groupes de travail ont ainsi vu le jour: “Sensibilisation, éducation, information”, “Canal et zones humides”, “Haies et bords de route”, “Esthétique - Zone d’intérêt paysager”. Ensemble, les différents partenaires (administrations, naturalistes, agriculteurs, pêcheurs, enseignants, apiculteurs, membres de cercles horticoles, industriels, particuliers, …) ont négocié les lignes directrices d’une stratégie communale dans ces divers domaines. Chaque projet plus concret au sein du domaine fait l’objet d’une fiche-action, à court, moyen et long terme, comprenant un descriptif du projet et de ses implications, le nom des partenaires concernés, le budget prévisible, les sources de financement, l’échéancier, …

Après approbation au conseil communal et enquête publique, le plan communal de développement de la nature, élaboré par le partenariat, a été signé par l’ensemble des acteurs. Faire les bons choix de développement durable, ensemble, entre partenaires d’horizons très différents, pouvait apparaître comme une gageure mais finalement, tout s’est révélé plus aisé que prévu. C’est qu’en dehors de l’enjeu, les échanges d’idées ont, pour la plupart des partenaires, débouché sur un réel plaisir de rencontre et même pour certains d’entre eux sur un besoin.

Le soir de la signature de la “charte PCDN”, l’échevin de l’Environnement déclarait: “La commune, en dehors des décisions politiques de ceux qui la dirigent, sera, sur le plan de l’environnement, réussie à la mesure du dynamisme de ceux qui l’habitent”. Il ne s’était pas trompé! Le dynamisme des habitants de Seneffe est grand, … tout comme celui du personnel de l’administration et des élus dont le soutien est plus que précieux. Au fil des mois, même si par moment, nous succombons à des périodes de découragement, nous ne pouvons que nous réjouir du succès de la plupart des projets et de l’ensemble de la dynamique du PCDN seneffois.

Un effort considérable a été porté ces dernières années pour faire prendre conscience à chacun de l’intérêt et de la nécessité d’une participation effective de la population à la gestion du patrimoine naturel mais aussi pour prendre en compte le maillage écologique tant lors de travaux d’aménagement et d’entretien des espaces publics que lors de la délivrance de permis d’urbanisme (permis de bâtir, de lotir, de modifier le relief du sol, …).


Le PCDN seneffois est dynamique aussi dans sa structure. Aux quatre groupes de travail de base, deux nouveaux groupes de travail ont vu le jour: un groupe “RAVeL” (commun PCDN/CCAT) et un groupe “Guides Composteurs”. En 2000, au vu de l’évolution et des fiches-projets et de la réalité du terrain, le groupe “Esthétique Zone d’intérêt paysager” a été dissous (mais ses projets pas abandonnés!) et un groupe “Faune-Flore” a repris tous les projets plus spécifiques à la biodiversité qui, bien souvent, n’étaient rattachés à aucun groupe de travail.

Le PCDN, agent de changement des mentalités

M. Stein, Directeur a.i. à la Direction de la nature de la Région wallonne, présente souvent les éléments de notre patrimoine naturel comme des res nullius, c’est-à-dire comme des éléments qui n’appartiennent en propre à personne. L’enjeu des PCDN est bien de les faire passer du statut de res nullius à celui de res communis - la nature est un patrimoine commun. Le PCDN s’y attache tout particulièrement par le biais d’actions telles que des informations très régulières distribuées en toute-boîte (journal trimestriel du PCDN, articles dans le bulletin communal), des visites de jardins naturels, des journées d’entretien des arbres têtards, des promenades découvertes de la nature, … mais aussi par des projets, plus concrets encore, de plantations de haies.

Dans le cadre de cette dernière action, des arbres et arbustes d’espèces indigènes sont offerts aux habitants qui acceptent de planter et d’entretenir de telles haies de plus de 50 mètres sur leur propriété. Budget communal: environ 5.000 euros par an. Grâce à ce projet, environ 12 km de haies d’essences locales ont été replantées en cinq ans, … sans compter l’effet de mode qui lentement s’installe! Depuis 2001, une campagne d’incitation à l’abattage des résineux est lancée en parallèle. En deux ans, près de 500 mètres de haies de résineux ont été ainsi remplacées par des espèces indigènes. En plus de son impact en terme de sensibilisation, cette action récurrente devrait à moyen terme avoir un effet non négligeable sur la restauration du maillage écologique. Ce projet est maintenant reproduit par une autre commune en PCDN.

Le PCDN seneffois veut aussi donner une dimension conviviale, voire festive à ses manifestations. Ainsi, en juin 2000, un “événement” a été créé autour de la libellule fauve, libellule rare dans notre région. En plus d’une balade-nature assez traditionnelle, les partenaires du PCDN proposaient à la population une exposition de photos, un stand avec une sélection de livres sur les libellules, un atelier d’expression pour les enfants, des possibilités de promenade avec un cheval de trait (autre projet PCDN) et un bar. Cet après-midi a attiré un monde fou… près de 120 personnes (pour une population de 10.500 habitants) pour une libellule dont personne n’avait entendu parler.

Dans les mesures de ses moyens, le PCDN tente de diversifier et de renforcer encore ces interventions vers tous les acteurs, et notamment vers le monde agricole et le monde industriel. C’est l’objectif que le PCDN s’est donné d’ici 2005. Au programme des prochains mois: une journée de la ruralité pour mettre en évidence les fermes de nos villages qui respectent le plus notre environnement.

Les contacts avec le monde industriel sont plus avancés. Voyons un bel exemple! En 2001, la société Dow Corning a taillé une vingtaine de saules têtards et planté près de 600 mètres de haies d’espèces indigènes. En 2002, c’est pas moins d’un hectare de la propriété qui a été géré de façon plus naturelle: une seule fauche, pas d’engrais, emploi limité d’herbicide, dégradable sans rémanence, … La société a en fait opté pour les prés fleuris plutôt que les pelouses! Elle a aussi choisi de laisser la végétation spontanée se développer aux abords du nouveau parking “camions” et des quais. Cinquante ares sont là aussi rendus à la nature! Un bon compromis entre nature et économie! Et, ils ont encore des projets, …

Cette multinationale n’est pas la seule société à s’engager dans cette voie en concertation avec la commune. Son voisin Alysse Food a lui aussi un projet de plantations de haies d’espèces indigènes, tout comme les sociétés Roosens à Familleureux et Soudokay dans le centre de Seneffe. D’autres viendront sûrement bientôt les rejoindre!

Les zonings industriels auront peut-être un autre visage dans les années qui viennent. En ce qui concerne le zoning actuellement en chantier à Seneffe, c’est certain! Ce parc industriel paysager mis en œuvre par l’intercommunale IDEA est inspiré des zonings anglo-saxons. La végétation y aura sa place dès sa création! Qui plus est, afin de s’intégrer plus encore dans le paysage agricole, d’anciennes haies et vieux arbres têtards seront préservés, des haies en espèces indigènes seront plantées en périphérie, la mare sera recreusée mais sera maintenue la plus naturelle possible. C’est là le fruit d’une collaboration étroite entre l’IDEA et la commune de Seneffe dans le but de concilier vie économique, nature et paysage. Projet à suivre, …

Par le biais de l’ensemble de ces actions, le partenariat du PCDN quitte résolument le cadre étroit de la nature extraordinaire, liée à des sites parfaitement délimités pour entrer de plain-pied dans la prise en compte de la nature de tous les jours, de la nature ordinaire. Malgré tout l’intérêt de cette prise en charge de la nature par l’ensemble des acteurs concernés, dans un cadre écologique, économique et socioculturel donné, il faut être conscient que la démarche n’est pas toujours aisée.

Un exemple: dans le cadre de l’étude de faisabilité d’un parc naturel concernant la commune, les industriels et l’intercommunale ont fait savoir qu’ils estimaient totalement inapproprié d’inclure les zones industrielles dans le périmètre du parc naturel. La commune de Seneffe vit effectivement aussi au rythme de ses nombreuses zones industrielles, mais, dans notre volonté de développer harmonieusement nature et vie économique, celles-ci, plutôt qu’un obstacle, nous apparaissent comme un défi de coexistence à relever!

Les services communaux et le maillage écologique

De plus en plus, les espaces publics sont aménagés autrement: choix d’espèces indigènes, plantation de bandes boisées plutôt que simples alignements d’arbres, création de prairies fleuries, mares, … Dans le même sens, bien que n’ayant pas signé la convention “bords de route” de la Région wallonne, la commune, peut-être lentement mais sûrement, procède depuis de nombreuses années à une gestion écologique de ses bords de route. Le fauchage tardif y est appliqué. Malheureusement, nombre de nos chemins de campagne, particulièrement étroits, sont fauchés plus tôt que les naturalistes le souhaiteraient, pour des raisons de sécurité. Néanmoins, les discussions sont ouvertes entre les membres du PCDN et les responsables du service des travaux. La convention “Combles et clochers”, proposée également par la Région wallonne, devrait être signée cette année pour aménager les combles et clochers de nos églises de façon à permettre aux chauves-souris et chouettes d’y accéder.

Un des grands objectifs du groupe “Esthétique - Zone d’intérêt paysager” était l’intégration paysagère des zones industrielles mais aussi des bâtiments agricoles et tout autre élément mal intégré en zone agricole. Depuis le lancement du PCDN, le service Urbanisme et le service Environnement sont très vigilants lors des demandes de permis d’urbanisme ou d’environnement. Aussi souvent que possible, ils intègrent dans le permis une obligation de planter un écran végétal en espèces indigènes, bien souvent une bande boisée. De plus, systématiquement, les dossiers de demande de permis d’urbanisme, importants ou susceptibles d’influer sur le maillage écologique sont soumis à l’avis de l’éco-conseillère. La carte du réseau écologique est consultée pour chaque dossier. Un effet du PCDN inattendu et inespéré: une demande d’urbanisme, pour remblayer une zone “humide” sans grand intérêt biologique… mais un des très rares maillons écologiques entre une belle zone bocagère et un bois a été refusée grâce aux avis défavorables remis par l’éco-conseillère de la commune (par ailleurs coordinatrice du PCDN) et par la division Nature et forêt (partenaire du PCDN).

Autre évolution favorable: il n’est pas impossible que, dans les années qui viennent, la commune se porte acquéreur de zones naturelles sensibles, et plus particulièrement de zones humides.

Le schéma de structure

Dès 1995, la commune de Seneffe a voulu se doter d’un schéma de structure et d’un règlement communal d’urbanisme. La volonté communale a été d’intégrer largement le plan communal de développement de la nature dans le schéma de structure, et ce tant au niveau de la cartographie que des options.

Concrètement, les cartes du schéma de structure reprennent des “écozones”, à savoir les zones centrales et les zones de développement telles qu’elles ont été identifiées et définies dans le cadre du PCDN, mais aussi des zones d’intérêt bocager (PCDN). Plusieurs options du schéma de structure reprennent explicitement les lignes directrices du PCDN: protéger les équilibres écologiques, protéger les zones humides et les bocages tant pour leur valeur écologique que paysagère, mais aussi les zones boisées et les vergers, maintenir ou créer des zones de liaisons, développer les pratiques agricoles favorables à la biodiversité, favoriser la mise en place des mesures agri-environnementales, créer d’épais écrans de verdure en bord des zones industrielles, mettre en valeur les grands éléments du patrimoine culturel, naturel et paysager de l’entité (ex.: ancienne fosse d’extraction de la pierre), …

Le règlement communal d’urbanisme, quant à lui, prévoit, dans certaines zones, la plantation de haies d’essences indigènes comme clôture, l’interdiction d’abattage des arbres et haies existants hors de la zone de bâtisse. Des prescriptions très strictes sont également prévues dans les zones d’intérêt bocager proposées par le PCDN.

Le schéma de structure est, à l’heure actuelle, toujours à l’état de projet. La volonté politique communale est néanmoins d’aboutir. La mise sur pied du plan communal de développement de la nature et celle d’un schéma de structure sont, pour l’entité, autant de points-clés dans une gestion dynamique de l’aménagement du territoire mais aussi du paysage et de la nature. Nous pensons que la qualité de ces deux planifications sera d’autant meilleure qu’elles auront été étudiées en même temps, parallèlement et le plus possible en concertation.

Conclusion

Au vu de la qualité et de la diversité du patrimoine naturel et paysager de notre entité, mais aussi des diverses menaces qui pèsent sur lui, tout le monde s’accorde à dire que les actions en faveur d’un bon aménagement du territoire et de la conservation de la nature sont à privilégier dans la politique communale.

Un des soucis majeurs de la commune de Seneffe est, depuis longtemps, de marier toujours avec plus d’harmonie nature, industries et activités agricoles. Une autre volonté de la commune est de continuer à impliquer davantage les habitants à la gestion de l’environnement dans l’entité et donc d’accueillir et d’encourager les suggestions, d’assurer une permanence d’écoute, d’aller à la rencontre des associations et du public sur le terrain.

L'auteur

Cécile Alphonse

Conseillère en environnement, Administration communale de Seneffe
>