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Retour sur l'année 2020 en forêt wallonne: l'action de l'Union

Mis en ligne le 19 Avril 2021

La forêt wallonne est bien malmenée depuis quelques années. 2019 avait déjà été marquée par les attaques de scolytes et la peste porcine mais l’année 2020 n’aura pas été épargnée avec son lot de difficultés accompagnées, tout de même, de quelques bonnes nouvelles.

Crise du scolyte

La crise du scolyte s’est poursuivie avec plusieurs vagues d’envols amenant les insectes à poursuivre leur expansion non seulement dans les forêts publiques et privées mais également dans des propriétés hors-forêt et de ce fait non-soumises au code forestier.

Dès janvier 2020, nous réitérions nos inquiétudes auprès de la ministre Tellier en insistant sur les impacts réels de la crise du scolyte sur les forêts de nos membres et sur le besoin urgent de dégager des solutions adéquates pour les pouvoirs locaux.

En effet, la solution avancée du prêt à taux zéro ne servait à rien dans ce dossier puisque les arbres scolytés qu’ils soient arrivés à maturité ou non ont dû être exploités et vendus à des prix incroyablement bas. Il s’agit donc bien là d’une perte directe, irrécupérable et touchant les budgets communaux actuels mais aussi futurs pour ce qui concerne les arbres abattus avant leur maturité.

Dans la mesure où il s’agit d’une crise sanitaire dont les communes ne sont en aucune façon responsables, une aide exceptionnelle devrait être assurée, sous forme d’indemnisation, pour permettre la pérennité des missions de service public assurées par les communes.

Notre seconde demande concernait la nécessité d’une aide indispensable pour aider les communes dans le cadre de la replantation des milliers d’arbres perdus. Nous avons été entendus puisque via le biais de Get up Wallonia, la ministre Tellier a prévu un soutien financier pour aider les propriétaires pour régénérer les forêts. Trois millions sont à répartir entre les propriétaires publics et privés. C’est ainsi qu’un certain nombre de communes ont reçu en décembre 2020 une somme destinée à ce reboisement. Toutefois, les modalités du recours à cette somme n’étaient pas encore connues en 2020. Notre association a revendiqué avec force que ce soutien financier aide vraiment les propriétaires touchés par toutes ces pertes de bois qui créent et créeront dans les années futures des trous dans les budgets communaux, pertes à la hauteur de la qualité des bois produits dans nos forêts publiques. 

AGW Scolytes

Toujours dans ce dossier du scolyte, la Région a dû faire face dans le courant de cette année 2020 au retrait de l’Afsca dans la gestion de cette crise. En juillet, un nouvel AGW donnait la possibilité aux collèges communaux de faire procéder à l’abattage et/ou l’écorçage des arbres scolytés aux frais des propriétaires privés qui n’auraient pas obtempéré aux demandes du DNF. Notre association a dénoncé cet AGW à plus d’un titre. Non seulement, il mettait à charge des collèges de pallier l’inaction volontaire ou involontaire de certains propriétaires privés, entrainant une charge administrative et financière potentiellement importante pour les finances communales mais en plus il n’apportait aucune solution réelle pour lever les freins importants empêchant une gestion correcte de l’invasion des scolytes (manque d’exploitants intéressés par les bois et engorgement des scieries).

Dans un courrier de septembre 2020, l’UVCW a demandé à la Ministre Tellier que toutes les actions des communes au titre de l’arrêté soient garanties par la Région pour le recouvrement des créances engagées, au cas où, comme nous le craignons, certains propriétaires récalcitrants verraient dans cette compétence complémentaire du collège un moyen de résoudre le problème des arbres scolytés à peu de frais. Nous avons insisté également pour que la Région endosse, en tant qu’autorité de surveillance de la forêt, la responsabilité d’assurer la résolution de la problématique du scolyte sur les propriétés privées morcelées et qu’elle assure le fonctionnement de la filière aval, en aidant la filière à augmenter sa capacité d’absorption des bois scolytés, par le biais d’aides.

 

PPA

L’année 2020 aura, par contre, été l’année de la bonne nouvelle dans le cadre du dossier de la Peste porcine africaine. En effet, en novembre 2020, la Commission européenne annonçait à la Belgique qu’elle récupérait son statut indemne par rapport à la PPA.

La crise étant gérée sur le terrain, il était temps, comme nous le rappelions au mois de mai 2020 dans un courrier commun avec la Confédération du bois, l’Union ardennaise des pépiniéristes et NTF, d’indemniser adéquatement les communes mises sous cloche à cause de cette maladie. Des indemnités ont été octroyées pour la perte des bois mais ne couvrent malheureusement pas l’ensemble des territoires, ni la période complète de la crise. Nous avons demandé que le processus de réflexion se poursuive pour atteindre une indemnisation à la hauteur de la crise vécue et des pertes subies par les communes.

Début décembre 2020, nous apprenions avec soulagement que les pertes concernant les locations de chasse allaient être compensées pour les communes et CPAS ayant accordé? une réduction de loyer aux locataires de droits de chasse sur des bois situés dans l’une des trois zones délimitées pour lutter contre la peste porcine africaine chez les sangliers. 

PEFC en péril

Plus de 95% des surfaces forestières wallonnes détiennent la certification PEFC attestant de la durabilité de leur gestion mais le label de presque la moitié des communes PEFC a été mis en péril en 2019-2020 en raison de l’irrespect d’un point de la charte relatif à la détention d’un plan de gestion ou d’un plan d’aménagement forestier (PAF) requis par le biais du code forestier. Les ventes d’automne étaient mises sur la sellette. C’est grâce à une collaboration de qualité établie entre le cabinet de la ministre, le DNF et l’UVCW que des solutions efficaces ont été élaborées. Elles ont permis grâce à la modification d’un article du code forestier et au travail des agents DNF de pourvoir chaque commune en danger d’un plan de gestion et ainsi permettre la vente de son bois en automne avec le label PEFC. Le travail n’est pas terminé et notre association restera vigilante puisqu’endéans les deux prochaines années, les PAF devront être élaborés pour ensuite être validés par les communes.

Manque de personnel DNF

Ce dossier PEFC a amené l ’Union à faire part à nouveau au Gouvernement wallon en octobre 2020 de son inquiétude quant au manque flagrant de personnel au sein des services du DNF en regard des missions nombreuses et essentielles assurées par ces services pour la gestion de nos forêts wallonnes.

Pour la forêt de demain, il est essentiel de donner les moyens humains et financiers au DNF pour assumer notamment la gestion des forêts des pouvoirs locaux : élaboration de la cartographie des forêts, établissement des plans d'aménagement, programmation et surveillance des travaux forestiers, martelage des arbres. Les agents du DNF préparent également les catalogues de vente qu'ils soumettent aux communes pour approbation et assurent le suivi des ventes (rapport de vente, approbation, permis d’exploiter, décharge d'exploitation). Ils interviennent dans la gestion de la chasse (qui doit permettre à la forêt d'être en l'équilibre avec la faune) via l'établissement des plans de tir et l'envoi aux communes en fin de saison de chasse des taux de réalisation de ces plans de tir sur les chasses qu'elles louent. Ces nombreuses missions prestées par le DNF pour les communes assurent à ces dernières des revenus financiers non-négligeables via la vente de bois alimentant ainsi le budget communal. Sans un cadre complet et stable, c'est l'ensemble des missions assurées par le DNF pour les communes et CPAS qui risquent d'être mises à mal dans certaines parties du territoire wallon si aucune solution durable n'est avancée pour résoudre ce manque persistant de personnel.

L’équilibre Forêt-faune

Cette durabilité que nous venons d’évoquer est un subtil accord entre les différentes fonctions de la forêt et les multiples acteurs qui en bénéficient directement et indirectement dont la pratique de la chasse.

Dans le cadre du PEFC, certaines communes ont d’ailleurs dû revoir leur plan de gestion de l’équilibre entre la faune et la forêt au risque de perdre leur label.  

Nous avons interpellé le ministre de la chasse Mr Borsus en novembre 2020 afin de lui demander de prendre, à l’échelle de la région, les décisions qui s’imposent pour que la forêt wallonne soit en équilibre avec la grande faune. C’est en travaillant à cette échelle que les acteurs arriveront à faire baisser la surdensité de gibier observée à certains endroits. Nous tenons également à ce qu’une situation problématique vécue à large échelle soit traitée au niveau régional plutôt que d’utiliser des biais comme le PEFC pour essayer d’imposer des solutions aux seules forêts publiques.

Conclusion

Notre ligne de conduite au travers tous ces dossiers en lien avec la forêt est d’arriver à une cohabitation harmonieuse des différents acteurs dans le respect de l’intégrité de la forêt en tant qu’habitat et en tant que ressources économiques et sociales durables pour les communes. C’est pourquoi nous tenons à collaborer lorsque cela s'avère opportun avec l’ensemble des acteurs de la forêt avec comme toile de fond la recherche d’un niveau de consensus acceptable pour chacun et ce pour le bénéfice de la forêt. Nous travaillons d’ailleurs dans cet état d’esprit dans des dossiers actuels comme la rédaction d’un agrément pour les marchands, exploitants et travailleurs en forêt ou encore la révision du cahier des charges des ventes de bois.

 

 

Annexes

L'auteur

Christel Termol

Conseiller à l'Union des Villes et Communes de Wallonie

Diplômée de l'Université de Liège en Sciences zoologiques et en Sciences de l'environnement, elle exerce la fonction de conseillère expert au sein du Département Développement territorial de l'Union des Villes et Communes de Wallonie. Les matières relevant de sa compétence sont la nature, le zéro-phyto, la forêt et la chasse.

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