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Nouvelle politique Pesticides: comment s’intègre-t-elle dans les communes? Les résultats de notre enquête

Mis en ligne le 13 Novembre 2015

Depuis le 1er juin 2014, les villes et communes doivent respecter de nouvelles règles en matière d’entretien de leurs espaces publics. Les pesticides doivent disparaître du paysage local d’ici au 31 mai 2019. D’ici-là, les pouvoirs locaux devront passer par un ensemble d’étapes en commençant par la réalisation d’un plan de réduction et l’interdiction de pulvériser sur les TRNC (Terrains Revêtus Non Cultivables) lorsqu’ils sont reliés à un réseau de collecte des eaux de pluie ou un cours d’eau. Ensuite, progressivement, il faudra mettre en œuvre le plan de réduction établi en diminuant le recours aux produits phyto. Ces modifications ne vont pas s’opérer sans entraîner certains bouleversements dans les habitudes de travail, le matériel utilisé et les mentalités des équipes et des citoyens.

C’est pourquoi nous avons souhaité prendre le pouls de votre commune en la matière en vous soumettant à une enquête, qui nous a permis d’évaluer le degré de mise en œuvre de ces modifications attendues mais aussi et surtout de détecter les difficultés et les obstacles rencontrés pour les mettre en œuvre.

Les principaux obstacles

Les principaux obstacles rencontrés pour atteindre le respect de ces nouvelles mesures anti-pesticides sont d’une part pour 70% des répondants la difficulté d’intégrer les changements dans le travail au quotidien et d’autre part pour 60% la résistance des citoyens par rapport aux changements touchant l’entretien habituel des espaces publics et par rapport surtout à l’apparition de végétation spontanée (on préfèrera ces termes à ceux de «mauvaises herbes») là où c’était habituellement désherbé chimiquement.

Il n’est en effet pas nécessairement évident pour une commune de modifier la manière dont elle gère l’entretien et l’aménagement de son territoire. Il faut en fait repenser ceux-ci avant de pouvoir établir son plan de réduction de l’utilisation des produits phytopharmaceutiques. En effet, il est illusoire de penser qu’on va pouvoir passer du traitement par produit phyto au zéro phyto en conservant le même niveau d’intervention. Là où l’on passait une ou deux fois en pulvérisant, il faudra passer 6 ou 7 fois avec une technique alternative si on veut continuer à désherber. Il va falloir se poser la question suivante pour chaque espace désherbé: «Faut-il encore désherber ou modifie-t-on l’espace en optant pour le paillage par exemple?». Ne plus désherber autant d’espaces qu’auparavant permettra ainsi de dégager du temps pour pouvoir prendre justement le temps de désherber alternativement les espaces encore à désherber. Pour y arriver, il faudra passer par l’inventaire et la classification des espaces de la commune.

Pour 30% des répondants, l’élaboration du plan de réduction est une étape un peu trop complexe notamment en raison du faible laps de temps laissé aux communes pour le réaliser (3 mois entre la sortie de l’arrêté ministériel l’établissant et l’obligation de détenir son plan de réduction). Pour aider plus de 200 communes dans leurs démarches, seuls deux facilitateurs ont été engagés. En outre, il aurait été plus simple de ne pas fixer d’étapes spécifiques dans l’arrêté ministériel afin de laisser aux communes le soin d’adapter leur évolution vers le zéro phyto en fonction de leur état d’avancement et des moyens humains et financiers à leur disposition.

Enfin, dernière difficulté majeure rencontrée dans les communes: la résistance au sein du personnel communal. Changer les habitudes de travail, revenir à des techniques plus classiques ou à du travail plus manuel nécessitent en effet qu’on y accorde une certaine attention pour amoindrir et faire cesser finalement la résistance au changement au sein des équipes techniques. Dispenser des formations spécifiques et expliquer aux personnes concernées l’intérêt de ces changements pour leur propre santé et la santé de la population peut être une manière d’agir pour amoindrir cette difficulté.

Endroits critiques sur la commune

On ne s’étonnera pas de découvrir que pour 85% des répondants, les cimetières représentent le lieu où ils rencontrent le plus de difficultés à diminuer le recours aux produits phyto. Notre culture minérale des cimetières rend la moindre herbe inacceptable dans ces lieux de recueil. Il ne sera pas possible, ou difficilement au prix de nombreuses heures de travail, de continuer à envisager l’entretien des cimetières comme par le passé. Des communes en difficulté sur ce sujet ont fait le pari de verdir davantage leurs cimetières en enherbant les allées par exemple ou en utilisant des plantes couvre-sol entre les tombes. Ces techniques permettent notamment d’augmenter le degré d’acceptation de la vie végétale dans ces lieux car une herbe folle au milieu d’une pelouse se voit moins qu’au milieu d’une allée en gravier. Toutefois, il est certain que ces modifications ont rencontré des résistances au sein des citoyens car ils pouvaient penser pendant la période de transition (d’installation des pelouses) que l’entretien n’était plus fait. La communication est cruciale à ce moment-là pour bien expliquer les changements à venir et le pourquoi de ceux-ci.

Autres endroits délicats: les trottoirs pour 36% et les lieux où le revêtement est en mauvais état pour 25%. Rares sont, en effet, les trottoirs qui ne seraient pas bordés par un filet d’eau.

Depuis le 1er juin 2014, ces trottoirs reliés à un réseau de collecte des eaux de pluie sont interdits de pulvérisation. Il est possible d’envisager des techniques alternatives qu’il est préférable de tester au préalable en louant la machine par exemple afin d’être certain que cette machine correspond bien aux besoins de la commune. Mais il serait bon également de relire les règlements communaux afin de remettre en avant l’article qui précise généralement que l’entretien tout comme le déneigement est à charge des citoyens et ce sans produit phyto évidemment. Si chaque citoyen entretient ses quelques mètres de trottoir, cela diminue déjà grandement la charge de travail pour la commune.

Pour ce qui est des revêtements en mauvais état, il est certain que c’est à ces endroits que vient s’accumuler la terre et on y voit germer des plantes indésirables. Seule solution pour éviter de devoir y passer trop régulièrement pour désherber: l’inscrire dans le planning des rénovations.

Techniques alternatives en cours d’essai

Comme expliqué un peu plus haut, il est fortement recommandé de ne pas se contenter des démonstrations ponctuelles de matériel ou de la description par le représentant pour décider de la machine à acquérir. En effet, tout va dépendre de la configuration des espaces à traiter, de la fréquence à laquelle vous allez y travailler, des accès aussi à ces endroits (pour ne pas se retrouver avec une machine trop grosse qui ne sait pas pénétrer dans l’espace à désherber). Pour éviter un achat malencontreux, il est conseillé de commencer par louer la machine durant une saison afin de tester la technique et vérifier ainsi de l’adéquation de celle-ci avec vos attentes. Il est plus que probable qu’au vu de la diversité des espaces à traiter, vous devrez avoir recours à plus d’une technique. Il serait certainement intéressant de pouvoir envisager l’achat groupé de matériel avec des communes voisines et de procéder à une utilisation tournante et ce afin de réduire les coûts d’achat.

Des réponses à l’enquête, il ressort en effet que les communes utilisent un panel varié de solutions pour se passer de pesticides. Les systèmes mécaniques sont cités autant que les systèmes thermiques. Le désherbage manuel est cité également par de nombreuses communes. Mais il ressort de ce questionnaire qu’un certain nombre de communes sont passées par l’étape de la réflexion globale en repensant l’entretien de leur domaine public. Divers espaces font l’objet maintenant d’un paillage, d’un enherbement généralisé, de plantation de prairies fleuries, de fauchage tardif, d’éco-pâturage, de fleurissement des pieds d’arbre, de tonte différenciée, …

 Besoin en personnel, moyens financiers nécessaires

Outre la difficulté émise concernant la mise en œuvre de ces changements au sein de la commune, le bât blesse également au niveau des disponibilités financières pour faire face à cette nouvelle nécessité de disposer de matériel différent et d’augmenter le cas échéant les interventions des équipes sur le terrain. Les besoins qui ressortent de l’enquête visent principalement l’achat de matériel, l’engagement de personnel supplémentaire, les nouveaux aménagements des espaces publics, les formations à délivrer aux équipes, la communication à élaborer et à afficher sur le territoire.

La communication!

Qu’elle soit faite à destination de la population ou en interne, vers les équipes de terrain par exemple, c’est un outil indispensable dès qu’il s’agit de prévenir la résistance aux changements et d’éviter les réactions d’étonnement et d’incompréhension face à des modifications touchant aux habitudes des personnes. Un citoyen à qui on a pris le temps d’expliquer qu’il allait voir apparaître un peu plus d’herbe dans les rues de la ville ou dans les allées du cimetière tout en lui expliquant le pourquoi de ces changements sera moins «choqué» en les découvrant dans sa commune. Et mieux encore, si un panneau à proximité lui rappelle les informations qu’il a reçues. L’avantage de ces panneaux explicatifs est qu’ils sont visibles par tous qu’ils aient lu ou non le bulletin communal. 

L'auteur

Christel Termol

Conseiller à l'Union des Villes et Communes de Wallonie

Diplômée de l'Université de Liège en Sciences zoologiques et en Sciences de l'environnement, elle exerce la fonction de conseillère expert au sein du Département Développement territorial de l'Union des Villes et Communes de Wallonie. Les matières relevant de sa compétence sont la nature, le zéro-phyto, la forêt et la chasse.

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Date de mise en ligne

13 Novembre 2015

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