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Mis en ligne le 30 Juin 2026

Le 8 juin 2026 à Bouge, l’Union des Villes et Communes de Wallonie a lancé le Réseau des élues locales de Wallonie lors d’un colloque inaugural. Au menu : une enquête inédite menée auprès de 700 élues, des regards venus de Wallonie, d’Europe et du Québec, et des ateliers très concrets. Un constat partagé en ressort : les défis des femmes engagées en politique locale ne sont plus une hypothèse individuelle, mais une réalité collective.

Un réseau, et une première photographie des élues wallonnes

Soutenu par les Ministres wallons Yves Coppieters (Égalité des chances et Droits des femmes) et François Desquesnes (Pouvoirs locaux), le Réseau des élues locales entend mettre en évidence la réalité des élues, les outiller, les informer des bonnes pratiques et de l’actualité utile à leur mandat, et leur offrir des moments de rencontre. Le colloque en a posé la première pierre.

Pour nourrir la démarche, l’Union a mené une grande enquête, dont les résultats ont été présentés en séance. La mobilisation, à elle seule, dit beaucoup : 700 élues y ont répondu, couvrant les cinq niveaux de mandat - bourgmestres, échevines, présidentes de CPAS, conseillères communales et conseillères de CPAS. Les taux de réponse rapportés au nombre total de mandataires sont élevés, en particulier chez les présidentes de CPAS (48 %) et les bourgmestres (44 %).

L’enquête révèle surtout une assemblée profondément renouvelée : près d’une répondante sur deux a entamé son tout premier mandat en 2024. Une génération qui arrive avec de l’énergie, des convictions et l’envie d’agir, une force pour les communes wallonnes et pour la démocratie locale.

Des défis partagés, regardés en face

L’Union a fait le choix de regarder ce portrait en entier, zones d’ombre comprises. La charge de travail et la difficile conciliation entre vie publique et vie privée pèsent sur la grande majorité des élues, et plus encore sur les mandats exécutifs. Plus de huit élues sur dix déclarent ressentir, au moins occasionnellement, un sentiment d’isolement. Et quatre sur dix ont déjà renoncé à une prise de parole : autant d’idées qui ne sont pas défendues et de voix qui se taisent là où on a besoin qu’elles s’élèvent.

Le chapitre des comportements sexistes appelle une lecture nuancée. Une majorité d’élues - 63,75 % - déclarent n’y avoir jamais été confrontées, signe d’une réelle ouverture à la parité qu’il faut souligner. Pour celles qui en ont fait l’expérience (un tiers des répondantes), la forme citée de loin en tête est la mise en doute des compétences et de la légitimité, devant les interruptions systématiques et les remarques sur l’apparence.

L’analyse par mandat montre enfin que plus la fonction est exécutive et exposée, plus ces difficultés - charge, légitimité, exposition - s’intensifient, chaque mandat présentant ses vulnérabilités propres.

Ce que les élues attendent du réseau

Interrogées sur ce qui leur manque le plus, les élues ont placé en tête un besoin profondément humain : l’échange entre pairs. Se relier, partager, apprendre les unes des autres arrive devant les outils pratiques, la formation ciblée ou la mise en avant. De même, la mission première qu’elles assignent au réseau est de partager les bonnes pratiques et les retours d’expérience, puis de renforcer le poids politique et la confiance, et de créer de la solidarité. Côté formats, le webinaire est plébiscité, aux côtés du présentiel en demi-journée.

Cette feuille de route ne vient pas d’en haut : elle vient des élues elles-mêmes.

Un mouvement plus large que la Wallonie

Le colloque a fait dialoguer des regards venus d’ailleurs : Mélissa Camara, conseillère communale à Lille et députée européenne ; Véronique Bertholle, adjointe au maire de Strasbourg, pour le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l’Europe ; et Alexandra Labbé, mairesse de Chambly, au Québec. Un panel réunissant des élues de tous les bancs a par ailleurs montré une solidarité par-delà les étiquettes : des sensibilités qui peuvent s’opposer dans le débat démocratique, mais qui se reconnaissent dans ce que signifie exercer un mandat en tant que femme.

Avant de donner la parole à ses invitées internationales, l'Union a proposé un tour d'horizon, en vidéo, de la place des femmes en politique à travers le monde. Un détour éclairant : partout, les mêmes avancées et les mêmes résistances se font écho. Il rappelle que la démarche wallonne ne part pas de rien et qu'elle s'inscrit dans un mouvement bien plus large. Retrouvez la vidéo ICI.

Côté données, l’éclairage du Service public de Wallonie (SPW Intérieur et Action sociale), apporté par Augustin Habra, a replacé ces résultats dans une trajectoire longue. Les évolutions législatives successives - du minimum de candidats de chaque sexe à la « tirette » et à la règle du tiers dans les collèges - ont produit un effet réel : il y a de plus en plus d’élues. Les quotas fonctionnent, mais ne suffisent pas. Un « plafond de verre » subsiste pour la fonction de bourgmestre, étroitement liée à la position en tête de liste, et les femmes élues restent plus souvent confrontées aux violences liées au mandat, à la remise en cause de leurs compétences ou à des attaques sur leur apparence. Autant d’obstacles qui dessinent, précisément, une place à prendre pour ce réseau.

Des repères historiques et l’exemple de l’Union

En introduction, la Secrétaire générale de l’Union, Michèle Boverie, a rappelé d’où vient cette démarche. Dès 2023, la grande enquête de l’Union sur le « blues des élu·e·s » avait alerté sur la réalité vécue par les femmes en politique locale. Elle a retracé les jalons belges vers la parité, du droit de vote communal de 1920 à la consécration constitutionnelle de l’égal accès aux mandats, et souligné que l’Union avance elle aussi : 40 % d’administratrices à son Conseil d’administration, avec un objectif de 50 % au prochain renouvellement, et une situation inédite où les présidences de l’Union et de la Fédération des CPAS sont aujourd’hui exercées par des femmes.

L’introduction a également mis en lumière des avancées concrètes sur le statut des élues, notamment la question du congé de maternité - avec l’initiative fédérale portée par Florence Reuter et les démarches régionales de Caroline Cassart et Sophie Fafchamps visant à modifier le Code de la démocratie locale et de la décentralisation.

Des ateliers pour passer à la pratique

L’après-midi a été consacrée à l’outillage, avec deux ateliers animés par des formateurs spécialisés : l’un sur la communication et les réseaux sociaux, l’autre sur la prise de parole et l’affirmation de sa posture dans les lieux de décision.

L’atelier consacré au cyberharcèlement et à l’e-réputation a livré une méthode claire : face aux attaques en ligne, la riposte se prépare avant la crise. La protection de la réputation repose sur deux jambes — la communication et le droit. Construire sa crédibilité en temps de paix, surveiller les signaux faibles, distinguer l’essentiel du périphérique, ne jamais répondre à chaud, documenter les attaques et, lorsque la critique bascule dans l’atteinte illicite, activer les bons leviers juridiques : telle est la ligne. Pour les femmes élues, dont les attaques visent souvent la personne autant que la fonction, il s’agit moins de survivre aux attaques numériques que de préserver la capacité à décider, parler et agir sans être enfermées dans la peur du commentaire.

« Vous n’êtes pas seules »

En clôture, la Présidente de l’Union, Rachel Sobry, a invité l’assemblée à repartir non pas accablée par les chiffres, mais lucide : nommer une difficulté, c’est déjà cesser de la subir en silence. Ce qui était hier vécu comme privé et solitaire est désormais reconnu comme partagé, et ce qui est partagé peut être transformé, ensemble.

L’Union s’y engage par du concret : des formations conçues pour les élues et avec elles, en présentiel comme en webinaire ; des outils directement utiles au conseil comme au collège ; des rendez-vous pour échanger entre pairs ; et un accompagnement dans la durée pour celles qui débutent. Car une démocratie locale où la moitié de la population hésite à prendre la parole se prive de la moitié de son intelligence. En soutenant mieux, en entendant mieux et en protégeant mieux les élues, c’est l’ensemble de nos communes que l’on rend plus justes, plus représentatives et tout simplement meilleures.

Ce colloque était inaugural. Tout commence maintenant.

 

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Date de mise en ligne
30 Juin 2026

Contact presse
Nicolas Bonomi

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