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Mis en ligne le 22 Mai 2024

L’Union des Villes et Communes de Wallonie (UVCW) a tenu ce mardi 21 mai son Assemblée générale annuelle à Namur. Près de 100 personnes ont participé à cette AG, en dépit de la météo maussade et de la campagne électorale en cours.

Une mandature communale chahutée comme jamais

En 1ère partie, Maxime DAYE, Président de l’UVCW, a dressé le bilan de la mandature 2018-2024 du point de vue des municipalistes. Dans un contexte financier toujours plus contraint, et au travers de la succession dramatiquement inédite des crises qui ont frappé la Wallonie depuis 4 ans (Covid 19, inondations meurtrières, accueil des réfugiés ukrainiens, crise énergétique et forte inflation), il a tenu à « saluer l’ensemble des pouvoirs locaux, membres de l’UVCW, pour avoir tenu le choc, maintenu le cap et fait preuve d’une remarquable résilience dans le service public rendu, en 1e ligne, à tous ».

Il a aussi salué les équipes de l’UVCW, le Conseil d’administration et le Bureau, pour leur colossal travail en salle des machines et leur soutien sans faille aux villes et communes, CPAS, zones de secours, zones de police, intercommunales et sociétés de logement de service public.

Dans la dernière ligne droite du scrutin fédéral ; régional et européen, l’occasion était belle pour Maxime DAYE de revenir sur les divers mémorandums de l’UVCW, insistant sur les principales revendications locales en prévision des futurs accords de majorités.

L’autre temps fort de l’AG était le colloque consacré aux missions du/de la Bourgmestre.

Les missions du Bourgmestre : évolution ou dérive ?

Michèle BOVERIE, dans son introduction, a évoqué la liste impressionnante des attributions incombant à un.e Bourgmestre. « La fonction a en effet considérablement évolué : aux missions légales traditionnelles (ordre public) sont en effet venues s’ajouter quantité de missions non encadrées. Le/la Bourgmestre anno 2024 se mue désormais en gestionnaire de crise, producteur de sociabilité, constructeur de ponts, baromètre de ce qui se vit localement et socialement. Sa proximité inégalable avec les gens et sa fine connaissance du terrain lui permettent la réponse la plus adéquate aux problèmes de toute nature ». D’où le haut degré de confiance dont il jouit encore, à juste titre. Mais pas sans casse: impossible équilibre entre vie privée et professionnelle, confrontation croissante à la violence physique et verbale, charge bureaucratique, comme en attestait l’enquête ‘blues des élus’ de l’UVCW en 2023.

Et la Secrétaire générale de proposer un antidote : « l’éducation à la citoyenneté, la montée en puissance de la démocratie participative, la lutte contre les violences envers les élu.e.s, la simplification administrative et l’amélioration du statut des mandataires locaux ».

Dans un magistral cursus condensé de police administrative, Sylvie SMOOS, conseiller expert UVCW, a décrit « la véritable inflation des mesures de police particulières, venant s’ajouter aux missions classiques, en lien notamment avec la traite des êtres humains, le trafic de drogue, la grande criminalité et le terrorisme, qui rend de plus en plus floue la limite entre police administrative (préventive) et police judiciaire (répressive) ». Cette évolution, qui a des airs de dérive, appelle de légitimes questions : « quid de la séparation des pouvoirs ? Du respect des libertés constitutionnelles ? Des responsabilités du/de la Bourgmestre ? Qu’en est-il de leur intégrité physique face au crime organisé ? Et quid des moyens humains et financiers ? Et donc, quel rôle, au final, pour un Bourgmestre ? ».

Place ensuite à 3 tables rondes.

Participation citoyenne : de bons outils pour (re)créer la confiance

Trois Bourgmestres ont évoqué leurs expériences relatives à la participation citoyenne, et à la technique du budget participatif en particulier.

Pour Nicolas CHARLIER (Tennevile – 2.800 hab.) : « l’expérience est mitigée au regard des attentes. Au rayon des écueils : les difficultés opérationnelles, la disponibilité des moyens humains et financiers, les effets d’aubaine et la hauteur insuffisante des enveloppes dédiées aux projets. Mais à refaire, on y retourne ».

Anne MASSON (Wavre – 35.000 hab.) : « Après une 1e expérience de budget participatif franchement loupée, nous avons effectué un gros travail sur la dynamique participative et affecté une personne, venant du service cohésion sociale, au projet. En nous appuyant sur 9 comités de quartiers, structurés en asbl, toute la démarche du 2e BP a gagné en lisibilité, légitimité, crédibilité, méthodologie et apaisement. Ajouté à des rencontres citoyennes et à nos divers conseils consultatifs, les relations sont moins frontales et les résultats meilleurs. Nous sommes partants pour une 3e expérience ».

Olivier SAINT-AMAND (Enghien – 15.000 hab.) : « Nous en sommes au 11e BP, pour 60 projets concrétisés, dans 25 quartiers. Le budget participatif n’est qu’un des outils à disposition, utile pour créer de la confiance. Il ne peut s’agir de la 1e pierre cependant : il y a des choses à mettre en place d’abord en termes de dynamiques participatives. Chez nous, le socle a été un gros travail de fond sur les quartiers, dans la durée. Moyennant des efforts constants de pédagogie (fonctionnement de la commune, processus décisionnel, etc.), on en recueille les fruits sous la forme d’une hausse du niveau de conscience démocratique des citoyens, qui dépassent l'horizon de eur trottoir ».

Et deux autres Bourgmestres ont fourni un retour d’expérience sur des épisodes marquants sous l’angle humain et environnemental.

Gestion de crises et projets environnementaux : une communication perfectible

Claudia NIESSEN, Bourgmestre d’Eupen, est revenue sur les dramatiques inondations de juillet 2021 (1.100 personnes sinistrées et proximité du barrage), pointant surtout le dénuement total en matière d’informations à l’époque. « C’est moi qui ai pris l’initiative d’envoyer nos policiers sur le terrain et, sur la base de leur retour, ai déclenché la phase communale du plan catastrophe. En gestion de crise, face au néant, nous nous sommes basés sur la mémoire locale et des cartes de zones inondables. Aujourd’hui, la chaîne de communication est bien meilleure (cartes, chiffres, flux) entre autorités locales, régionales, provinciales et gestionnaires d’ouvrages, mais il demeure impossible de prévoir les impacts locaux ». La Bourgmestre, qui se veut toujours optimiste, a aussi présenté les opportunités révélées après la crise : « Chez nous, nous avons pu reconstruire des quartiers dans une optique durable, il reste à y favoriser le vivre ensemble. Je retiens que je ne suis jamais seule : comme Bourgmestre, je décide seule, mais en m’appuyant sur l’intelligence collective (administration communale, zone de police, zone de secours) ».

Autre expérience forte, émotionnellement parlant, à Frameries, dont le Bourgmestre, Jean-Marc DUPONT, nous conte ‘la saga Clarebout popatoes’, qui a duré 3 ans : « Un géant de l’agro-alimentaire débarque avec un projet d’usines à frites, sur un site industriel de 16 ha proche de zones d’habitat, avec un investissement de 300 millions € et une promesse de 250 à 300 emplois. Le tout, dans un contexte électoral (à 3 mois du scrutin de mai 2019) et avec des riverains organisés, très remontés. Mon message, rappelant les règles et la législation, a vite été inaudible. Sous la pression, nous avons adopté un schéma d’orientation local (SOL), assorti de conditions environnementales à ce point draconiennes que le projet a fini par avorter ». Qu’en retenir ? « Le sentiment d’un échec collectif : l’incapacité à concilier emploi, développement économique, environnement. Un arsenal de sanctions dérisoire aussi (25.000 €). Et la nécessité de doter notre administration communale de profils hautement qualifiés, de recruter des talents ».

Bilan de mandature : la solidarité omniprésente, des motifs de fierté, des conseils aux futurs Bourgmestres

Pour boucler le tour de table, 3 questions identiques étaient posées aux membres du Bureau de l’UVCW :

1)     Que retenez-vous de la législature ?

Jean-Michel JAVAUX, Vice-Président et Bourgmestre d’Amay : « La multiplication réjouissante des élans de solidarité au fil des crises, qu’elles émanent de citoyens, entreprises ou associations ».

Maxime DAYE, Président et Bourgmestre de Braine-le-Comte : « Le Bourgmestre est devenu gestionnaire de crise, et ça peut faire peur aux candidats et décourager les vocations ».

Paul-Olivier DELANNOIS, Vice-président et Bourgmestre de Tournai : « Le Bourgmestre doit jouer au sheriff armé d’un couteau suisse, e.a. dans la lutte contre la drogue et la transmigration ».

2)     De quoi êtes-vous le plus fier ?

POD : « De la gestion de la crise Covid, et notamment le déploiement des centres de vaccination au pied levé par l’administration communale ».

MD : « Des éditions successives du Ronquières festival, qui a successivement enduré tous les vents contraires possibles : Covid, inondations et un risque d’annulation (avec enjeu financier à 1 million €) ».

JMJ : « Nous avons relevé le défi fondamental de la cohésion sociale et de la participation citoyenne, nous avons réussi à ‘refaire société’. Les Bourgmestres se sont entraidés au-delà des considérations partisanes, dans une supracommunalité bien comprise, en particulier dans les moments de crises ».

3)     Quel conseil donneriez-vous à un.e futur.e Bourgmestre ?

JMJ : « Ne pas devenir otage des réseaux sociaux (qui bouffent de l’intérieur) ; trouver le chemin de la confiance et travailler en équipe ; développer la culture du risque ».

POD : « Se doter d’une bonne armure, sans devenir aigri. Les enjeux liés à la drogue et à la grande criminalité doivent se traiter en équipe, avec une vision stratégique, à l’échelon supracommunal ».

MD : « Se former, autrement que sur le tas et sur le tard, pour ne pas en être réduit à devoir improviser. Apprendre de ses erreurs permet de former les successeurs, avec le soutien de l’UVCW et de la Wallonie ».

Le Ministre wallon des pouvoirs locaux, Christophe COLLIGNON, a prononcé le mot de la fin. Rendant hommage aux équipes municipales « qui ont chaque fois fait face et sur qui on a toujours pu compter en contexte de crises », il a appelé à « s’habituer aux bons réflexes de gestion de crise et à s’imprégner de la culture du risque ».

Face au défi financier et à l’obligation d’équilibre budgétaire des villes et communes, le regard tourné vers le Fédéral, il a répété « l’exigence de neutralité budgétaire dans le chef des autres niveaux de pouvoir, et la nécessité de l’inscrire dans les futurs accords de majorité, en particulier s’agissant du dossier des pensions ».

Quant à l’avenir des municipalités, il a souligné l’enjeu essentiel de la cohésion sociale, la nécessité d’instaurer des mécanismes de solidarité entre communes, d’appréhender la lutte contre la drogue au niveau national, et invité à pratiquer davantage encore la participation citoyenne, « le Bourgmestre étant au cœur des attentes des citoyens ».

Enfin, dans le contexte des élections régionales et fédérales toutes proches, le Ministre COLLIGNON a formulé 3 recommandations aux pouvoirs locaux :

-        « Porter des revendications précises (e.a. financièrement) ;

-        Exiger des réformes basculantes au niveau wallon (e.a. développer la supracommunalité pour des services publics plus efficients, par bassins) ;

-        Réclamer une justice qui protège et préserve les hommes et femmes politiques : la jurisprudence doit évoluer pour faire cesser l’impunité lié aux infractions réalisées via les réseaux sociaux et considérées comme des « délits de presse » relevant de la Cour d’assises ».

Contacts :

Maxime DAYE, Président de l’UVCW (max@maximedaye.be – 0496/027 773)

Michèle BOVERIE, Secrétaire générale de l’UVCW (michele.boverie@uvcw.be – 0477/57 84 54)

Michel L’HOOST (mlh@uvcw.be – 0496/50 99 45)

3 annexes :

-         Le rapport annuel 2023 de l’UVCW : https://www.uvcw.be/publications/141 ;

 

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